Emploi et politiques sociales

Investissements étrangers 2018 : une vraie amélioration ?

10 avril 2019 • Corentin Droz-Georget

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Le bilan annuel de Business France sur les investissements étrangers en France a été présenté le 4 avril dernier par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire. En 2018, l’organisme public a dénombré 1.323 décisions d’investissements d’origine étrangère qui auraient permis la création ou le maintien de 30.302 emplois sur le territoire national. Ces décisions d’investissements sont en augmentation de 2% par rapport à l’année précédente alors que les créations (ou maintien) d’emplois sont inférieurs à 2017 de 9%. Ces chiffres font de la France le deuxième pays européen le plus attractif pour les investisseurs étrangers.

En janvier 2019, au moment du deuxième sommet Choose France ! Bruno Le Maire annonçait que la France avait « accueilli 1.300 investissements étrangers, qui représentent 34.000 emplois créés ou maintenus. C’est le meilleur résultat jamais enregistré. Et il sera similaire en 2018 »[1]. Ce sera finalement un peu plus d’investissements mais moins d’emplois créés, selon le bilan de Business France.

Source : Business France, Bilan des investissements internationaux en France, avril 2019

*Business France comptabilise depuis 2014, les projets d’investissement dès le 1er emploi.

Source : Business France, Bilan des investissements internationaux en France, avril 2019

Le nombre de projets d’investissements étrangers est en augmentation depuis 2008 alors que le nombre d’emplois créés ou maintenus sur la même période fluctue entre 25.908 et 33.682. Ce constat s’explique, notamment, par le fait que jusqu’en 2014, Business France ne prenait pas en compte les projets qui créaient moins de 10 emplois[2]. Depuis 2014, l’organisme public considère l’intégralité des projets d’investissement y compris ceux ne créant qu’un seul emploi (« périmètre élargi » dans le bilan de Business France). De ce fait il est donc normal de constater une stagnation des créations d’emplois liées aux investissements, alors que le nombre de projets d’investissements augmente. En effet, le nouveau périmètre prend en compte, les « petits » projets créant moins de 10 emplois. Par conséquent la récente augmentation du nombre de projets d’investissement est notamment due à la prise en compte de ces « petits » projets peu créateurs d’emplois.

De plus, le nombre d’emplois créés par projet ne cesse de baisser depuis 2016. En 2017, avec 33.489 emplois créés ou maintenus par 1.297 projets, on obtient un ratio d’environ 26 emplois créés par projet, alors qu’en 2018 on compte 30.302 emplois créés ou maintenus pour 1.323 projets, soit un ratio d’environ 23 emplois créés ou maintenus par projet, alors que ce ratio était d’environ 27 emplois par projet en 2016… D’une manière générale, compte tenu des données disponibles depuis 2008, la moyenne des emplois créés par projet diminue progressivement.

Source : Business France, Bilan des investissements internationaux en France, avril 2019, Fondation iFRAP

Origine des investissements étrangers en France 

Source : Business France, Bilan des investissements internationaux en France, avril 2019

Les investissements étrangers en France sont de diverses origines, cependant, la grande majorité de ces investissements vient de pays européens (61%). Concernant les pays d’origine, les États-Unis sont les premiers investisseurs en France avec 18%, suivi de l’Allemagne, 14% et du Royaume-Uni 9%.

L’issue, toujours incertaine, du Brexit joue un rôle important dans les investissements étrangers en France. Du fait du cette situation, l’attractivité du Royaume-Uni baisse et cela au profit des autres pays européens et plus particulièrement de l’Allemagne et de la France. « Interrogés par Kantar Public, 58% des groupes à l'étranger et 54% des entreprises étrangères implantées en France prévoient de revoir leur stratégie d’implantation au Royaume-Uni au profit d’un autre pays européen. »[3]

Secteurs d’activité des investissements étrangers

« Les principaux secteurs d’investissement en 2018 sont les logiciels et prestations informatiques (14%), le conseil-ingénierie (11%), le commerce et la distribution (7%), le secteur du textile, de l’habillement et des accessoires (5%), ainsi que les machines et équipements mécaniques (5%). »[4]

Projets par type d’investissement

En 2018, la France a été particulièrement attrayante pour les investisseurs qui désiraient une création de nouveaux sites sur le territoire national, soit 6 points de plus qu’en 2017. Les implantations sont très importantes car il s’agit du type d’investissements le plus créateur d’emplois. En effet, 38% de l’ensemble des emplois créés ou maintenus par les investissements étrangers, ont été créés grâce à une création. Les extensions sont également intéressantes car elles sont en baisse de 9% par rapport à 2017, cependant les emplois induits par ces dernières ont augmenté de 21%.[5]

Source : Business France, Bilan des investissements internationaux en France, avril 2019

Finalement, l’attractivité de la France pour les quartiers généraux mondiaux ou européens des entreprises étrangères est en baisse en 2018 par rapport à 2017. En passant de 29 à 23 nouveaux quartiers généraux Monde et Europe, l’attractivité est donc en recul de plus de 20%.[6]

Baromètre EY de l’attractivité de la France 2018

En juin 2018, le cabinet d’audit et de conseil, Ernst & Young (EY) a publié un rapport sur l’attractivité de la France en matière d’investissements étrangers. D’après ce rapport, les investissements étrangers en France s’élevaient à 1.019 projets pour la création de 25.126 emplois en 2017. Le cabinet souligne également la forte progression de ces investissements en France par rapport à 2016 (+31%). Cependant, dans une note du mois de juin 2018, la fondation iFRAP avertissait que « s'il [fallait] se réjouir des résultats extrêmement positifs pour la compétitivité et l’attractivité du pays, il [fallait] déplorer un coût du travail élevé et une législation fiscale complexe, deux facteurs empêchant une création importante d’emplois par projet ». En effet, le cabinet EY compte 1.019 projets d’investissements pour 25.126 créations d’emplois, soit en moyenne 25 emplois créés par projet, alors que pour le Royaume-Uni, il est fait état de 1.205 projets pour 50.196 emplois créés, soit environ 42 emplois créés par projet…[7] La France accuse un retard sur ses concurrents allemand et anglais, le nombre de projets d’investissements étrangers en France est encore inférieur mais la situation est surtout préoccupante concernant les emplois créés par projet. Le tableau ci-dessous illustre les différences entre les pays européens en matière d’investissements étrangers pour l’année 2017. Ces données sont issues de l’édition 2018 du baromètre de l’attractivité de la France, l’édition 2019 concernant les données de 2018 devrait être publiée au mois de juin prochain.

Source : Ernst & Young, « Baromètre EY de l’attractivité, France, 2018 », juin 2018

Conclusion

Business France présente son bilan 2018 sous un angle relativement optimiste, en montrant la bonne attractivité de la France pour les projets d’investissements étrangers qui sont en augmentation de 2% par rapport à 2017. Cependant, l’organisme de l’Etat semble accorder moins d’importance à la diminution des emplois créés, ce qui peut paraître étonnant compte tenu de la situation de l’emploi dans le pays. En effet, certes le nombre de projets augmente, mais le nombre d’emplois créés et la moyenne d’emplois créés par projet chutent plus fortement. De plus, Business France  ne propose pas de comparaison internationale concernant les investissements étrangers, ainsi que le nombre d’emplois créés dans les autres pays européens. D’autres sources, plus éloignées du contrôle de l’Etat, présente des comparaisons européennes qui permettent d’analyser la situation de la France et son attractivité vis-à-vis de la concurrence européenne. En croisant les sources et en prenant certaines distances avec les axes de communication de Business France, on constate que la France est de plus en plus attractive et tant mieux, mais on constate également que des barrières à l’emploi empêchent les entreprises, françaises et étrangères, de se développer et d’embaucher.


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