État et collectivités

Le passe sanitaire aura-t-il une incidence sur la croissance ?

21 juillet 2021 • Agnès Verdier-Molinié

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Les confinements ont coûté 7,9 points de PIB à la France en 2020. Ils nous ont coûté la croissance des premiers mois de 2021 avec une baisse de la richesse nationale de 0,1 point au premier trimestre de cette année.

Cette tribune a été publiée dans les pages du Figaro, le vendredi 16 juillet 2021.

Le passe sanitaire obligatoire à partir de 17 ans dès le 21 juillet (à partir de 12 ans au 1er septembre) pour les lieux de loisir : zoos, parcs d'attractions et de culture, monuments historiques et jardins ou le 1er août pour aller au restaurant, à la piscine ou faire ses courses dans un centre commercial… risque de donner encore un coup sur la tête à des milliers de TPE, PME du tourisme et centres commerciaux dans toute la France.

Il est paradoxal de vouloir atteindre 6 % de croissance en 2021 tout en mettant en place – au dernier moment – des restrictions qui vont détourner les Français de la consommation et des sorties du quotidien pendant l'été. En parallèle des créneaux de vaccination qui se remplissent, les livres de réservations dans le secteur du tourisme désemplissent, les clients appellent affolés pour savoir s'ils pourront être remboursés. Il faut dire que, dans le délai imparti, il est matériellement impossible pour les Français qui ne le sont pas, d'être entièrement vaccinés d'ici le 1er août.

Moins de la moitié des Français de plus de 11 ans sont aujourd'hui vaccinés avec deux doses. Plus de la moitié des Français vont donc être freinés tout l'été dans leurs choix de consommation. Tout simplement car faire la queue tous les deux jours pour faire des PCR à toute la famille à la pharmacie du coin n'est pas vraiment un programme de vacances qui fait rêver après des mois de contraintes sanitaires. Et ce d'autant plus que nul ne peut être certain que ces mesures nous permettraient d'éviter un 4e confinement à l'automne.

Les recours au conseil d'État commencent légitimement à arriver, le débat bat son plein en coulisses et les arbitrages des différentes parties sont loin d'être rendus. Heureusement ! Il existe encore un Parlement, un Conseil d'État et un Conseil Constitutionnel qui garantissent une répartition des pouvoirs et un État de droit. C'est donc le moment de se poser la question: ces contraintes vont-elles conforter la richesse nationale ou planter la croissance ?

Tous les professionnels des secteurs concernés annoncent des impacts négatifs entre 18 % et 60 % en moins du chiffre d'affaires annuel. Soulignons que, dans le secteur du tourisme, 60% du chiffre d'affaires se fait entre juillet et septembre. Le secteur du tourisme, c'est environ 170 milliards d'euros par an de chiffre d'affaires en France pour une année normale. En 2020, la perte pour le tourisme est estimée entre 60 et 75 milliards d'euros et ce, malgré une plutôt bonne saison en juillet août l'an dernier.

Si l'on restait sur les déclarations du président de la République, on peut dûment considérer que l'impact sur les entreprises du tourisme serait entre 20 et 35% du chiffre d'affaires annuel. Soit entre 30 et 60 milliards de pertes. Ces pertes auraient un impact négatif net sur la richesse nationale entre 0,3 et 0,7 point de PIB. Et encore, cela ne compte pas l'effet sur les centres commerciaux. La croissance 2021 de la France serait forcément impactée.

Ces décisions, si elles étaient appliquées, auraient aussi pour corollaires de nouvelles dépenses publiques pour aider les entreprises concernées que l'on peut estimer à plusieurs milliards entre fonds de soutien et chômage partiel alors que le déficit public 2021 de la France est déjà prévu à 228 milliards d'euros. Sans compter aussi les moindres recettes fiscales et sociales.

Il est très dommageable, pour les Français et pour le Parlement, qu'à ce stade, il n'y ait pas dans le projet de loi du gouvernement d'étude d'impact sur notre économie de ces décisions alors que c'est une obligation depuis 2009.

Soulignons enfin qu'en Europe, aucun pays n'a adopté des contraintes aussi coercitives:

En Italie, pas de passe sanitaire pour l'accès aux transports, lieux de restauration ou de loisirs et le port du masque qui n'est désormais plus obligatoire en extérieur.

Chez nos voisins allemands, la chancelière Angela Merkel a affirmé ne pas vouloir «suivre la voie proposée par la France» et faire plutôt confiance à la population allemande pour continuer de se vacciner. Le passe sanitaire n'est pas exigé pour l'accès aux restaurants, lieux de culture ou de loisir.

En Espagne, il n'existe à l'heure actuelle aucune mesure coercitive concernant l'accès aux lieux de culture, restauration ou loisir.

Enfin, au Royaume-Uni, Boris Johnson poursuit sa réouverture du pays. Plus aucune mesure restrictive à partir du 19 juillet, et bars, restaurants, discothèques ou encore enceintes sportives pourront ouvrir à leurs capacités maximales sans aucun contrôle, quel qu'il soit.

Certes, le Danemark et l'Autriche ont mis en place un passe sanitaire pour accéder aux restaurants, hôtels, théâtres… Mais avec une différence de taille : les autotests à l'entrée sont autorisés et valides, et les amendes danoises ne sont pas de 45 000 euros mais de 400 euros pour les établissements qui ne contrôlent pas.

En attendant le retour du Conseil d'État qui avait donné son aval pour le passe sanitaire à condition que ne soient pas concernées les activités quotidiennes, il est encore temps de retrouver un peu de jugeote, de rétropédaler et d'amender ces annonces qui vont impacter tout de suite notre croissance pour, soi-disant, la protéger demain.

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