Fonction publique et administration

Supprimer l'ENA et la pensée énarchique qui va avec

20 avril 2021 • Agnès Verdier-Molinié

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Voici un nouveau coup de tonnerre dans le chic landerneau de la haute administration française avec l'annonce de la prochaine suppression de l'ENA, remplacée par une nouvelle école, l'Institut du service public. Restons prudents car, par trois fois, l'annonce de la suppression de l'ENA ou de son classement de sortie ont été faites aux Français. Et par trois fois un rétablissement miraculeux de la situation d'origine a été orchestré sans publicité par les grands corps.

Cette tribune a été publiée dans les pages des Echos, le 12 avril 2021. A voir, en cliquant ici.

En 2008, Nicolas Sarkozy souhaitait supprimer le classement de sortie de l'ENA. Sous François Hollande, une réduction du poids des grands corps était passée in extremis. Las, un décret daté du 28 juin 2017, lors du premier gouvernement d'Emmanuel Macron, a rétabli le classement de sortie dans son organisation originelle.

Enfin, pour clôturer le grand débat, le 25 avril 2019, Emmanuel Macron déclarait : «Je pense qu'il faut supprimer, entre autres, l'ENA […] pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux.» Il ajoutait même : « Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps. » Deux ans plus tard, le rapport Thiriez « Mission haute fonction publique » était remisé au placard et le président de la République annonçait qu'il allait réserver des places à l'ENA à des candidats issus de milieux modestes.

Après cette nouvelle volte-face, difficile de croire que, cette fois, ce sera la bonne et qu'on assistera vraiment à la suppression de l'ENA. Le risque ? Qu'il s'agisse d'une énième annonce de communication savamment dosée au rythme de divers scandales, de diverses candidatures à la présidentielle.

Epreuve du feu

Déjà, que sait-on de l'annonce ? Vraisemblablement, le classement de sortie sera supprimé et les étudiants devront désormais se former dans des postes de l'Etat déconcentré en province avec des « missions de terrain » avant d'entrer dans les grands corps.

Une épreuve du feu de la pratique donc, mais ce changement sera-t-il suffisant pour empêcher les diplômés de la haute fonction publique de sortir les bazookas dès qu'un poste de direction d'administration pourrait échoir à un profil issu du privé ?

Espérons que cette annonce est la première pierre d'une vaste réforme avant une suppression du statut public à vie tel que nous le connaissons et qui permet à nos hauts fonctionnaires, sous protection du statut, moult allers-retours entre public, privé et politique, sans jamais connaître l'angoisse de perdre un travail et de passer par la case Pôle emploi.

La France est maintenant à la croisée des chemins. Pays le plus dépensier, le plus taxé d'Europe, pays qui emprunte le plus en zone euro en ce moment. Seul pays à créer autant de commissions, de strates publiques et d'impôts en cascade. Des travers énarchiques maintes fois reconnus et analysés.

Pour reconstruire la France, une chose est certaine, il va falloir aller plus loin que le ripolinage. Ne plus seulement changer les photos sur l'affiche du gouvernement avec quelques « vraies » personnes de la société civile égarées, inconscientes d'être des alibis, mais avec, en réalité, beaucoup de technos aux manettes.

Une question persiste : devons-nous croire à cette nouvelle annonce ? Croire que demain la France ne sera plus otage de ses hauts fonctionnaires et reconnaîtra tous les talents qui peuvent la servir ? Que la bureaucratie ne sera plus notre horizon étriqué ? Qu'on pensera les lois pour les ménages et les entreprises ? La fiscalité pour la croissance ? Le Code du travail pour l'emploi ? Au-delà de la question de la suppression de l'ENA, qui est chiche de changer le logiciel énarchique qui a fait tant de mal à la France ?

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