Tribune

Retraites, Sécurité sociale : allez voir (ce qui se passe) ailleurs !

Allez voir (ce qui se passe) ailleurs, nous dit le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, après onze années à la tête de l'institution. Il laisse une lettre testament au président de la République en insistant sur le fait de « regarder davantage nos voisins ». On peut y lire que « les pays du nord de l'Europe et en particulier les Pays-Bas […] apparaissent en Europe comme les plus performants globalement ». En conclusion, le gouverneur met la France en garde : « si notre pays poursuit ses choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l'avenir », et enfonce le clou : « nos arbitrages collectifs ont été jusqu'à présent en faveur des seniors : dépenses de retraites et de santé et financement par le déficit ».

Cet article a été publié dans le journal Les Echos le 6 mai 2026.

Sur les retraites, l'âge de départ aux Pays-Bas est à 67 ans. Tirons-en les leçons. Sur le sujet de l'assurance maladie, voyons ce que cela peut vouloir dire en décodé. Pour leur santé, les Pays-Bas n'ont pas du tout choisi une « grande Sécu administrative ». Ils ont choisi la liberté de choix de l'assureur au premier euro avec des organismes privés en concurrence et des réseaux de soins.

Le mythe du 100 %

Les Néerlandais n'ont pas de problème comme en France pour avoir un rendez-vous chez un médecin traitant ou un spécialiste et ils sont 90 % à être satisfaits de leur système de santé. Leur pays est d'ailleurs dans les premiers au sein des classements internationaux sur les systèmes de santé : 2e, par exemple, au classement EHCI derrière la Suisse. Pourtant, ils dépensent 40 milliards de moins que nous en santé par an. Les Suisses aussi ont choisi, dans une votation en 2014, la concurrence entre assureurs au premier euro, plutôt qu'une caisse publique unique d'assurance maladie, qui a été rejetée par 62 % des votants.

Certains en France, vivent encore dans le mythe de la Sécu de 1945 qui a fêté ses 80 ans l'an dernier et imaginent une Assurance Maladie à 100 % publique, obligatoire et administrative. Une pétition citoyenne est même en cours sur le site de l'Assemblée nationale pour proposer d'adopter la grande Sécu. Cette pétition reprend la proposition faite par le Parti socialiste, dans le cadre des municipales, de créer une grande Sécu remboursant à 100 % pour 0 reste à charge.

Le principal reproche fait aux complémentaires, ce sont leurs frais de gestion. Il faut dire que nos coûts de gestion en santé en prenant en compte assurance maladie obligatoire et complémentaire totalisent 15,3 milliards d'euros par an. C'est plus cher de 5 à 6 milliards par an respectivement par rapport à la moyenne de la zone euro et aux Pays-Bas.

Un tiers du déficit 2025 de l'Assurance Maladie est donc imputable aux coûts de gestion plus chers de la France. Au lieu de vouloir supprimer les complémentaires santé, l'urgence devrait être de faire des économies tout en améliorant notre système de santé. Une mission est justement en cours avec des économistes et des experts, initiée par la ministre de la Santé, sur l'articulation entre l'assurance maladie obligatoire et les assureurs santé. Il est vraisemblable que la « grande sécu », piège qui nous entraînerait irrémédiablement vers une baisse de la qualité des soins, une fuite des médecins et des surcomplémentaires, sera écartée par la mission.

Le risque serait d'aller alors vers une sorte de cote mal taillée avec des soins pris à 100 % par les complémentaires et d'autres par l'assurance-maladie obligatoire. Cette piste ne ferait pas baisser nos énormes coûts de gestion. La solution gagnante est au contraire de donner aux Français plus de liberté dans le choix de l'assureur dès le premier euro, comme aux Pays-Bas. Est-ce l'une des pistes du gouverneur quand il nous conjure dans sa lettre de regarder davantage nos voisins ?