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Fête du travail : et si on autorisait le travail le 1er mai ?

Le 1er mai est le seul jour férié et obligatoirement chômé en France parmi nos 11 jours fériés…  Si, finalement, la proposition de loi visant à étendre la possibilité de travailler le 1er mai n’a pas pu, faute de temps, être discutée à l'Assemblée nationale, le débat qu’elle a suscité est symptomatique du mal français. Cette proposition vise juste à permettre aux commerces de bouche, fleuristes, cinémas, théâtres ou boulangeries d'ouvrir le 1er mai grâce à des salariés volontaires. Rien de révolutionnaire. Et Sur les 27 pays de l’Union, une très large majorité fête le travail le 1er mai et ce jour là est férié (sauf Irlande, Pays-Bas et Danemark). Férié mais pas chômé avec interdiction de travailler comme en France. 

Seule la France interdit aux boulangers ou fleuristes de faire travailler leurs salariés le 1er mai. Dans le reste de l'Europe, que ce soit en Allemagne, en Italie ou au Portugal…  le jour de la fête du Travail, boulangers ou fleuristes restent ouverts avec du personnel salarié qui reçoit des primes pour cela. Les syndicats français, tout en étant pour l’interdiction de travailler pour les salariés des fleuristes, vendent eux-mêmes du muguet le jour de la fête du travail. Quand nos boulangers ou fleuristes doivent déjà payer double un salarié qui travaille le 1er mai, ils doivent aussi potentiellement une amende de 750 € par salarié employé et rémunéré ce jour-là. En 2025, une vingtaine de boulangeries ont été mises à l’amende. Et si on autorisait le travail le jour de la fête du Travail ? 

 

Contexte juridique 

Le 1er mai  a été institué par l’article L. 3133-4 du Code du travail le 1er mai 1947. Cet article stipule simplement que « Le 1er mai est jour férié et chômé ». Le 1er mai est l’unique jour férié et chômé reconnu en France. Le terme chômé implique que les salariés ont interdiction de travailler ce jour et ont obligation de se reposer. L’article L. 3133-6 du Code du travail prévoit des exceptions concernant « les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail ». Dans ce cas, les salariés perçoivent, en plus de leur salaire, une indemnité correspondant au montant de leur salaire sur la journée. Cette indemnité est « à la charge de l'employeur ». Les établissements qui sont concernés par cette exception sont les hôpitaux, les forces de l’ordre, les fournisseurs d’énergie ou encore les entreprises qui permettent à ces établissements de fonctionner correctement. En cas d’infraction, une amende de 750€ pour chaque salarié employé le 1er mai est prévue. 

La proposition de loi du Sénat s’inscrit dans le cadre d’un flou juridique concernant l’ouverture de certains commerces le 1er mai. En effet le 23 mai 1986, une position ministérielle signée par Martine Aubry part du principe que les établissements qui ont une dérogation pour le travail dominical peuvent également en bénéficier pour le 1er mai. Ainsi il n’est pas répréhensible pour ces établissements de travailler le 1er mai[1]. Cependant cette position ministérielle n’a aucune valeur juridique et le 14 mars 2006, une décision de la Cour de cassation maintient l’interdiction de travailler le 1er mai considérant que les dispositions prévues pour le repos dominical ne peuvent s’appliquer au 1er mai[2].

Ainsi toutes activités qui ne seraient pas justifiées par la nécessité de maintenir la continuité d’un service essentiel est condamnable et c’est à l’employeur de fournir cette justification. La prime concernant les salariés reste valable.

Or, le 24 avril 2025, cinq boulangers vendéens avaient été relaxés des poursuites dont ils faisaient l’objet après avoir été verbalisés suite à l’ouverture de leur boulangerie et du travail de leur personnel le 1er mai 2024. L’ouverture avait été motivée pour des raisons économiques. 

Cependant, une situation paradoxale relance le débat. En effet, les fleuristes n’ont pas le droit d’ouvrir leur magasins le 1er mai sous peine d’amende mais les particuliers qui vendent du muguet dans l’espace public le peuvent. Du fait de la traditionnelle vente de muguet, cette journée est particulièrement lucrative pour les fleuristes qui, de ce fait, ont besoin de personnel. Selon la Fédération française des artisans fleuristes, la vente de muguet a représenté en 2024, un chiffre d’affaires de 19,4 millions d’euros.

La proposition de loi du Sénat 

La proposition de loi du Sénat du 3 juillet 2025, vise à introduire une modification de l’article L. 3133-6 du Code du travail, qui régit les dérogations au repos obligatoire du 1er mai. Ce texte, constitué d’un article unique, vient compléter le dispositif existant en ajoutant une nouvelle section (II) à l’article, tout en instaurant un troisième alinéa (III) pour encadrer les modalités pratiques de son application.

Sur le plan juridique, la réforme opère une distinction claire entre les établissements déjà couverts par le I de l’article L. 3133-6 (ceux dont l’activité ne peut être interrompue pour des raisons de continuité du service public ou de nécessité sociale) et ceux nouvellement éligibles, qui relèvent désormais du II. Parmi ces derniers figurent explicitement « les établissements exerçant, à titre principal, une activité de vente de fleurs naturelles qui permet de répondre à un besoin du public lié à un usage traditionnel propre au 1er mai ». Cette formulation vise directement les fleuristes, dont l’activité est indissociable de la commercialisation du muguet. Le texte précise que ces établissements doivent exercer cette activité « à titre principal », excluant ainsi les commerces multi-secteurs ne répondant pas à ce critère de spécialisation. De plus, les commerces  qui proposent des produits « destinés à la consommation immédiate » ou ceux « dont l’activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail » comme les boulangeries ou les poissonneries, ont le droit d’être ouverts. De plus le texte prévoit l’ouverture des établissements « exerçant, à titre principal, une activité culturelle » « dont l’activité répond à une demande naturelle du public un jour chômé ». Cette extension est encadrée par une réserve de compétence réglementaire : un décret en Conseil d’État devra définir les catégories précises d’établissements concernés, afin d’éviter toute interprétation extensive ou abusive. 

Le III stipule que le travail le jour du 1er mai ne peut être exercé que sur la base du volontariat, l'employeur ne peut donc pas forcer ses employés à travailler le 1er mai et, doit, si l’employé décide de travailler lui verser la majoration de salaire de 100% prévue par la loi.  D’autre part, le texte précise que le refus par un salarié de travailler le 1er mai «ne peut faire l’objet d’une mesure discriminatoire dans le cadre de l’exécution de son contrat de travail »[3].

Suite au vote de cette proposition par le Sénat, différents syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU), via un communiqué commun, ont dénoncé une  « régression sociale inacceptable ». Sophie Binet secrétaire générale de la CGT à déclarer : «Il y a 364 autres jours pour ouvrir. Le 1er mai, les patrons peuvent travailler s’ils le souhaitent, mais, pour les travailleurs, c’est férié et chômé. C’est un acquis de la lutte. Cela fait 80 ans que ça dure et cela ne pose pas de difficultés particulières »[4]. De l’autre côté, le gouvernement par la voix de Catherine Vautrin, alors ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, avait déclaré soutenir cette proposition. Elle avait déclaré que cette proposition était importante parce qu’elle «vient sécuriser notre droit et répondre aux attentes des boulangers mais aussi de tous ceux dont l’activité est indispensable »[5].

La législation européenne

Le 1er mai est une fête internationale instituée en 1889 qui est présente dans la plupart des pays occidentaux, cependant son application diffère selon les pays. Dans l’UE, sur les 27 États membres, seulement deux ne le célèbrent officiellement d’aucune manière (Pays-Bas et Danemark) et uniquement trois pays (France, Espagne et Pologne) en fond un jour férié et chômé. Le reste des Etats en font un jour férié.

Pour les pays qui n’en font qu’un jour férié, il n’existe pas de législation étatique. Comme pour les jours fériés en France, la présence ou non des employés résulte d’un accord interne. 

En ce qui concerne l’Espagne et la Pologne, les deux autres pays à le reconnaître comme chômé, la législation diffère dans chaque pays. 

Pour la Pologne, la législation pour le 1er mai est la même que pour les jours fériés. Cette dernière est expliqué par l’article 15010 du code du travail polonais. Cet article stipule que le travail est autorisé les dimanches et les jours fériés si l’activité répond à un des 9 critères édictés par l’article. Ces critères sont les suivants :

1) s’il est nécessaire de mener une opération de sauvetage afin de protéger la vie ou la santé humaine, de protéger les biens ou l’environnement, ou de prévenir une défaillance ;

4) en cas de réparations nécessaires ;

5) dans le transport et la communication ;

6) dans les brigades de pompiers de compagnie et dans les services de secours de compagnie ;

7) lors de la protection de biens ou de personnes ;

8) dans l’agriculture et l’élevage ;

9) lorsqu’il s’agit d’accomplir des travaux nécessaires à leur utilité sociale et aux besoins quotidiens de la population [...]

10) en relation avec les employés dans un système de temps de travail où le travail n’est effectué que les vendredis, samedis, dimanches et jours fériés ;

11) lors de l’exécution des œuvres :

a) consistant dans la fourniture de services par moyens de communication électronique au sens des dispositions relatives à la prestation de services par moyens électroniques ou équipements de télécommunications au sens des dispositions de la loi sur les communications électroniques, reçus en dehors du territoire de la République de Pologne, si, conformément aux règlements applicables au bénéficiaire du service, les jours mentionnés à l’article 1519 § 1, sont ses jours de travail,

b) garantir la possibilité de fournir les services mentionnés au point (a).[6]

Comme on le voit, l'interdiction de travailler le 1er mai est plus un vœu pieux qu’une interdiction effective. On remarquera que la législation polonaise n'exclut que très peu de commerce et inclut même ceux qui ne sont pas prévus par la modification proposée par le Sénat comme c’est le cas des hôtels.

La possibilité de travailler est conditionnée par les critères 2 et 3 de l’article 150 qui stipule que le travail doit être effectué  « 2) en mouvement continu 3) en travail en équipes »

De plus, les petits commerces de proximité peuvent rester ouverts le premier mai, seuls les grands centres commerciaux sont fermés[7]

Pour l’Espagne, le 1er mai est considéré comme une fête nationale qui doit être appliquée par l’ensemble des régions. Cependant, le code du travail espagnol ne donne pas une liste des services qui sont autorisés ou non à ouvrir. 

Généralement les commerces dans des zones touristiques restent ouverts et les services publics restent ouverts, mais les restrictions précises restent à la charge des régions. Par exemple le 1er mai 2026 les commerces de Navarre sont autorisés à ouvrir[8], tandis que malgré la nationalisation de ce jour férié la Catalogne ne l’a pas prévu dans son calendrier des jours fériés[9]. En l’absence de législation précise, il est difficile de dire précisément quelle est l’importance du premier mai en Espagne. 

De ce fait, il semble que la France ait en effet l’appareil législatif le plus contraignant de l’UE concernant le 1er mai et les restrictions de travail. 

Le 1er mai dans l’UE

Pays

Jours fériés légaux en vigueur

Allemagne 🇩🇪

Jour férié

Autriche 🇦🇹

Jour férié

Belgique 🇧🇪

Jour férié

Bulgarie 🇧🇬

Jour férié

Chypre 🇨🇾

Jour férié

Croatie 🇭🇷

Jour férié

Danemark 🇩🇰

Ni férié ni chômé

Espagne 🇪🇸

Jour férié et chômé

Estonie 🇪🇪

Jour férié

Finlande 🇫🇮

Jour férié

France 🇫🇷

Jour férié et chômé

Grèce 🇬🇷

Jour férié

Hongrie 🇭🇺

Jour férié

Irlande 🇮🇪

    jour férié le premier lundi du mois de mai

Italie 🇮🇹

Jour férié

Lettonie 🇱🇻

Jour férié

Lituanie 🇱🇹

Jour férié

Luxembourg 🇱🇺

Jour férié

Malte 🇲🇹

Jour férié

Pays-Bas 🇳🇱

Ni férié ni chômé

Pologne 🇵🇱

Jour férié et chômé

Portugal 🇵🇹

Jour férié

République tchèque 🇨🇿

Jour férié

Roumanie 🇷🇴

Jour férié

Slovaquie 🇸🇰

Jour férié

Slovénie 🇸🇮

Férié les 1er et 2 mai

Suède 🇸🇪

Jour férié

            Source : Touteleurope.eu

Jour férié le 1er mai : 20

Jour férié et chômé : 3 (France, Espagne, Pologne)

Jour férié différent : 2 (Irlande le premier lundi de mai et Slovénie 1er et 2 mai)

Jour ni férié, ni chômé : 2 (Danemark et Pays-bas)

En Irlande, il semblerait que la date du premier lundi du mois de mai ait été retenue puisqu’elle s’accorde mieux au début d’une autre fête celtique, celle de Beltaine. En Slovénie le 1er et le 2 mai sont fériés mais aucune raison particulière n’explique cela.

Pour les Pays-Bas, le 1er mai n’est pas fêté en raison de sa proximité avec la fête de la Reine (jusqu’en 2013) et avec la fête de la libération des Pays-Bas le 5 mai. Pour le Danemark des avancées syndicales significatives avaient fait en sorte que les syndicats danois ne réclament pas le 1er mai comme jour férié[10].

Pour les autres pays, le 1er mai n’est pas obligatoirement chômé et le repos ce jour est le fruit d’un accord interne.

Pour la France, l’Espagne et la Pologne, le 1er mai est obligatoirement chômé même si dans les faits les régions d’Espagne décident si oui ou non elles interdisent le travail et la Pologne accorde des dérogations suffisamment nombreuses pour que l’interdiction soit plus symbolique qu’effective. 

Vente de muguet le 1er mai 

La vente de muguet à la sauvette est faiblement réglementée. N’importe qui peut vendre du muguet à la sauvette s’il respecte ces quelques conditions : 

  • vendre uniquement du muguet sauvage cueilli dans les bois (son ramassage est néanmoins réglementé, les produits de la forêt appartenant à leurs propriétaires) ;
  • vendre en petite quantité ;
  • vendre en brin sans ajouter d'autres fleurs au bouquet et sans emballage ;
  • ne pas s'installer à proximité d'un fleuriste (consulter les arrêtés municipaux de votre mairie pour la distance à respecter) ;
  • ne pas utiliser de tables, tréteaux ou chaises pouvant matérialiser le point de vente ;
  • ne pas constituer un danger ou une gêne pour les piétons et les véhicules.

A noter

- La distance pour la vente de muguet près d’un fleuriste peut varier selon le possible arrêté municipal concernant la vente de muguet. La distance varie entre 40 et 50 mètres. 

- Il est bon de noter que l’interdiction d’une matérialisation du point de vente ainsi que l’interdiction de l’utilisation d’emballage n’est pas respectée dans les faits.

- L’interdiction pour les particuliers d’ajouter d’autres fleurs avec le muguet existe afin que les fleuristes puissent avoir un avantage dans la vente et pour éviter une cueillette intensive d’autres espèces de fleurs. 

- Le non-respect de ces règles peut entraîner une amende de 300€.

- Certaines communes peuvent demander une déclaration de vente de la part des particuliers ou conditionner la vente à une autorisation d'occupation temporaire (AOT) (Sources :département du Loir-et-Cher)

- L’argent récupéré par les particuliers et les associations n’est pas imposé contrairement à celui des fleuristes


[1] Voir l'essentiel de la proposition de loi

[2] Voir le bulletin de la cour de cassation

[3] Voir la proposition de loi

[4] Voir l'article de Public Sénat

[5] Voir dépêche AFP du 26 avril 2025

[6] Voir l'article 150 du code du travail polonais

[7] Voir Journal polonais

[8] Voir le calendrier des fêtes

[9] Voir le calendrier des fêtes

[10] Voir 1er-Mai : le jour est-il aussi férié chez nos voisins européens ? | TF1 Info