État et collectivités

Non-suppression de l'ENA : "La France est malade de ses grands corps"

22 février 2021 • Agnès Verdier-Molinié

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"Souvenons-nous, 25 avril 2019, à la sortie du mouvement des Gilets jaunes et du grand débat, Emmanuel Macron déclarait : 'Je pense qu'il faut supprimer, entre autres, l'ENA […] pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux.' Il ajoutait même : 'Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps.' Sauf que… Deux ans plus tard, le président de la République, en visite à l'Institut régional d'administration de Nantes, a annoncé qu'il allait réserver des places à l'ENA à des candidats issus de milieux modestes. Voilà sorti le prétexte de la diversité.

Cette tribune a été publiée dans les pages du JDD, le dimanche 21 février 2021. A voir, en cliquant ici.

De suppression, il n'y aura donc point. Et surtout pas pour le classement de sortie qui permet d'entrer dans les grands corps (Conseil d'État, Cour des comptes ou Inspection des finances) à vie, et de faire, sous protection du statut, moult allers-retours entre public, privé et politique sans prendre aucun risque.

C'est la troisième fois, en trois quinquennats, que les grands corps de l'État ont eu la peau de la réforme. Déjà avant Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et François Hollande s'y sont cassé les dents. Nicolas Sarkozy voulait, dès 2008, supprimer le classement de sortie de l'ENA… François Hollande souhaitait, aussi, aménager ce classement de sortie pour réduire l'influence des grands corps.

Une réduction du poids de ces derniers est bien passée par décret in extremis à la fin du quinquennat du président Hollande. Mais un décret daté du… 28 juin 2017, pris par le gouvernement d'Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir, remet opportunément tout en place et rétablit le classement de sortie dans son organisation originelle.

Quand un poste de direction d'administration pourrait échoir à un profil issu du privé comme cela a été le cas pour la direction générale de l'administration de la fonction publique, tout le monde est prêt à sortir les bazookas pour l'éliminer, syndicats compris. Et malheureusement, ça marche. Les troupes de la haute fonction publique se serrent les coudes et gagnent le match à tous les coups, ou presque.

La France est maintenant à la croisée des chemins. Pays le plus dépensier, le plus taxé d'Europe ; pays qui emprunte le plus en zone euro en ce moment ; seul pays européen à être doté d'une école comme l'ENA et d'un statut public aussi protecteur qui reproduit, quelle que soit leur origine sociale, des cohortes de dirigeants publics hors sol… À croire qu'on y apprend à créer des commissions, des strates publiques et des impôts en cascade.

Réveillons-nous. Allons-nous encore demander à ceux-là même qui ont contribué à emmener la France dans le mur de la dette, des impôts et du chômage, comment reconstruire la France ? Créer de 'nouvelles' commissions ? Leur commander encore des rapports ? Ce ne serait pas crédible. La France peut rebondir mais, pour changer de recette, il va falloir revoir le casting."

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