Europe et international

Investissements étrangers, la France derrière la Grande Bretagne et l’Allemagne

14 juin 2018 • Tristan Derrien

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Le cabinet d’audit financier membre des Big Four, Ernst & Young (EY) vient de publier un rapport sur l’attractivité de la France en 2018. Le cabinet d’audit anglais présente la France comme le "nouvel eldorado" européen. Paris devient ainsi "métropole la plus attractive d’Europe". La France est en 2017, le troisième pays d’Europe pour ce qui est du nombre de projets d’investissement étrangers, juste derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne. La Fondation iFRAP se propose donc d’observer le nombre de projets d’investissements étrangers en France, en Allemagne et au Royaume-Uni et de comparer les emplois créés par ces projets ainsi que le montant de ces investissements.

S'il faut se réjouir des résultats extrêmement positifs pour la compétitivité et l’attractivité du pays, il faut déplorer un coût du travail élevé et une législation fiscale complexe, deux facteurs empêchant une création importante d’emplois par projet. Il convient également de nuancer cette attractivité par un montant des investissements en euros toujours inférieur à ceux effectués en Allemagne et au Royaume-Uni.

Quelle méthodologie utilisée par EY ?

Cette étude a été réalisée auprès de "seulement" 502 répondants, par téléphone sur la période de janvier 2018. Un tel "bond" dans le classement des métropoles européennes les plus attractives peut s’expliquer par la période à laquelle l’enquête fut menée.

En janvier 2018 Macron invite 140 dirigeants d’entreprises internationales au Château de Versailles dans le but de promouvoir l’attractivité de la France et d’étudier la mise en place de "projets concrets" dans les domaines de l’innovation, du numérique, et de l’intelligence artificielle. Le plan Intelligence Artificielle (IA), "représentera un effort spécifique et inédit de près de 1,5 milliard d’euros de crédits publics"[1]. Le président démontre ainsi sa volonté de développer le leadership de la France dans le numérique et l’IA, notamment grâce aux écoles d'ingénieurs françaises à la renommée internationale et à des politiques économiques visant à booster les entreprises et les start-up.

Ainsi, ce sondage constitué des témoignages de 502 personnes interrogées présente des résultats très positifs pour l’Hexagone.[2] Néanmoins, il est forcé de constater que cette augmentation aussi importante de l’attractivité française pose la question de connaître la corrélation entre l’actualité de Janvier 2018 et l’attractivité de la France auprès des entreprises. Enfin, l’enquête stipule que les investisseurs qui connaissent la France et qui sont déjà présents sont très positifs dans leurs réponses tandis que les autres sont moins optimistes et toujours en attente. Cela signifierait que la portée de l’enquête ainsi que le moment choisi pour l’effectuer ont potentiellement pu biaiser son compte-rendu.

Toujours est-il que le rapport EY, chiffre à l’appui observe que le nombre d’investissements étrangers est en hausse de 31% en France contre 6% pour le Royaume-Uni et l’Allemagne. Cette augmentation permet à la France de rattraper son retard et de recoller au groupe de tête avec 1019 projets en 2017 contre 1124 pour l’Allemagne (2ème), et 1205 pour le Royaume-Uni (1er).

 

 

Cette augmentation du nombre global de projets d’investissement étranger chez les trois leaders européens s’explique en partie grâce à un contexte économique favorable. Ainsi, la croissance mondiale en 2017 s’est redressée et les estimations les plus récentes de l’OCDE prévoient une croissance mondiale du produit intérieur brut de l’ordre de 3,6% contre 3,1% en 2016. Parmi les pays développés, la zone euro se distingue par une croissance économique de l’ordre de 2,4% en 2017 - plus forte que celle des Etats-Unis, attendue à 2,1% - et de 2,1% en 2018.

Création d’emploi et montant des investissements

Le nombre de projets d’investissement n’est pas un indicateur suffisant car il ne permet pas d’observer le nombre d’emplois créés à la suite de ces investissements.

Source :[3]

Ainsi, malgré la diminution drastique du nombre d’investissements au Royaume-Uni celui-ci a-t-il un coefficient 2017 d’emplois créés par projet de 42 contre 25 pour la France et 28 pour l’Allemagne. Cela a permis au Royaume-Uni de créer plus de 50.196 emplois en 2017 alors que la baisse du nombre de projets depuis 2015 aurait pu laisser présager un nombre d’emplois créé moins important.

Deux raisons différentes pourraient être à l’origine de cette incapacité française à augmenter le nombre d’emplois créés par projet :

  1.  La plupart des investissements sont des petits projets, 86%, étant des extensions de sites déjà existants, agrandissement des sites industriels etc.
  2. Le coût du travail malgré les nouvelles perspectives apportées par Macron représente un frein. Une fiscalité claire, attractive et constante, ainsi que des contrats zéro heure permettent au Royaume-Uni de rester hyper compétitif, hyper flexible, avec un secteur financier à la pointe. Ainsi malgré le Brexit, la législation brittanique a-t-elle un effet positif sur l’emploi contrairement au système complexe de fiscalité  français et une loi Travail encore trop timide.
 

Coût horaire de la main d’œuvre en 2016 (en euros)[4]

Moyenne d’heures travaillées par salarié en 2012. (heures)

France

36,3€

1583

Allemagne

33,4€

1640

Royaume-Uni

26,1€

1939

Figure 1: Coût horaire de la main d'œuvre et moyenne d'heures travaillées par salarié. Source : Insee.

Ainsi, plus d’emplois sont-ils créés au Royaume-Uni à travers des projets d’investissement qu’en Allemagne ou en France. Néanmoins, l’enquête publiée par le cabinet EY serait complète si elle permettait d’obtenir un aperçu du montant de ces investissements effectués.  

Si l’on observe les investissements directs venant de l’étranger en France, Allemagne et Royaume-Uni, on observe que le montant de ces investissements est au moins deux fois supérieur au Royaume-Uni qu’en France ou en Allemagne.

France:

Le montant des investissements provenant de l’étranger en France ont depuis Janvier 2018 atteint une valeur moyenne de 3.800 millions d’euros par mois. Malgré tout, on remarque depuis l’année dernière une tendance globale positive avec des investissements dont le montant augmente de plus en plus. [5]

Allemagne:

Le montant des investissements directs de l’étranger en Allemagne ont une valeur moyenne de 6.700 millions d’euros par mois depuis le début de l’année 2018.

Royaume-Uni:

Après des chiffres d’investissement direct avoisinant les 80.000 millions de livres sterling durant l’année 2016, une nette diminution du montant des investissements a été observée au Royaume-Uni en Janvier 2018. Cependant, même avec un montant beaucoup plus faible que ceux connus par le passé, les investissements directs provenant de l’étranger ont été de 8.667 millions de livres sterling soit 9.822 millions d’euros sur le dernier trimestre.

Ainsi, on observe que les montants d’investissements depuis l’étranger malgré le Brexit et le discours charmeur de l’Elysée restent en moyenne bien plus importants au Royaume-Uni et en Allemagne qu’en France. Il est néanmoins important de noter la diminution importante du montant des investissements en Grande Bretgane depuis janvier 2017.

De plus, ces importants montants d’investissements pourraient également être une des variables significatives influençant le nombre d’emplois créés par projet d’investissement. Cependant la comparaison des trois pays suggère que cette variable n’est pas extrêmement significative. En effet, bien que les montants d’investissements étrangers en Allemagne soient 1,8 fois supérieurs à ceux de la France, la capacité de transformer ses projets d’investissements en emploi ne semblent pas spécialement performante outre-Rhin. Ainsi le nombre d’emplois créés par projets en Allemagne est-il de 28 en 2017 contre 25 pour la France.

Les entreprises à capitaux étrangers sont au nombre de 28.100 sois moins de 1% des entreprises françaises recensées. Elles emploient cependant plus de 1,8 millions de personnes, réalisant 16% de la valeur ajoutée et 22% des dépenses de recherche et développement de l’ensemble des secteurs marchands non agricoles et non financiers.[6] Ce pourcentage qui semble faible est du même ordre de grandeur au Royaume-Uni où les entreprises à capitaux étrangers représentent 1,1% des entreprises. Cependant, 1 grande entreprise (effectif supérieur à 250 employés) sur 4 au Royaume-Uni est détenue par une entreprise étrangère.[7] On ne peut donc pas dire qu’il existe un lien entre le nombre d’entreprises à capitaux étrangers et le nombre de projet d’investissements venant de pays étranger.

En conclusion, l’accroissement de l’attractivité française est indéniable. Cette attractivité boostée par le Brexit est visible par des exemples concrets : l’autorité bancaire européenne traverse la Manche suite au Brexit. Paris a été retenue parmi 8 autres villes candidates telles que Dublin, anglophone ou Francfort qui héberge déjà la Banque centrale européenne (BCE). Cet optimisme de la part des investisseurs étrangers peut s’expliquer par la stratégie de séduction opérée par Emmanuel Macron et ses députés en Janvier 2018. Cette manœuvre pourrait également être à l’origine d’une augmentation presque trop importante et biaisée de l’attractivité en France. Il est vrai que selon EY, les investisseurs qui ne sont pas implantés en France n’envisagent pas encore de venir s’y installer[8]. Cela concerne notamment les patrons des pays émergents tels que l’Inde ou la Chine qui effectuent la majorité de leurs investissements européens en Allemagne et au Royaume-Uni.

Enfin, les montants des investissements effectués en France sont nettement inférieurs à ceux effectués en Allemagne ou au Royaume-Uni durant ces dernières années. Malgré l’attractivité grandissante de l’Hexagone, il serait judicieux de se pencher sur deux facteurs qui semblent influencer négativement le nombre d’emplois créés par projet d’investissement : le coût du travail trop élevé et la trop faible moyenne du nombre d’heures travaillées pendant l’année. Le Royaume-Uni possède un avantage vis-à-vis de la France et dans une mesure moins importante vis-à-vis de l’Allemagne concernant ces deux facteurs déterminants pour un investisseur.


 

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