Emploi et politiques sociales

Covid-19 : 5 mesures pour sortir du confinement en sécurité

09 novembre 2020 • Agnès Verdier-Molinié

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Monsieur le Président, voici cinq mesures pour sortir du confinement en toute sécurité. Si le confinement peut s'avérer pertinent de manière transitoire afin de limiter la propagation d'une épidémie, les restrictions qu'il entraîne présentent des inconvénients majeurs pour les personnes sur tous les plans, privés, sociaux et économiques. Envisager dès à présent une sortie efficace et sécurisée du confinement est possible, sans se résoudre à la logique du « stop and go » intenable à long terme. Cinq mesures clés devraient permettre de concilier les impératifs de santé publique, les exigences économiques et le moral de nos concitoyens.

Réorganiser la réanimation, limiter les déprogrammations et renforcer la réserve sanitaire

Le nombre de lits de réanimation a constitué l'un des indicateurs importants dans le choix du confinement. Il ne devrait plus être aussi déterminant aujourd'hui, car la prise en charge des malades a évolué de manière favorable : ils sont moins souvent intubés. L'oxygénation précoce apporte des résultats notables à la fois sur le pronostic et la durée d'hospitalisation.

Afin d'éviter que les malades souffrant d'autres pathologies lourdes ou chroniques subissent les conséquences délétères d'une interruption de suivi, il devient impératif de dédier certains établissements, publics comme privés, aux patients porteurs du Covid-19. La perte de chance pour cause de déprogrammation ou peur d'être contaminé en milieu hospitalier est inacceptable. Il conviendrait d'établir des partenariats entre centres publics et privés pour sortir du carcan du chacun chez soi.

En réanimation, plutôt que de mobiliser dans une même unité cinq médecins-réanimateurs, il est possible d'optimiser les capacités en répartissant les spécialistes là où leurs compétences sont requises. Des internes ou des infirmiers non spécialisés, encadrés par le réanimateur, constitueront un renfort indispensable à ce dispositif. On multipliera ainsi d'autant le nombre d'équipes. Dans les services de médecine, des lits peuvent être ouverts à destination des malades justifiant seulement une oxygénothérapie et des corticoïdes. Des soignants non spécialisés peuvent assurer ce suivi.

Élargir la réserve sanitaire aux médecins retraités (ainsi qu'à toutes les catégories de soignants volontaires) permettrait de ne plus avoir à renoncer à l'aide précieuse des généralistes et des chirurgiens, dont les opérations sont déprogrammées au motif qu'ils ne sont pas réanimateurs.

Enfin, le suivi des malades du Covid-19 peut se faire beaucoup plus à domicile par les prestataires de santé formés à cette mission, qui doivent être largement mobilisés.

Revoir de fond en comble la stratégie des tests

Ces derniers mois, la stratégie de dépistage par le recours aux tests n'a pas eu l'efficacité espérée. Nous testons peut-être de manière intensive mais avec un objectif de diagnostic et non de dépistage, et très lentement. Les laboratoires sont encore saturés, même si certaines initiatives alternatives ont vu le jour, et le résultat des tests arrive trop tard pour empêcher les contaminations et tracer efficacement. Sans même parler du coût disproportionné des pratiques actuelles. Malgré la mise en place d'une cellule de 3 000 salariés de l'assurance-maladie pour assurer le traçage des cas contacts, l'impression demeure que nous courons derrière le virus sans jamais le rattraper. Il faut donc déterminer une stratégie de tests préventifs dans la population générale et surtout au plus près des lieux de vie.

Le point of care, c'est-à-dire à proximité directe des personnes dans les quartiers, les lieux publics, les entreprises, les établissements scolaires et universitaires, les Ehpad, les cabinets médicaux et les officines de pharmacie… sera la deuxième clé de la sortie du confinement. Les tests antigéniques nasaux et salivaires ne sont pas assez utilisés. Ils sont pourtant rapides (moins de 10 minutes), peu coûteux (quelques euros contre 74 euros en laboratoire) et sont le seul moyen de détecter les patients avant qu'ils ne contaminent d'autres personnes. Certains pays ont même testé l'ensemble de leur population pour endiguer l'épidémie. Le but est d'identifier les personnes contaminantes, auxquelles sont proposées des conditions d'isolement strict adaptées à leurs besoins. Ne pas décider de cette stratégie maintenant, c'est nous condamner à un confinement encore plus contraignant.

Reconnaître au Parlement le droit de contrôler les décisions gouvernementales de restrictions sanitaires

Notre gouvernement est de loin celui qui décide le plus unilatéralement des restrictions sanitaires. En Italie, les règles sont fixées par des décrets cosignés par le gouvernement et les présidents de régions, après un vote favorable des deux chambres du Parlement. Outre-Rhin, l'exécutif peut, certes, légiférer par ordonnances jusqu'en mars prochain, mais les décisions sanitaires sont prises entre la chancelière et les chefs des gouvernements des Länder. Une discussion sera d'ailleurs organisée dans quelques jours avec les députés au Bundestag pour revoir les conditions de publication des ordonnances. Au Royaume-Uni, les décisions du Premier ministre et de son gouvernement sont d'application directe, mais soumises à un vote des députés sous 28 jours. Le Parlement est sollicité pour approbation de toute modification majeure.

Il paraît donc nécessaire de revoir la méthode de gouvernance. D'une part, le Parlement pourrait se prononcer chaque mois sur l'opportunité de maintenir ou d'aménager les mesures visant à limiter les libertés publiques, après présentation d'un rapport intermédiaire par le gouvernement. Le débat devrait bénéficier de la publication de données sanitaires brutes détaillées, nationales et locales, que nos parlementaires pourraient analyser en dehors des publications de Santé publique France. En ce sens, la date du 8 décembre 2020 qu'a fixée le Sénat pour permettre au Parlement d'autoriser ou non la prolongation du confinement est une initiative justifiée. Par ailleurs, rappelons que les décisions sanitaires ont vocation à être prises non en conseil de défense sanitaire, mais en conseil des ministres. Nos voisins n'ont pas créé de conseils de défense sanitaire soumis au secret-défense.

Envisager des mesures nationales avec une faculté d'adaptation territoriale

Notre système pyramidal est à la fois trop centralisé et bureaucratique. Comme en Suisse ou en Allemagne, les décideurs publics devraient faire davantage confiance à nos élus locaux et, en tenant compte de la circulation du virus et de la saturation des services de soins dans chaque territoire, confier aux maires, en partenariat avec les départements et les régions, les décisions de maintien des activités des commerces de proximité, de couvre-feu si nécessaire ou de restriction des horaires d'ouverture des restaurants. La Suisse a ainsi fixé un cadre général souple, très éloigné d'un confinement général de la population, avec fermeture des bars et restaurants entre 23 heures et 6 heures du matin. Toutefois, chaque canton peut adopter des mesures restrictives plus strictes en fonction de la progression locale de l'épidémie (le canton du Jura a fermé ses bars et restaurants).

Permettre à toutes les entreprises de travailler, sans exclusion

La règle devrait être que toutes les entreprises, associations ou organisations publiques de notre pays puissent continuer à maintenir leurs activités et satisfaire ainsi à leurs missions économiques, culturelles, éducatives et artistiques, avec un fil rouge : aucune distinction. L'impact du confinement n'est pas de même nature pour une entreprise d'envergure nationale ou un petit commerce. Pour autant, si les réseaux de distribution sont entravés dans leurs activités, la distribution des produits manufacturés n'est plus possible et toute notre économie va se gripper.

Il importe d'avoir dès à présent une approche responsable dans les décisions relatives à la vie économique du pays, comme dans les autres pays européens (les commerces restent globalement ouverts en Italie, Espagne, Portugal, Allemagne…) Depuis le 11 mai, des protocoles sanitaires rigoureux et efficaces sont mis en œuvre. Les fermetures administratives doivent être limitées au strict minimum et n'intervenir qu'en dernier recours au niveau local.

Rappelons qu'en temps de pandémie la vie culturelle est indispensable. Les créateurs, les artistes, ceux qui pensent notre monde et nous donnent à espérer doivent être impliqués dans nos engagements.

Nous sommes convaincus que ces mesures peuvent nous permettre d'éviter la prolongation d'un confinement incompatible avec nos valeurs démocratiques, notre culture, les exigences de la vie sociale et de l'économie.

Une tribune co-signée par :

Thibaut Bechetoille, entrepreneur et président de CroissancePlus

Marie Fugain, comédienne, autrice

Emmanuel Hirsch, professeur d'éthique médicale, université de Paris-Saclay

Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris

Michaël Peyromaure, chirurgien à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris

Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation iFRAP

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