Budget et fiscalité

Sortir la France du piège de la dette à 1 milliard par jour

12 février 2021 • Agnès Verdier-Molinié

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Nous avons, en France, emprunté 1 milliard par jour en 2020. Cela ne peut plus durer. L’argent magique n’existe pas, tous les emprunts se retrouveront un jour en impôts pour les Français et leurs entreprises, ou en impôts déguisés, ou en dette hors bilan, mais cela revient au même.

Cette tribune a été publiée dans les pages de Ouest France, le vendredi 12 février. A voir, en cliquant ici.

Ne soyons pas naïfs, les taux d’intérêt vont remonter à un moment ou à un autre. Très vite, cela peut chiffrer à des dizaines de milliards d’euros en plus par an de charge de la dette. Des milliards que nous n’avons et n’aurons pas.

Serons-nous prêts à ce moment-là ? Il le faut. C’est pour cela que j’ai appelé mon livre « La France peut-elle tenir encore longtemps ? » la réponse est oui mais cela nécessite un sursaut.

A l’Etat de se serrer la ceinture

Pour une fois, ce n’est pas aux Français de se serrer la ceinture mais à l’État ! Nous payons tous les ans 84 milliards d’euros de surcoût de production de nos services publics par rapport à nos partenaires européens. C’est gigantesque et cela représente la moitié du déficit prévu pour 2021.

Les Français doivent savoir aussi que nous sommes de plus en plus dépendants, certes de la banque centrale européenne mais aussi de créanciers qui sont en Asie, la banque centrale de Chine notamment. Mais on ne sait pas à quel niveau elle possède notre dette. Ce n’est pas normal.

Certains proposent tout bonnement d’annuler la dette Covid ? Cela semble si simple ! Sauf que c’est interdit par les traités européens. S’en affranchir supposerait de les modifier, ce qui supposerait un accord du Conseil européen des chefs d’États et de gouvernements. Rien n’est moins sûr. De surcroît, toute « annulation » aboutirait à recréer de la dette au niveau de la banque de France vis-à-vis des banques commerciales et à la compter au sein de la dette publique car la séparation banque centrale/État n’existerait plus. Et la boucle serait bouclée : pour la financer, l’État devrait… augmenter les impôts des Français.

D’autres pensent que la BCE devrait racheter toute la dette émise par la France. Nous aurons besoin d’emprunter a minima 260 milliards d’euros en 2021. Et encore sensiblement la même chose en 2022 et ainsi de suite. Qui peut croire que, tous les ans, la BCE va racheter toutes les dettes de la France ? Cela n’a aucun sens ! Ce serait mensonger de faire croire cela aux Français. En effet, le bilan de la Banque centrale ne peut pas croître à l’infini, cela mettrait l’euro en danger.

Passer la vitesse supérieure

Que faudrait-il faire alors ? Tout d’abord cantonner et amortir la dette « Covid ». En parallèle, passer la vitesse supérieure en matière de réformes structurelles : réforme des retraites, de l’assurance-chômage, des minima sociaux (allocation sociale unique), modifier le périmètre public, décentraliser. Et surtout, surtout, remettre le plus rapidement possible la France au travail. Pour reconstruire notre pays après cette crise, il faudra travailler dur, le contraire est une illusion.

Tôt ou tard, la politique monétaire en zone euro redeviendra plus normale à la demande des pays bons gestionnaires du nord, ce qui veut dire clairement que la BCE réduira ses rachats de dette et que les taux d’emprunt augmenteront. Si nous n’avons pas entamé les réformes avant, nous ne serons pas prêts et cela deviendra insoutenable pour la France. Il y a urgence. C’est maintenant que le gouvernement doit bâtir sa stratégie de reconstruction de nos finances publiques avec un calendrier clair 2022-2030 et la faire partager aux Français. Sans attendre 2022. C’est ce que je propose dans mon livre « la France peut-elle tenir encore longtemps ? » Avec les solutions pour s’en sortir. Nous devons sauver l’État malgré lui. Et la France avec.

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