Emploi et politiques sociales

Hôpital : le plan d'Emmanuel Macron ne suffira pas à résoudre la crise

28 novembre 2019 • Agnès Verdier-Molinié

shutterstock_1455288533.jpg

Le gouvernement ne semble pas totalement fermé à l'idée de reprendre la dette des hôpitaux publics, qui est de 30 milliards d'euros. Il l'a bien fait pour la SNCF, mais en échange de l'extinction du statut public. Reprendre la dette ne peut et ne doit pas se faire sans réformer le mastodonte administratif qu'est devenu notre hôpital public.

Pourquoi conserver le statut public hospitalier alors même qu'il empêche qu'une infirmière qui travaille dans un hôpital public à Paris soit plus payée qu'une infirmière qui travaille dans un hôpital public dans l'Oise ? Pourquoi vouloir à tout prix que la grille des salaires soit unique ? Pourquoi ne pas sortir du carcan érigé par nos syndicats, ceux-là mêmes qui demandent plus de moyens sans remettre en cause leurs dogmes ?

Pourquoi ne pas dire qu'il faut arrêter d'embaucher sous statut - comme à la SNCF - et reconnaître enfin le mérite individuel en sortant de l'hypocrisie qui prévaut aujourd'hui. Cette règle absurde conduit à conserver l'activité privée à l'hôpital public pour garder les meilleurs chirurgiens qui seraient partis, sinon, depuis belle lurette. Être payé davantage quand on consacre beaucoup à l'hôpital, moins quand on consacre moins : cela semble évident, mais ce n'est pas la logique actuelle, loin de là.

Pourquoi ne pas dire que c'est dans la médecine de ville qu'il faut mettre plus de moyens (6 milliards d'euros de plus par an en Allemagne) ? Cela permettrait de diriger le flux des petites urgences, lesquelles ne devraient pas allonger les files d'attente dans les hôpitaux, vers les gardes des médecins de ville qu'il faut remettre en place le plus vite possible, en responsabilisant ces derniers et en les rémunérant correctement.

Pourquoi ne pas dire que les pays qui ont des hôpitaux mieux gérés et plus efficients font appel à des gestionnaires experts (cadres, ingénieurs…) ayant de vraies marges de manœuvre et une autonomie réelle. Nos directeurs d'hôpitaux croulent sous les réglementations dictées par le ministère, avec plus de 200 circulaires par an.

Pourquoi ne pas dire à quel point nous gagnerions collectivement à avoir un système de santé moins centralisé, moins politique mais plutôt géré au niveau régional, comme dans la plupart des pays ? La France comptait, en 1980, 670.000 agents de la fonction publique hospitalière, aujourd'hui elle en compte 1,168 million. La dépense d'assurance maladie augmente tous les ans, celle consacrée aux hôpitaux aussi. Elle atteindra 84 milliards d'euros en 2020.

Quand on entend les médecins et infirmières parler de leurs conditions de travail, quand on sait que l'absentéisme explose (jusqu'à 39 jours par an et par salarié dans certains hôpitaux et en moyenne 24 jours) et que les urgences sont totalement saturées alors même que nous dépensons déjà 11 milliards d'euros de plus par an que l'Allemagne dans notre système hospitalier, on ne peut éluder le fait que le problème vient avant tout de l'organisation et pas d'un manque de moyens.

Cette tribune a été publiée dans les pages de Valeurs Actuelles, le 23 novembre 2019.

Commentaires

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.