Tribune

Quand la défense dévoile l'iceberg du social

Le président Macron a encore une fois proposé d'augmenter l'endettement de l'Europe pour financer les engagements de souveraineté des pays européens en défense. Une proposition balayée par les Allemands qui ne veulent pas discuter d'un endettement supplémentaire de l'Union dont la dette inscrite au bilan de l'UE atteint les 1.000 milliards d'euros - soit un coup de canif déjà sévère dans le contrat initial interdisant toute mutualisation des dettes publiques.

Le ministre allemand des Affaires étrangères a taclé la France à ce propos. Il l'invite même à prendre des mesures d'économies dans le domaine social, afin de pouvoir financer ses efforts dans la défense. Notre partenaire pointe ici notre inconséquence en matière de finances publiques. Avant de vouloir mutualiser plus de dettes, il faudrait d'abord être irréprochable. La solidarité européenne est en effet conditionnée à une discipline budgétaire que nous violons constamment.

Cet article a été publié dans le journal Les Echos le 25 février 2026

5 % du PIB

La situation sur le volet défense devient critique pour la France. D'après les engagements Otan, nous sommes censés atteindre les 5 % de dépenses de défense par rapport au PIB par an en 2035. Dans ces 5 % il y a 3,5 points de dépenses de défense et 1,5 point de dépenses de protection civile, cybersécurité, résilience des infrastructures etc. Si on compte les dépenses de police, gendarmerie, cybersécurité, sécurité civile, on peut considérer que nous ne sommes déjà pas loin de ce 1,5 % du PIB.

Mais des 3,5 % de défense stricts, nous sommes très loin. La loi de programmation militaire (LPM) est largement en dessous des 3 % avec 2,28 % de dépenses en 2030. En effet, la LPM 2024-2030 n'a pas été modifiée à ce stade même si le gouvernement a fait adopter une montée en puissance accélérée de + 6,7 milliards uniquement en 2026. Selon notre dernière étude Défense de la Fondation IFRAP, pour atteindre l'objectif de 3 % du PIB de dépenses annuelles de défense (environ 100 milliards d'euros), c'est 25 milliards de dépenses en plus en 2030 par rapport à la trajectoire actuelle qu'il faudrait mobiliser.

En cumulé, rien que pour aller aux 3 % en 2030, cela fait une énorme marche à monter d'une soixantaine de milliards d'euros de plus. Pour aller aux 3,5 %, plus d'une centaine… Quand on a déjà 160 milliards de déficit public annuel, on peut se demander où sont nos marges budgétaires ? Si on ne revoit pas rapidement nos priorités, nous n'en aurons pas.

L'exemple allemand

De son côté, l'Allemagne a mis tout en œuvre d'ores et déjà pour arriver aux 3,5 % de dépenses cœur de défense en 2030. Ils sont en train de couper dans les dépenses sociales et de discuter par exemple de repousser l'âge de la retraite à 70 ans. La réforme de l'Etat social est aussi en route Outre-Rhin avec une refonte majeure vers une allocation sociale unique.

Bref, nos voisins Allemands qui sont à 30 % du PIB en dépenses sociales quand nous sommes à 32 % selon la Drees ne croient pas en nos engagements. Surtout après la folle décision de suspendre la réforme des retraites quand il faudrait repousser l'âge de départ et réformer tout l'Etat social pour dégager les économies. Ce sujet du modeste 3 % puis 3,5 % de notre richesse nationale en défense que nous n'arrivons pas à financer à cause du très gros 32 % de dépenses sociales n'a pas fini de nous ridiculiser et de nous décrédibiliser en Europe. Tout cela parce qu'on ne veut pas travailler plus et plus longtemps ? Le sujet de l'avenir de notre défense dévoile ici l'iceberg de nos dépenses sociales et notre fragilité.