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Fraude sociale en 2025 : des fraudes détectées en hausse de 4 %

Le gouvernement vient de communiquer sur le montant de fraude sociale détectée (évitée et/ou redressée) par la Sécurité sociale en 2025. Globalement, les chiffres sont en hausse de 4,1 % pour un montant total de 3,057 Md€ contre 2,937 Md€ en 2024. Ces résultats s’inscrivent certes « dans une dynamique de renforcement continu des contrôles, notamment grâce à une meilleure coopération entre les organismes de sécurité sociale et les services de l’Etat ». Cependant, on constate également une forme de plafonnement par rapport aux années antérieures. Ce tassement global des résultats cache en réalité des divergences importantes entre une baisse des détections/redressement des URSSAF (-5,2 %) et au contraire un renforcement de la détection des fraudes aux prestations (+16 %), signe qu'un gisement frauduleux insuffisamment exploité y réside.

Des détections de fraudes sociales qui plafonnent désormais à 3,1 Md€

Si l’on regarde l’évolution des volumes financiers des fraudes détectées (évitées et/ou redressées), les montants sont en hausse de 4,1 % à 3,057 Md€ en 2025 contre 2,937 Md€ en 2024. Un résultat somme toute modeste comparé à la dynamique passée, avec depuis 2021 une moyenne de +26,4 %/an entre 2021 et 2024. Souvent parallèles, les évolutions du montant des fraudes détectées aux prestations et cotisations sont désormais en 2025 de signes opposés : -5,2 % pour les fraudes aux cotisations, action de lutte contre le travail illégal des URSSAF, +15,6 % pour le produit des fraudes aux prestations, comme en 2022 où le produit de la fraude aux cotisations était en recul de -0,13 %, tandis que celui des fraudes aux prestations augmentait de +18,4 %.

Source : Communiqué de Presse N°552 du 8 avril 2026, URSSAF.

Dans le détail, la lutte contre la fraude sociale (aux prestations et aux cotisations non dissociées) s’intensifie à la MSA, où l’on enregistre une progression des détections de +34 % par rapport à 2024. Les montants atteignent 67 M€, dont 36 M€ (+19 %) s’agissant de la fraude aux cotisations, dont les produits de la lutte contre le travail illégal, et +28 % pour les fraudes aux prestations à 31 M€, « répartis à parts quasiment égales entre retraites (12 millions d’euros), santé (11 millions d’euros) et prestations familiales (8 millions d’euros) ». Ces bons chiffres résultant d’une multiplication des contrôles (+27 % au total).

 

2024

2025

Var %
Fraudes aux cotisation (LCTI) - MSA

0,030

0,036

19%

Fraudes aux prestations - MSA

0,024

0,031

28%

Total

0,055

0,067

23%

Sources : MSA, Communiqué du Gouvernement avril 2026.

En matière de fraudes aux prestations, les plus fortes évolutions proviennent de la branche vieillesse via la CNAV, qui a réussi à détecter et à éviter pour 255 M€ de préjudices contre 217 M€ l’année précédente (+18 %), dont 223 M€ de préjudices évités contre 188 M€ en 2024 (+18,6%), et 31 M€ de mises en recouvrement (contre 28 M€ en 2024), soit +7,1 %. Le communiqué précise que « les fraudes les plus importantes concernent, comme en 2024, la résidence, les ressources, les paiements et la situation familiale ».

Evolution des montants détectés

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Evolution 2025-2024
Régime agricole (LCTI) et prestations (MSA)

0,029

0,029

0,037

0,035

0,052

0,055

0,067

34%

Vieillesse

0,16

0,148

0,18

0,18

0,209

0,217

0,255

18%

Maladie

0,287

0,128

0,219

0,316

0,45

0,628

0,723

15%

Famille

0,324

0,256

0,309

0,351

0,374

0,449

0,509

13%

Total prestations

0,800

0,561

0,745

0,882

1,085

1,349

1,554

16%

URSSAF (LCTI)

0,708

0,605

0,789

0,788

1,117

1,586

1,503

-5%

Total prestations et contributions

1,508

1,166

1,534

1,670

2,202

2,937

3,057

4,1%

Evolution % 

-22,7%

31,6%

8,9%

31,9%

33,4%

4,1%

 

Source : URSSAF, MSA[1], branches, DSS, présentation Fondation iFRAP, avril 2026.

S’agissant des fraudes détectées par la CNAM (assurance maladie), celles-ci atteignent 723 M€ en 2025, soit +15 %, dont 286 M€ de fraudes évitées. Globalement « si la moitié des fraudes détectées est commise par les assurés » en volume d’actes, « 84 % des montants mis en cause relèvent de la fraude des professionnels de santé (soit 621 millions d’euros) ». Ainsi la lutte contre les transports sanitaires a permis de détecter pour 61 M€ de fraudes, contre 42 M€ l’année précédente (+45,2 %), les centres de santé où les volumes détectés augmentent de 254 % (138 M€ contre 39 M€ en 2024), les fournisseurs de dispositifs médicaux (+83,3 %) à 33 M€ contre 18 M€ en 2024. Enfin la détection des fraudes aux arrêts de travail progresse de 16,6 %, passant de 42 à 49 M€. 

 

Source : URSSAF, MSA, branches, DSS, présentation Fondation IFRAP, avril 2026.

La branche famille voit le montant total de ses fraudes détectées pour le seul régime général augmenter de 13 %, à 509 M€ en 2025.  Cette progression résultant d’une amélioration du ciblage (+14 % des montants moyens) et de l’utilisation des données des plateformes numériques afin de contrôler les revenus déclarés.  Ainsi, « plus d’un tiers des montants détectés concernent la dissimulation de ressources ou de fausses déclarations et plus d’un quart à la résidence ».

En raison d’une performance médiocre des URSSAF (-5,2 % par rapport à 2024)

Avec 1,503 M€ de fraudes aux cotisations détectés, les URSSAF enregistrent une prestation en replis par rapport à l’année précédente (-5,2 %). Il faut dire cependant que les deux années précédentes avaient vu une progression très forte des volumes détectés (+41,8 % en 2023, puis +42 % en 2024). 

Source : URSSAF, janvier 2026.

« Les montants recouvrés se stabilisent à 100 M€, auxquels s’ajoutent (…) 847 M€ régularisés à l’occasion des contrôles comptables d’assiette, dont 667 M€ de redressements dus par les entreprises, et 50 M€ au titre de la régularisation des autoentrepreneurs à la suite d’une campagne de fiabilisation annuelle. » Rappelons que sur cette dernière action via le guichet de régularisation qui leur est dédié, le montant total collecté s’élève entre 2023 et 2025 à 129 M€ avec un objectif d’ici 2027 d’atteindre les 200 M€ de régularisations. 

Le Bilan 2025 de la fraude sociale publié par les URSSAF[2] précise que les 1,503 Md€ détectés se subdivisent en 1.041 M€ de cotisations et contributions non déclarées (69%) et de 462 M€ de sanctions (majorations de redressement, remises en cause des réductions et exonérations de cotisations dont ont pu bénéficier les entreprises). Au total, cette performance en baisse des URSSAF quant aux montants peut étonner, sachant que près de 7 665 actions ciblées (4 896 sur les employeurs et 2 769 sur les travailleurs indépendants) ont été lancées, soit +13 % par rapport à 2024, dont 84,5 % d’entre elles ont abouti à un redressement, tandis que 90 % des sommes redressées ont résulté de ces mêmes actions ciblées en direction des employeurs.

Il faut sans doute développer encore ces actions en se basant sur le datamining et en lien avec la DGFiP. La future loi relative à la lutte contre la fraude fiscale et sociale, en cours de discussion au Parlement, devrait à cet égard développer encore l’efficacité de l’arsenal répressif en matière de fraude sociale[3], sans pour autant à ce stade introduire de statut d’aviseurs sociaux sur le modèle des aviseurs fiscaux ou des douanes.


[1] Voir le rapport MSA Produits et charges 2026 : MSA Charges et Produits 2026 - statistiques.msa.fr 

[2] Voir, Bilan p.8. op. cithttps://www.urssaf.org/files/Espace%20media/Dossier%20de%20presse/Dossier_de_presse_Urssaf_fraudes_resultats_2025.pdf#page=8

[3] https://www.lefigaro.fr/social/un-amendement-rn-renforce-les-penalites-en-cas-de-fraude-aux-prestations-sociales-20260331 ainsi que le dossier législatif, le texte étant examiné en commission mixte paritaire, Lutte contre les fraudes sociales et fiscales - Sénat