Tribune

Bien sûr qu'il faut repousser l'âge de départ à la retraite à 67,6 ans !

Le COR propose dans son dernier rapport de décaler l'âge de la retraite à 67,6 ans en 2070. Il faudra même atteindre ce seuil dès 2040, « n'en déplaise aux allergiques au travail ».

Cet article a été publié dans le journal Les Échos le 15 juin.

L'iceberg démographique se distingue de mieux en mieux. Même les plus démagogues osent de moins en moins dire qu'il faut revenir à la retraite à 62 ans. Enfin, on pourrait avoir un débat digne de ce nom en France avec la présidentielle de 2027 qui s'annonce ! Que nous dit le Conseil d'orientation des retraites (COR) dans son rapport annuel de jeudi ? Tout simplement ce que nous avons dit depuis des années à la Fondation Ifrap quand le COR, à l'époque, jouait les rassuristes bon marché : que notre système de retraites n'est pas soutenable ! Bien sûr il va falloir repousser l'âge de départ à la retraite à 67 ans au moins, n'en déplaise aux allergiques au travail !

La seule proposition possible pour ne pas casser la croissance des prochaines décennies, c'est travailler plus longtemps. Le COR propose un report progressif de l'âge légal de départ. « L'équilibre du système de retraite jusqu'en 2070 pourrait être assuré par le seul levier de l'âge de départ à la retraite. Cela impliquerait de porter l'âge moyen de départ à 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070 ». Mais le COR ne va pas assez loin. Les 67 ans, il faudrait les atteindre dès 2041 après 66 ans en 2033 si nous voulons rééquilibrer nos régimes de retraites et faire des économies, notamment pour ne plus ponctionner la branche famille.

Plus assez de naissances

Car le sujet est aussi celui de la natalité : dans 10 ans, dès 2037, notre population va commencer à baisser selon les projections démographiques de l'Insee. Le déficit des retraites est désormais prévu dans le rapport du COR à 2,4 % du PIB en 2070 avec 1,3 cotisant pour 1 retraité, une situation intenable. Et ce, notamment pour une raison majeure : nous n'avons plus assez de naissances en France. Dans sa nouvelle prévision, le COR a baissé à 1,45 enfant par femme son hypothèse de taux de fécondité pour les décennies à venir alors qu'il utilisait jusqu'à maintenant le ratio de 1,8 enfant.

En 2025, 645.000 bébés sont nés en France. Cela restera dans l'Histoire comme l'année où la France a enregistré plus de décès que de naissances (651.000 décès). Une première depuis l'après-guerre. Avec 645.000 bébés, c'est 2,1 % de moins qu'en 2024 et 24 % de moins qu'en 2010, année du dernier point haut des naissances. Pour revenir à 1,8 enfant par femme, il faudrait plus de 70.000 naissances supplémentaires par an. Et même cela ne suffirait pas à empêcher le déficit des retraites en vertu de l'espérance de vie qui augmente.

Branche famille

Le paradoxe, c'est que pour financer nos retraites, nous siphonnons la branche famille de la Sécu. Ce sont 13,8 milliards d'euros par an qui ne financent pas des crèches ou des incitations fiscales pour les familles. Les jeunes actifs ne croient plus que, s'ils travaillent toute leur vie à payer les retraites des anciens, ils auront aussi une retraite un jour. Il nous faut aujourd'hui les rassurer, sinon ils ne voudront tout simplement plus travailler et cotiser pour des retraites en baisse ou inexistantes.

La seule façon cohérente pour rassurer les actifs en la matière est de repousser l'âge de la répartition et de favoriser la montée en puissance de la capitalisation. Tout en réservant le minimum vieillesse à des personnes ayant résidé et travaillé au moins un quart des annuités nécessaires pour un taux plein en France. Car on entend bien les réactions : travailler plus ? Pour financer ceux qui ne bossent pas ? L'équation est là : nous devons avoir plus d'enfants, travailler plus nombreux, plus tôt et plus longtemps pour sauver nos retraites. Candidats pour 2027, bougez-vous sur ce coup-là. Sinon ? Adieu veaux, vaches, cochons, couvées !