Comité d’expert sur les finances publiques : 126 milliards d'économies ne suffiront pas
La mission sur la transparence des finances publiques réalisée par le comité d’expert mandaté par le Premier ministre vient de rendre ses conclusions. X. Jaravel, X. Ragot, J.-L. Tavernier, N. Valla établissent une situation tendancielle des finances publiques et s’interrogent sur plusieurs scénarii d’ajustement budgétaire adéquat sans ventiler clairement la répartition de l'effort d'ajustement par nature (recettes / dépenses) et par sous-secteur d'administration publique. Le rapport remis au gouvernement par les économistes dresse un constat alarmant sur la trajectoire des finances publiques françaises. À politique inchangée, les dépenses publiques progresseraient durablement plus vite que la croissance, entraînant une dégradation continue du déficit et de la dette. Selon leurs projections, le déficit public atteindrait 5,9 % du PIB dès 2027, puis se rapprocherait de 7 % à l’horizon 2030, faisant peser un risque de perte de contrôle des finances publiques.
Les auteurs estiment qu’un effort budgétaire cumulé de 126 milliards d’euros d’ici 2032, soit environ 20 milliards par an, serait nécessaire pour simplement stabiliser la dette publique. La principale source de dérapage réside dans la hausse rapide de la charge d’intérêts, qui passerait de 78 milliards d’euros en 2026 à près de 125 milliards en 2030 sous l’effet du refinancement de la dette à des taux plus élevés. D’autres dépenses contribuent également à cette dérive : dépenses militaires, contribution française au budget de l’Union européenne, dépenses de santé et retraites, dont la progression dépasse celle de l’activité économique.
Le rapport souligne en particulier l’importance du budget 2027. Sans mesures correctrices, le déficit s’aggraverait d’environ un point de PIB supplémentaire. Pour le maintenir autour de 5 % du PIB, un ajustement immédiat d’environ 20 milliards d’euros serait nécessaire. Les économistes ne recommandent pas de mesures précises, mais jugent illusoire de faire porter l’effort sur une seule catégorie de population. Ils plaident pour une combinaison d’économies, de recettes nouvelles et de réformes favorisant la croissance, tout en soulignant que la maîtrise des dépenses, notamment sociales, constitue désormais l’enjeu prioritaire. Une désindexation temporaire de certaines prestations en 2027 n’est pas exclue.
Le constat d’une situation critique à politique inchangée dès 2027
Sans mesure nouvelle, la trajectoire « à politique inchangée » des finances publiques françaises conduit à une dégradation continue du déficit, de 5,0 % du PIB en 2026 à 6,8 % en 2030, et à une progression du ratio de dette de 118,4 % à 130,5 % du PIB sur la même période. Cette dérive n'est pas le produit d'une conjoncture défavorable — l'output gap reste quasi stable — mais celui de l'évolution spontanée des dépenses, portée au premier chef par la charge de la dette.
La charge d'intérêts explique à elle seule près de la moitié de la dégradation : elle passe de 78 Md€ en 2026 à 124 Md€ en 2030 (+46 Md€, +59 %). S'y ajoutent la montée en charge de la loi de programmation militaire, le dynamisme des dépenses de santé (Ondam) et de retraites, ainsi que l'extinction de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises. Le solde primaire reste durablement déficitaire, à l'inverse de la plupart des partenaires européens, et le différentiel « r − g » redevient positif dès 2029, enclenchant un effet « boule de neige ».
Pour stabiliser simplement la dette avant la fin du prochain quinquennat, la mission chiffre l'ajustement nécessaire à 126 Md€ à horizon 2032 (en euros de 2030), soit un excédent structurel primaire de +0,8 point de PIB. Ce montant intègre la compensation de la dérive tendancielle (≈ 26 Md€) ; il atteindrait 160 Md€ si l'on souhaitait se doter d'une marge de sécurité d'un point de PIB pour absorber la prochaine crise. Un scénario d'ajustement préventif (frontloading), concentrant l'effort en début de période, est privilégié : il limite la hausse de la dette (120,9 % du PIB en 2032 contre 124,1 % dans un scénario uniforme).
La présente note synthétise le diagnostic et la trajectoire, puis prolonge l'analyse en répartissant l'effort par nature et par sous-secteur d'administration publique — exercice que la mission n'a délibérément pas conduit. Sur la base de la décomposition de la dérive tendancielle et du diagnostic de « surpoids » de la dépense sociale française, le scénario illustratif retenu par la Fondation IFRAP fait porter environ trois quarts de l'effort sur la dépense (96 Md€) et un quart sur les recettes (30 Md€), la dépense sociale (ASSO) supportant la contribution la plus élevée.
Chiffres-clés de la trajectoire « à politique inchangée »
2026 | 2027 | 2029 | 2030 | |
|---|---|---|---|---|
| Déficit public (% PIB) | −5,0 | −5,9 | −6,6 | −6,8 |
| Déficit primaire (% PIB) | −2,4 | −3,0 | −3,1 | −3,1 |
| Dette publique (% PIB) | 118,4 | 121,4 | 127,3 | 130,5 |
| Charge de la dette (Md€) | 78 | 89 | 112 | 124 |
Source : rapport de la mission (tableaux 4 et 5). Synthèse : Fondation IFRAP.
Le point de départ et la trajectoire « à politique inchangée »
Un déficit et une dette parmi les plus élevés de la zone euro
À 5,1 points de PIB en 2025, la France affiche le quatrième déficit public le plus élevé de l'Union européenne et le deuxième de la zone euro. Ce déficit est supérieur d'environ trois points au niveau qui permettrait de stabiliser la dette, laquelle atteint 116 % du PIB fin 2025. Sous l'hypothèse d'un déficit ramené à 5,0 % en 2026 — postulat central de la mission —, la dette s'établirait à 118,4 % du PIB (1).
La mission souligne que cette situation ne résulte pas d'une conjoncture plus défavorable qu'ailleurs, mais de deux comportements structurels : l'extension continue du périmètre d'intervention publique et le rôle d'assureur en dernier ressort de l'État, doublé d'un « effet cliquet » (maintien de dispositifs réputés transitoires). Elle rappelle enfin qu'une majorité de Français (57 %) bénéficient davantage de la redistribution qu'ils n'y contribuent, contrairement à la perception dominante.
La méthode : une trajectoire hybride « à politique inchangée »
La trajectoire tendancielle décrit l'évolution spontanée des recettes et des dépenses, sans mesure nouvelle (PLF, PLFSS). Elle sert de point de référence pour mesurer l'effort d'ajustement. La mission retient une approche hybride : certaines dépenses sont isolées et modélisées spécifiquement (charge de la dette via l'AFT, retraites via le COR, Ondam via des facteurs démographiques et épidémiologiques, LPM via les crédits votés, PSR-UE via le cadre financier pluriannuel), tandis que le reste du périmètre de l'État progresse sur une base agrégée, calée sur la croissance potentielle (2,7 % en valeur en moyenne 2027-2030).
Deux hypothèses structurantes doivent être soulignées : le gel du point d'indice de la fonction publique et la stabilité des effectifs sur toute la période, ainsi que l'élasticité unitaire des prélèvements obligatoires à partir de 2028 (légèrement inférieure à 1 en 2027). La mission ne retient par ailleurs aucune nouvelle crise macroéconomique à horizon 2030.
Une trajectoire de dégradation continue jusqu'à un déficit de 6,8 % en 2030
À partir d'un solde de −5,0 % en 2026, le déficit se dégrade de 1,8 point de PIB pour atteindre 6,8 % en 2030. La moitié de cette dégradation se concentre sur la seule année 2027 (≈ 0,9 point), sous l'effet conjugué de la charge de la dette, de la LPM, des dépenses sociales et de la fin de la contribution exceptionnelle d'IS. Le ratio de dette, lui, progresse d'environ 3 points par an pour dépasser 130 % du PIB en 2030.
Graphique 1 — Trajectoire « à politique inchangée » : solde et dette publics
Les moteurs de la dérive tendancielle
La charge de la dette, premier facteur de dégradation
La charge d'intérêts progresse de 46 Md€ entre 2026 et 2030 (+59 %), pour atteindre 124 Md€ — un montant qui se rapproche du budget de l'Éducation nationale. Cette hausse, jugée « inéluctable » par la mission, résulte du refinancement progressif de la dette à des taux plus élevés. Une évolution calée sur la croissance potentielle n'aurait produit qu'une hausse de 11 %. C'est ce poste, sur lequel les pouvoirs publics n'ont aucune prise à court terme, qui explique près d'un tiers de la dégradation de 2027 puis l'essentiel de la dynamique 2028-2030.
Graphique 2 — Charge d'intérêts de la dette publique (Md€)
Une dérive concentrée sur quelques postes
La mission exprime la dérive en « effort structurel » : un effort négatif signifie que le poids de la dépense dans le PIB augmente. Pour la lisibilité, le graphique ci-dessous présente cette dérive en contribution à la hausse du poids de la dépense (cumul 2027-2030) : une valeur positive traduit une aggravation, une valeur négative une contribution favorable.
Au-delà de la charge de la dette (+1,08 pt), les principaux moteurs sont la loi de programmation militaire (+0,37 pt), la santé / Ondam (+0,28 pt), le prélèvement au profit de l'Union européenne (+0,21 pt) et les retraites (+0,20 pt). À l'inverse, les crédits des ministères (−0,09 pt), le chômage (−0,10 pt), les prestations familiales et l'investissement local jouent favorablement. Le périmètre des ministères hors LPM progresse ainsi légèrement moins vite que la croissance potentielle — traduisant l'effort déjà consenti côté État.
Graphique 3 — Décomposition de la dérive « à politique inchangée » (cumul 2027-2030, pts de PIB potentiel)
Une lecture par sous-secteur d'administration publique
La recomposition de la dérive par sous-secteur — exercice conduit ici à partir des données du tableau 3 du rapport — fait apparaître une concentration très nette sur les administrations publiques centrales (APUC), dont le poids de dépense augmente de 1,48 point de PIB sur 2027-2030 (soit environ 50 Md€ en euros de 2030), sous l'effet de la charge de la dette, de la LPM et du PSR-UE. Les administrations de sécurité sociale (ASSO) contribuent pour +0,32 point (≈ 11 Md€), la dérive de la santé et des retraites étant partiellement compensée par le chômage et la famille. Les administrations publiques locales (APUL) sont quasi neutres (−0,06 point), la « règle d'or » imposant l'équilibre de la section de fonctionnement et le cycle électoral modérant l'investissement en début de période.
Graphique 4 — Dérive tendancielle par sous-secteur (cumul 2027-2030)
| Sous-secteur | Dérive du poids (pts PIB) | ≈ Md€ 2030 | Principaux moteurs |
|---|---|---|---|
| APUC (État + Odac) | +1,48 | ≈ 50 | Charge dette, LPM, PSR-UE |
| ASSO (Sécurité sociale) | +0,32 | ≈ 11 | Santé, retraites (net du chômage) |
| APUL (Collectivités) | −0,06 | ≈ −2 | Règle d'or, cycle d'investissement |
| Ensemble des dépenses | +1,74 | ≈ 59 |
Lecture : sur 2027-2030, le poids de la dépense des APUC dans le PIB augmente de 1,48 point à politique inchangée.
Pourquoi agir : dette, conditions de financement et « boule de neige »
Le différentiel « r − g » bascule en territoire défavorable dès 2029
La dynamique de la dette dépend du solde primaire et de l'écart entre le taux apparent de la dette (« r ») et la croissance nominale (« g »). Or le taux apparent, de 2,2 % en 2026, atteindrait 3,1 % en 2030, sous l'effet du refinancement, tandis que la croissance nominale plafonne autour de 2,6 %. Le différentiel « r − g », négatif jusqu'en 2028, devient positif en 2029 (+0,3 %) puis atteint +0,5 % en 2030 : la dette augmente alors « toute seule », même à l'équilibre primaire. C'est la fin de l'effet favorable des taux bas qui avait longtemps permis de différer l'ajustement.
2026 | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Taux apparent | 2,2 % | 2,4 % | 2,7 % | 2,9 % | 3,1 % |
| Croissance nominale | 2,2 % | 2,7 % | 2,8 % | 2,6 % | 2,6 % |
| « r − g » | 0 | −0,3 % | −0,1 % | +0,3 % | +0,5 % |
Source : rapport de la mission (tableau 6), sur la base des données du rapport annuel d'avancement.
Des conditions de financement déjà dégradées
Le programme d'émissions à moyen et long terme de l'État a bondi de plus de 100 Md€ depuis 2019 pour atteindre 310 Md€ en 2026, sous l'effet de déficits durablement supérieurs à 5 % depuis 2023. Cette offre accrue rencontre une demande moins favorable (réduction du bilan de la BCE, concurrence de l'Allemagne et de la Commission européenne).
Graphique 5 — Programme d'émissions de dette à moyen et long terme de l'État (Md€)
Conséquence : la hiérarchie des émetteurs de la zone euro s'est inversée. Au 1ᵉʳ juillet 2026, l'écart de taux à dix ans avec l'Allemagne atteint 81 points de base pour la France, un niveau comparable à l'Italie (79 pb) et désormais supérieur à l'Espagne, au Portugal (39 pb) et à la Commission européenne (50 pb). La France se finance donc moins bien que des pays naguère au cœur de la crise des dettes souveraines.
L'ajustement de 126 Md€ à horizon 2032
La cible : un excédent structurel primaire de +0,8 % du PIB
Pour stabiliser le ratio de dette autour de 120 % du PIB, la mission détermine la cible de solde structurel primaire à partir de la formule : solde stabilisant = (taux apparent − croissance nominale) × dette initiale. En retenant l'hypothèse favorable d'un taux d'emprunt ramené à 3,3 % (contre 3,7 % à la date de la mission) grâce au signal envoyé aux marchés, la cible ressort à +0,8 point de PIB en 2032.
Partant d'un déficit structurel primaire de −2,1 % en 2026, l'effort atteint 2,9 points, soit 100 Md€ sans prise en compte de la dérive tendancielle. En intégrant celle-ci (le déficit structurel primaire dérive de −2,1 % à −2,9 % du PIB), l'effort total s'élève à 126 Md€ en euros de 2030. La cible est sensible aux taux : à 3,5 %, l'effort passe à 110 Md€ ; à 3,1 %, il retombe à 93 Md€.
Tableau — Ampleur de l'effort selon les hypothèses (euros de 2030)
| Scénario | Ajustement |
|---|---|
| Sans prise en compte du tendanciel (horizon 2032) | 100 Md€ |
| En intégrant la dérive tendancielle (horizon 2032) | 126 Md€ |
| + 1 point d'excédent primaire (marge anti-crise) | 160 Md€ |
Source : rapport de la mission (tableau 7 et encadré 4).
Trois trajectoires possibles : la primauté du « frontloading »
La mission simule trois sentiers d'ajustement atteignant tous la cible de +0,8 % en 2032, pour un effort cumulé de 3,6 à 3,7 points de PIB (125 à 126 Md€) : un ajustement uniforme (0,6 point par an), un ajustement préventif (effort accru en 2027, décroissant ensuite) et un ajustement préventif important (concentré sur les trois premières années).
Graphique 6 — Trajectoires de consolidation vers l'excédent primaire
L'analyse économique conclut à la supériorité du frontloading : un effort précoce limite la hausse temporaire de la dette et donc la charge d'intérêts. En 2032, la dette atteindrait 120,9 % du PIB dans le scénario préventif (119,3 % dans le préventif important) contre 124,1 % dans le scénario uniforme. À l'inverse, une inaction en 2027 porterait la dette à 125,9 % en 2032. La mission juge réaliste un objectif de déficit d'au plus −4,9 % en 2027, exigeant 28 Md€ d'ajustement dès la première année.
| Effort structurel / tendanciel (Md€) | 2027 | 2028 | 2029 | Dette 2032 |
|---|---|---|---|---|
| Uniforme | 19,5 | 20,0 | 20,6 | 124,1 % |
| Ajustement préventif | 28,4 | 26,0 | 23,3 | 120,9 % |
| Préventif important | 34,7 | 32,5 | 33,4 | 119,3 % |
Source : rapport de la mission (tableau 8). Efforts en euros courants ; dette sous hypothèses économiques favorables.
Une compatibilité conditionnelle avec les engagements européens
La recommandation du Conseil de l'UE fixe un plafond de croissance de la dépense primaire nette de 1,2 % en 2027-2028 puis 1,1 % en 2029 — équivalent à un ajustement structurel primaire de 0,7 à 0,8 point par an. La mission montre que ce plafond n'est respecté sur 2027-2029 que dans le scénario d'ajustement préventif important ; il est légèrement dépassé dans le scénario préventif et non respecté dans le scénario uniforme. La trajectoire européenne a été tenue en 2025 (dépense primaire nette +0,8 %).
Répartition de l'effort par nature et par sous-secteur (hypothèses Fondation IFRAP juillet 2026)La mission insiste sur un point : compte tenu des montants en jeu, l'ajustement ne peut reposer sur un seul instrument ni sur une seule catégorie de population. Elle ne procède toutefois pas à une répartition chiffrée de l'effort entre recettes et dépenses, ni entre sous-secteurs. La Fondation IFRAP prolonge donc ici l'analyse, en s'appuyant sur (i) la décomposition de la dérive tendancielle établie en partie 2 et (ii) le diagnostic de « surpoids » de la dépense française. Les répartitions présentées ci-après constituent un scénario illustratif IFRAP et ne figurent pas telles quelles dans le rapport. Un effort à dominante « dépenses »Le rapport est explicite : les marges de hausse des prélèvements obligatoires sont fortement réduites, la France affichant déjà le taux de prélèvements le plus élevé de la zone euro et la concurrence fiscale limitant la mobilité des bases. L'effort 2025 avait pourtant reposé « principalement » sur des hausses de recettes ; la mission plaide désormais pour un rééquilibrage vers la dépense. Cohérent avec cette orientation, le scénario IFRAP retient environ 24 % de l'effort en recettes (30 Md€) et 76 % en dépenses (96 Md€). Une contribution des dépenses concentrée sur le champ social (ASSO)Le diagnostic de la mission est sans ambiguïté : le surplus de dépense française par rapport à la zone euro se concentre sur la protection sociale (+2,4 pts de PIB, dont +1,1 pt pour les seules retraites) et la santé (+1,5 pt). Ce sont aussi les postes dont la dynamique dépasse structurellement la croissance potentielle. La logique conduit donc à faire porter la part la plus importante de l'effort en dépenses sur les ASSO, tout en préservant les minima sociaux (RSA, minimum vieillesse) que la mission exclut explicitement de toute désindexation. Graphique 7 — Le « surpoids » de la dépense publique française (écart à la zone euro, 2023)
Source : rapport de la mission (graphique 4), données OCDE — zone euro à 16 pays. Scénario illustratif de répartition de l'effort de 126 Md€En croisant la dérive tendancielle par sous-secteur, le diagnostic de surpoids social et les contraintes propres à chaque niveau d'administration (règle d'or pour les APUL, incompressibilité de la charge de la dette et protection de la LPM pour les APUC), la répartition illustrative suivante se dégage. Elle est exprimée en euros de 2030 et rapportée au tendanciel des dépenses. Tableau — Scénario illustratif IFRAP de répartition de l'effort à horizon 2032
Scénario illustratif Fondation IFRAP, construit à partir des données du rapport (tableaux 3, 4, 7, 8 et graphique 4). Conversion : ≈ 34 Md€ par point de PIB.
Réalisation : Fondation IFRAP. Répartition indicative, non prescrite par la mission. Trois enseignements se dégagent de cette répartition. Premièrement, la charge de la dette (+46 Md€) n'étant pas maîtrisable à court terme, l'effort primaire doit non seulement compenser cette dérive, mais dégager, en sus, un excédent : d'où l'ampleur de l'effort demandé aux dépenses primaires. Deuxièmement, les ASSO portent la contribution la plus élevée (56 Md€) parce que c'est là que se situe le surpoids français et la dynamique la plus vive ; interroger les mécanismes d'indexation (hors minima sociaux) et l'efficience des dépenses de santé y est déterminant. Troisièmement, les APUL, déjà contraintes par la règle d'or, ne peuvent supporter qu'une part limitée (12 Md€), qui suppose une association étroite via un mécanisme de type « règle d'or locale » renforcé plutôt que des coupes unilatérales de dotations. La condition politique : sortir de la logique de « rabot »La mission juge que les coupes horizontales (« rabots ») sur les crédits ministériels ont atteint leurs limites : plus faciles politiquement, elles nuisent à la visibilité et à l'efficacité des politiques publiques. Elle plaide pour documenter les effets d'une suspension temporaire des clauses d'indexation (hors RSA et minimum vieillesse) — n'excluant pas a priori une « année blanche » en 2027 — en rappelant que le redressement allemand du début des années 2000 s'est largement appuyé sur l'absence de telles clauses. |
Exploration IFRAP du scénario d'effort renforcé (160 Md€)
Objet et hypothèses de l'extrapolation
Le rapport de la mission chiffre à 160 Md€ l'effort permettant non seulement de stabiliser la dette, mais de conserver une marge de sécurité d'un point de PIB au-delà du solde stabilisant, afin d'absorber la prochaine crise (tableau 7 du rapport, recommandation reprise du CAE(2)). Il n'en détaille toutefois ni la trajectoire annuelle, ni les effets sur les soldes et la dette, ni la répartition par sous-secteur. La présente annexe construit cette extrapolation à partir de la méthodologie et des paramètres de la mission. Les trajectoires et répartitions présentées ici sont un prolongement analytique IFRAP et ne figurent pas telles quelles dans le rapport.
Les hypothèses, transparentes, sont les suivantes :
Cible. Un excédent structurel primaire de +1,8 % du PIB en 2032, soit +0,8 % (solde stabilisant la dette) augmenté d'un point de marge, contre +0,8 % dans le scénario de 126 Md€.
Effort de référence. 1 point de PIB potentiel ≈ 34 Md€ (euros de 2030), convention issue du rapport (100 Md€ ≈ 2,9 pts ; 126 Md€ ≈ 3,7 pts). La cible renforcée représente donc un effort cumulé de 4,7 points de PIB par rapport au tendanciel.
Tendanciel. Repris à l'identique du rapport (tableau 5) pour 2026-2030 ; prolongé à 2031-2032 par récurrence de la dynamique de dette, en maintenant le solde structurel primaire à −2,9 % (hypothèse favorable de la mission).
Conditions macroéconomiques. Favorables (multiplicateur budgétaire ≈ 0, croissance égale au potentiel), conformément aux hypothèses retenues par la mission pour établir les points de dette de ses scénarios ; croissance nominale de 2,6 % à partir de 2029 (RAA prolongé).
Taux. Le taux apparent retenu est le taux effectif « toutes administrations » implicite dans le tableau 5 du rapport ; il est réduit graduellement (jusqu'à −0,25 pt en 2032) dans le scénario d'ajustement pour traduire l'effet de crédibilité sur les marchés (le rapport pose −0,4 pt sur le taux à dix ans). Ce niveau se distingue du taux souverain à dix ans de l'encadré 4.
6.2. De 126 à 160 Md€ : relever la cible à +1,8 % du PIB
Passer de 126 à 160 Md€ revient à ajouter 34 Md€ d'effort (≈ 1 point de PIB) au montant qui stabilise seulement la dette. L'objectif n'est plus de figer le ratio de dette autour de 120 %, mais de le placer sur une pente descendante tout en reconstituant des marges avant le prochain choc. Compte tenu du diagnostic de la mission — marges sur les prélèvements obligatoires « fortement réduites » —, ce supplément d'effort est ici affecté en quasi-totalité à la dépense, portant la part des dépenses de 76 % à 79 % de l'effort total.
Tableau 6.1 — Du scénario de stabilisation (126 Md€) au scénario renforcé (160 Md€)
Scénario 126 Md€ | Scénario 160 Md€ | |
|---|---|---|
| Cible de solde structurel primaire (2032) | +0,8 % PIB | +1,8 % PIB |
| Effort cumulé vs tendanciel | 3,7 pts / 126 Md€ | 4,7 pts / 160 Md€ |
| dont recettes | 30 Md€ (24 %) | 34 Md€ (21 %) |
| dont dépenses | 96 Md€ (76 %) | 126 Md€ (79 %) |
| Dette 2032 (ajustement préventif) | 120,9 % | 117,7 % |
Sources : rapport de la mission (tableaux 7 et 8) pour le scénario 126 Md€ ; extrapolation iFRAP pour le scénario 160 Md€.
6.3. Les trajectoires d'effort à réaliser
Comme pour le scénario de 126 Md€, trois profils permettent d'atteindre la cible de +1,8 % en 2032, pour un même effort cumulé de 4,7 points : un profil uniforme renforcé (≈ 0,8 pt/an), un profil préventif renforcé (effort accru en début de période, décroissant ensuite) et un profil préventif important renforcé (effort concentré sur 2027-2029). Le profil préventif renforcé est retenu comme référence : il limite la hausse transitoire de la dette sans imposer le mur d'effort du profil très concentré.
Graphique A.1 — Trajectoires d'effort (solde structurel primaire)
Extrapolation IFRAP à partir de la méthodologie du rapport (tableau 8). Cible = tendanciel + effort cumulé.
Graphique A2 — Profil annuel de l'effort (Md€)
Extrapolation iFRAP. Montants ≈ points de PIB × 34 (euros de 2030) ; la somme peut différer légèrement de 160 Md€ du fait des arrondis.
Tableau 6.2 — Détail des trajectoires d'effort (solde structurel primaire, % PIB potentiel)
2027 | 2028 | 2029 | 2030 | 2031 | 2032 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Tendanciel (avant ajustement) | −2,6 | −2,6 | −2,8 | −2,9 | −2,9 | −2,9 |
| Uniforme — effort (pt) | 0,8 | 0,8 | 0,8 | 0,8 | 0,8 | 0,7 |
| Uniforme — SSP effectif | −1,8 | −1,0 | −0,4 | +0,3 | +1,1 | +1,8 |
| Préventif renforcé — effort (pt) | 1,2 | 1,0 | 0,9 | 0,7 | 0,5 | 0,4 |
| Préventif renforcé — SSP effectif | −1,4 | −0,4 | +0,3 | +0,9 | +1,4 | +1,8 |
| Préventif important — effort (pt) | 1,4 | 1,3 | 1,3 | 0,3 | 0,2 | 0,2 |
| Préventif important — SSP effectif | −1,2 | +0,1 | +1,2 | +1,4 | +1,6 | +1,8 |
Lecture : dans le profil préventif renforcé, un effort de 1,2 pt en 2027 porte le solde structurel primaire de −2,6 % (tendanciel) à −1,4 %. Extrapolation iFRAP.
Les effets par rapport au tendanciel
Le profil préventif renforcé produit, par rapport au tendanciel, un redressement massif des trois soldes. Le solde primaire revient à l'équilibre dès 2029 puis dégage un excédent de +1,6 % en 2032 ; le solde public repasse sous le seuil européen de 3 % dès 2030 ; la dette, après un plateau autour de 120,5 % en 2028-2029, s'engage sur une trajectoire décroissante et revient à 117,7 % en 2032, contre 137,8 % dans le tendanciel.
Solde primaire
Graphique A3 — Solde primaire : tendanciel vs scénario 160 Md€
Extrapolation IFRAP. Solde primaire du scénario = solde primaire tendanciel + effort structurel cumulé.
Solde public
Graphique A4 — Solde public : tendanciel vs scénario 160 Md€
Extrapolation IFRAP. Solde public = solde primaire − charge d'intérêts.
Dette publique
Graphique A5 — Dette publique : tendanciel vs scénario 160 Md€
Extrapolation IFRAP. Récurrence d = d(1+r)/(1+g) − solde primaire, flux de créance ignorés (convention du rapport).
La baisse de la dette est doublement vertueuse : l'excédent primaire réduit directement le stock, et la moindre dette allège la charge d'intérêts (3,3 % du PIB en 2032 dans le scénario, contre 4,1 % dans le tendanciel), ce qui accélère à son tour la décrue. À l'horizon 2032, l'écart de dette avec le tendanciel atteint −20,1 points de PIB, dont environ un quart provient de ce moindre effet « boule de neige ».
Tableau 6.3 — Effets par rapport au tendanciel (% du PIB, sauf mention)
2030 tend. | 2030 sc. 160 | Écart | 2032 tend. | 2032 sc. 160 | Écart | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Solde primaire | −3,1 | +0,7 | +3,8 | −3,1 | +1,6 | +4,7 |
| Solde public | −6,8 | −2,6 | +4,2 | −7,2 | −1,7 | +5,5 |
| Dette publique | 130,5 | 120,1 | −10,4 | 137,8 | 117,7 | −20,1 |
Extrapolation IFRAP (profil préventif renforcé). Le signe « + » sur les soldes traduit une amélioration ; « − » sur la dette une réduction.
Tableau 6.4 — Trajectoire complète du scénario 160 Md€ (préventif renforcé)
| % du PIB | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 | 2032 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Solde primaire | −2,4 | −1,8 | −0,8 | 0,0 | +0,7 | +1,6 |
| Solde public | −5,0 | −4,7 | −3,9 | −3,3 | −2,6 | −1,7 |
| Charge d'intérêts | 2,6 | 2,9 | 3,1 | 3,3 | 3,3 | 3,3 |
| Dette publique | 118,4 | 119,9 | 120,5 | 120,6 | 120,1 | 117,7 |
Extrapolation IFRAP. La dette culmine à 120,6 % en 2029 avant de refluer ; 2031 (non affiché) : solde public −2,2 %, dette 119,1 %.
Répartition de l'effort de 160 Md€ par nature et sous-secteur
Sur le modèle de la répartition du scénario 126 Md€, l'effort de 160 Md€ est ventilé entre recettes et dépenses, puis, au sein des dépenses, entre les trois sous-secteurs d'administration publique. Le supplément d'effort (34 Md€) étant affecté à la dépense, la part des recettes recule à 21 %, cohérente avec le constat de marges fiscales réduites. Les ASSO portent la contribution la plus élevée (74 Md€, 46 %), là où se concentrent le « surpoids » social français et la dérive tendancielle la plus vive.
Tableau 6.5 — Répartition illustrative IFRAP de l'effort de 160 Md€ (horizon 2032, euros de 2030)
| Levier | Md€ | Pts de PIB | Part |
|---|---|---|---|
| Recettes ciblées (base large, niches) | 34 | 1,0 | 21 % |
| Dépenses APUC (État hors dette/LPM, opérateurs, PSR-UE) | 34 | 1,0 | 21 % |
| Dépenses ASSO (santé, retraites, famille, chômage) | 74 | 2,2 | 46 % |
| Dépenses APUL (collectivités) | 18 | 0,5 | 11 % |
| Total | 160 | 4,7 | 100 % |
Répartition illustrative IFRAP, non prescrite par la mission. Dépenses : 126 Md€ (79 %) ; recettes : 34 Md€ (21 %).
Réalisation : Fondation IFRAP.
Décomposition fine de l'effort en dépenses (126 Md€)
Pour être opérationnelle, la cible de 126 Md€ d'économies en dépenses doit être déclinée par grand poste. La décomposition ci-dessous s'appuie sur la dérive tendancielle (partie 2 de la note) et sur le diagnostic de « surpoids » : l'effort se concentre sur la santé (32 Md€) et les retraites (28 Md€), dont les dynamiques excèdent structurellement la croissance potentielle, puis sur le fonctionnement de l'État et ses opérateurs (26 Md€). Les minima sociaux (RSA, minimum vieillesse) sont préservés de toute désindexation, conformément à la recommandation de la mission.
Tableau 6.6 — Décomposition indicative de l'effort en dépenses (126 Md€, horizon 2032)
| Poste de dépense | Md€ | Pts PIB | Sous-secteur |
|---|---|---|---|
| Santé — Ondam (efficience, maîtrise médicalisée, prix) | 32 | 0,9 | ASSO |
| Retraites (désindexation hors minima, paramètres) | 28 | 0,8 | ASSO |
| Fonctionnement & opérateurs de l'État | 26 | 0,8 | APUC |
| Autres prestations sociales (famille, chômage) | 14 | 0,4 | ASSO |
| Collectivités — fonctionnement (règle d'or renforcée) | 14 | 0,4 | APUL |
| Interventions & concours de l'État (PSR-UE, PIA) | 8 | 0,2 | APUC |
| Collectivités — investissement / péréquation | 4 | 0,1 | APUL |
| Total dépenses | 126 | 3,7 | — |
Décomposition indicative IFRAP, cohérente avec la dérive tendancielle du rapport (tableaux 3 et 4). ASSO : 74 Md€ ; APUC : 34 Md€ ; APUL : 18 Md€.
Réalisation : Fondation IFRAP. * Autres prestations sociales hors RSA et minimum vieillesse, préservés.
Décomposition annuelle de la dynamique de dette (2027-2032)
Méthodologie
Cette annexe décompose, année par année et jusqu'en 2032, la dynamique de la dette publique dans les trois scénarios — à politique inchangée, ajustement de 126 Md€ et ajustement renforcé de 160 Md€ — en appliquant la formule comptable de l'encadré 4 du rapport Mauvieux (3) :
Δdₜ = (rₜ − gₜ) × dₜ₋₁ − SPₜ + SFₜ
d = dette publique, en % du PIB ;
SP = solde primaire, en % du PIB (un excédent est compté positivement) ;
(r − g) × d₍ₜ₋₁₎ = effet « boule de neige », qui coïncide avec le solde primaire stabilisant : le niveau d'excédent primaire strictement nécessaire pour figer le ratio de dette ;
SF = effet stock-flux, résidu réconciliant la variation reconstituée de dette avec la formule comptable (arrondis, conventions de projection, hypothèses favorables de crédibilité et de charge d'intérêt).
Le rapport fixe un solde primaire stabilisant de l'ordre de +0,8 point de PIB en 2032 pour une dette proche de 120 % du PIB. Les années 2031-2032 prolongent conventionnellement la dynamique, le rapport précisant que les valeurs au-delà de 2030 reposent sur des hypothèses conventionnelles.
Scénario à politique inchangée : dynamique spontanée de dette
Le rapport donne, pour le scénario « à politique inchangée », un déficit public de −5,9 % du PIB en 2027, puis −6,2 %, −6,6 % et −6,8 % de 2028 à 2030, avec un solde primaire restant autour de −3 % du PIB, et une dette passant de 118,4 % en 2026 à 130,5 % en 2030. Le différentiel r − g devient positif à partir de 2029 (+0,3 %), puis +0,5 % en 2030.
Tableau 7.2 — Décomposition annuelle de la dette, scénario à politique inchangée
Année | Dette N−1 | r − g | Boule de neige / SP stabilisant | Solde primaire | Stock-flux (résidu) | Δ dette | Dette fin |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
2027 | 118,4 | −0,3 % | −0,4 | −3,0 | +0,4 | +3,0 | 121,4 |
2028 | 121,4 | −0,1 % | −0,1 | −3,0 | −0,1 | +2,8 | 124,2 |
2029 | 124,2 | +0,3 % | +0,4 | −3,1 | −0,4 | +3,1 | 127,3 |
2030 | 127,3 | +0,5 % | +0,6 | −3,1 | −0,5 | +3,2 | 130,5 |
2031 | 130,5 | +0,7 % | +0,9 | −3,1 | −0,4 | +3,6 | 134,1 |
2032 | 134,1 | +0,7 % | +0,9 | −3,1 | −0,3 | +3,7 | 137,8 |
Unités : points de PIB, sauf r − g. Années 2031-2032 reconstituées par prolongement conventionnel. Sources : rapport de la mission ; reconstitution iFRAP.
L'augmentation de la dette provient d'abord du déficit primaire, voisin de −3 % du PIB. L'effet boule de neige n'est pas dominant en 2027-2028, car r − g reste négatif ou quasi nul ; mais à partir de 2029, le différentiel devient positif et le stock de dette produit une hausse autonome du ratio. Le solde primaire stabilisant passe alors d'un niveau proche de zéro à environ +0,9 point de PIB en 2031-2032 : maintenir un déficit primaire de −3,1 % laisse un écart au stabilisant de près de 4 points de PIB en fin de période.
Scénario d'ajustement de 126 Md€ (stabilisation)
Le rapport chiffre l'ajustement nécessaire, tendanciel inclus, à 126 Md€ en euros de 2030, pour un solde structurel primaire de +0,8 % du PIB en 2032. Le profil retenu est l'ajustement préventif (effort accru en début de période) : solde structurel primaire effectif de −1,7 % en 2027, −0,9 % en 2028, −0,5 % en 2029, +0,1 % en 2030, +0,5 % en 2031 et +0,8 % en 2032, pour une dette de 120,9 % du PIB en 2032.
Tableau 7.3 — Décomposition annuelle de la dette, scénario 126 Md€ (ajustement préventif)
Année | Dette N−1 | r − g | Boule de neige / SP stabilisant | Solde primaire | Stock-flux (résidu) | Δ dette | Dette fin |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
2027 | 118,4 | −0,3 % | −0,4 | −1,7 | +0,6 | +1,9 | 120,3 |
2028 | 120,3 | −0,1 % | −0,1 | −0,9 | +0,2 | +1,0 | 121,3 |
2029 | 121,3 | +0,3 % | +0,4 | −0,5 | −0,4 | +0,5 | 121,8 |
2030 | 121,8 | +0,5 % | +0,6 | +0,1 | −0,5 | 0,0 | 121,8 |
2031 | 121,8 | +0,7 % | +0,9 | +0,5 | −0,8 | −0,4 | 121,4 |
2032 | 121,4 | +0,7 % | +0,8 | +0,8 | −0,5 | −0,5 | 120,9 |
Soldes primaires issus du profil d'ajustement préventif (tableau 8 du rapport) ; trajectoire calée sur le point d'arrivée de la mission (120,9 % en 2032). Le résidu stock-flux incorpore recalage, arrondis et conventions de projection.
Il s'agit d'un scénario de stabilisation, non de désendettement marqué. Jusqu'en 2029, l'amélioration du solde primaire freine fortement la hausse, mais la dette continue de progresser légèrement, le solde primaire restant inférieur au stabilisant. À partir de 2030, le solde primaire devient positif et la dette se stabilise autour de 122 % du PIB avant de revenir à 120,9 % en 2032. Cette année-là, le solde primaire atteint +0,8 % du PIB, soit exactement le solde stabilisant : l'effort de 126 Md€ neutralise la dynamique de dette sans créer de marge au-delà de la stabilisation.
Scénario renforcé IFRAP de 160 Md€ (désendettement)
Le scénario renforcé ajoute un point de PIB d'excédent primaire pour reconstituer une marge de sécurité, portant la cible de solde structurel primaire à +1,8 % du PIB en 2032 et l'effort cumulé à 160 Md€. La dette revient alors à 117,7 % du PIB en 2032, contre 120,9 % dans le scénario 126 Md€, selon la trajectoire : 118,4 % (2026), 119,9 %, 120,5 %, 120,6 %, 120,1 %, 119,1 % et 117,7 %.
Tableau 7.4 — Décomposition annuelle de la dette, scénario renforcé 160 Md€
Année | Dette N−1 | r − g | Boule de neige / SP stabilisant | Solde primaire | Stock-flux (résidu) | Δ dette | Dette fin |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
2027 | 118,4 | −0,3 % | −0,4 | −1,8 | +0,1 | +1,5 | 119,9 |
2028 | 119,9 | −0,1 % | −0,1 | −0,8 | −0,1 | +0,6 | 120,5 |
2029 | 120,5 | +0,3 % | +0,4 | 0,0 | −0,3 | +0,1 | 120,6 |
2030 | 120,6 | +0,5 % | +0,6 | +0,7 | −0,4 | −0,5 | 120,1 |
2031 | 120,1 | +0,7 % | +0,8 | +1,2 | −0,6 | −1,0 | 119,1 |
2032 | 119,1 | +0,7 % | +0,8 | +1,6 | −0,6 | −1,4 | 117,7 |
Trajectoire de dette et de solde primaire issue de l'annexe IFRAP sur le scénario 160 Md€. Le résidu stock-flux réconcilie la formule avec la trajectoire publiée (hypothèses favorables de crédibilité et de moindre charge d'intérêt).
Ce scénario change la nature de la trajectoire : là où le scénario 126 Md€ atteint le solde stabilisant, le scénario 160 Md€ le dépasse. En 2032, le solde primaire s'établit à +1,6 % du PIB contre un stabilisant de +0,8 % : l'écart positif de 0,8 point constitue une véritable marge de désendettement. Trois phases se distinguent :
2027-2028 — freinage violent de la hausse de dette, malgré un solde primaire encore négatif ;
2029 — quasi-plateau, le solde primaire revenant à l'équilibre ;
2030-2032 — décrue effective, l'excédent primaire devenant supérieur au solde stabilisant.
Graphique B3 — Décomposition de la variation annuelle de dette (scénario 160 Md€)
Synthèse comparative à l'horizon 2032
Tableau 4 — Comparaison des trois scénarios en 2032
| Indicateur en 2032 | Politique inchangée | Scénario 126 Md€ | Scénario 160 Md€ |
|---|---|---|---|
| Dette publique (% PIB) | 137,8 | 120,9 | 117,7 |
| Solde primaire (% PIB) | −3,1 | +0,8 | +1,6 |
| Solde primaire stabilisant | +0,9 | +0,8 | +0,8 |
| Écart au stabilisant | −4,0 | 0,0 | +0,8 |
| Variation annuelle de dette | +3,7 | −0,5 | −1,4 |
| Nature de la dynamique | Divergence | Stabilisation | Désendettement |
Sources : rapport de la mission (scénarios inchangés et 126 Md€) ; annexe IFRAP (scénario 160 Md€). Unités : points de PIB, sauf mention.
Graphique B1 — Trajectoires de dette selon les trois scénarios
Commentaire général
La décomposition annuelle confirme que le diagnostic ne se limite pas à la charge d'intérêts. Dans le scénario à politique inchangée, le facteur principal de dérive demeure le déficit primaire persistant, proche de −3 % du PIB jusqu'en 2032. L'effet boule de neige devient toutefois de plus en plus défavorable à partir de 2029, lorsque le taux apparent dépasse la croissance nominale : à cet horizon, même un solde primaire équilibré ne suffirait plus, un excédent de l'ordre de 0,8 à 0,9 point de PIB étant requis pour stabiliser la dette.
Le scénario à 126 Md€ corrige cette dynamique, mais l'annule seulement. Il ramène progressivement le solde primaire au niveau stabilisant, contenant la dette autour de 121 % du PIB en 2032. C'est une stabilisation stricte : elle évite la divergence, mais ne reconstitue pas de marge de sécurité face à un nouveau choc économique, financier ou géopolitique.
Le scénario à 160 Md€ offre une lecture plus robuste : il dépasse le solde stabilisant à compter de 2030 et produit une baisse effective du ratio, ramené à 117,7 % du PIB en 2032. L'écart de 3,2 points de PIB avec le scénario 126 Md€ ne provient pas seulement d'un déficit nominal plus faible ; il tient surtout au fait que l'excédent primaire devient supérieur à l'effet boule de neige. L'ajustement supplémentaire transforme une logique de stabilisation en logique de désendettement préventif.
Conclusion : 7 enseignements pour l’action
Le rapport, remis le 15 juillet 2026, débouche sur sept enseignements qui structurent la stratégie d'ajustement à engager dès 2027 :
La hausse de la dette est inévitable à court terme, mais doit être enrayée, elle est anticipée à 121,4% dès 2027 à politique inchangée : déficit primaire très significatif, dérive tendancielle et disparition de l'effet favorable des taux bas se conjuguent. Le PLF 2027 devra tenter d'y palier. Le scénario de stabilisation de la dette avec fort ajustement d'entrée de jeu table sur une cible de 120,3% dès 2027, le scénario de décrue de la dette publique propose un objectif de 119,9% du PIB l'année prochaine.
L'ajustement à réaliser est de 126 Md€ (dont 96 Md€ de baisses de dépenses et 30 Md€ de hausse de recettes) d'ici 2032 pour atteindre un excédent structurel primaire de +0,8 % et stabiliser la dette avant la fin du quinquennat ; à défaut, déficit et dette dériveraient vers 6,8 % et 130 % du PIB en 2030.
Se créer une marge de manœuvre pour désendetter malgré une crise (choc économique externe) nécessiterait de viser les 160 Md€ d’ajustements à horizon 2032 (dont 126 Md€ d'économies en dépenses et 34 Md€ de recettes supplémentaires).
Aucun instrument unique ne suffit : économies, stimulation de l'offre et recettes doivent être mobilisées simultanément, l'effort étant nécessairement partagé — l'illusion d'un ajustement concentré sur une minorité (ultra-riches, fonctionnaires, retraités, étrangers) doit être écartée.
Les marges sur les prélèvements obligatoires sont fortement réduites ; la priorité est d'interroger le montant et l'efficience de la dépense sociale (santé, retraites), là où se concentre le surpoids français.
L'inaction en 2027 est rédhibitoire : différer l'effort le rendrait plus intense, plus concentré, plus risqué pour la croissance et la confiance des marchés — au risque de se le voir imposer de l'extérieur.
Instituer la transparence : publier systématiquement une trajectoire de moyen terme « à politique inchangée » dans le rapport économique, social et financier, selon une méthodologie stable et explicite.
(1) A date des travaux de la mission. Aujourd’hui compte tenu de la révision à la baisse de la croissance de 0,9% à 0,7% en volume, la dette pourrait atteindre plutôt les 118,7 % du PIB en 2026.
(2) Note CAE n°82, juillet 2024 : https://cae-eco.fr/quelle-trajectoire-pour-les-finances-publiques-francaises ainsi que le Focus n°124, octobre 2025 https://cae-eco.fr/comment-stabiliser-la-dette-publique