Retraite

Réforme des retraites : la liste de nos hypocrisies

10 septembre 2019 • Agnès Verdier-Molinié

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La réforme des retraites qui se présente prend de plus en plus la forme d'un grand bal des hypocrites. Passons en revue la liste des hypocrisies en vogue.

Hypocrisie sur l'état financier actuel

Nous comptons une des dépenses en retraites publiques parmi les plus élevées (14 % du PIB), pour un déficit qui sera peu ou prou de 10 milliards en 2022 et de 15 milliards en 2025. Voilà le tableau officiel. Mais nos déficits cachés sont immenses. Chaque année, l'Etat verse des subventions d'équilibre à plusieurs régimes, en particulier les régimes publics, pour une vingtaine de milliards d'euros. Ces subventions aggravent le déficit public de la France. L'équilibre apparent du système n'est qu'une façade.

Hypocrisie sur l'âge de départ à taux plein

La CFDT fait mine, aujourd'hui, d'être contre le report de l'âge de départ à la retraite et contre un âge pivot. Elle a pourtant bel et bien signé un accord en 2015 mettant en place un âge pivot à 63 ans pour les retraites complémentaires… des salariés du privé uniquement. En effet, les salariés du privé se sont vu appliquer, depuis 2019, un malus sur leurs pensions complémentaires et partent déjà après 62 ans : en moyenne, à 63 ans et demi.

En face, les agents du secteur public continuent à partir avec des pensions plus importantes et plus jeunes : 61 ans en moyenne dans les trois fonctions publiques. Sans parler des agents roulants de SNCF ou des catégories actives d'EDF qui partent encore à 55 ou 57 ans.

Hypocrisie sur l'augmentation du nombre de trimestres

On a beaucoup entendu que, pour les cadres, un report de l'âge était plus favorable qu'une augmentation du nombre de trimestres de cotisation. Les cadres ayant fait des études plus longues et commençant à travailler plus tard.

Mais on a très peu entendu dire que ce choix d'une augmentation des trimestres était beaucoup plus favorable aux agents publics, qui, avec un emploi garanti à vie, ne sont pas concernés par le chômage et les carrières hachées.

Passer uniquement par l'augmentation du nombre de trimestres basculerait, de facto, une partie du coût des pensions publiques vers les salariés du privé. Quitte à faire le choix de l'iniquité ?

Hypocrisie sur l'équilibre du nouveau régime en 2025

Le gouvernement nous dit que le nouveau système de pensions devra être « équilibré » en 2025 alors que la réforme systémique est censée commencer… en 2025 ! Le déficit 2025 est déjà évalué à 15 milliards d'euros, et le gouvernement s'est engagé, d'ici là, à ne toucher aucun paramètre.

Avoir un système équilibré en 2025 suppose pourtant d'accélérer la réforme Touraine en ajoutant un trimestre par an à cotiser en plus, au lieu d'un tous les trois ans, et de reporter l'âge de départ à 64 ans d'ici à 2025. Et même en actionnant ces deux leviers, le système ne serait pas tout à fait à l'équilibre en 2025.

Hypocrisies sur les « réserves » du privé

Le gouvernement lorgne sur les réserves de ceux qui ont bien géré leurs systèmes de pension. Comme il va y avoir un gros souci de financement des cotisations de l'Etat et de celles des agents sur leurs primes, il y a fort à parier que les réserves seront utilisées en partie pour financer la convergence du mode de calcul des pensions publiques vers le mode de calcul du régime général. Pour rappel : il a été dit de la convergence qu'elle pourrait durer quinze ans, soit jusqu'en 2040.

Quand on fait la somme des hypocrisies, les fourmis risquent bien, si on n'y prend garde, de payer pour les cigales.

Cette tribune a été publiée dans Les Echos, le lundi 9 septembre 2019. A voir, en cliquant ici.

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