Juin 2025 - juin 2026 : 14 % de hausse du coût de la dette
En comptabilité nationale, toutes administrations publiques confondues, la charge d’intérêts atteint 18,9 Md€ au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 17,4 % sur un an. En acquis annuel 2026, elle s’élève à 74,9 Md€, en progression de 14,0 %, après 9,3 % en 2025.[1]
En comptabilité budgétaire, les charges de la dette de l’État atteignent 34,53 Md€ au 30 juin 2026, en cumul depuis le début de l’année. Elles progressent de 18,3 % à périmètre courant (+5,34 Md€) et de 18,8 % à périmètre constant (+5,46 Md€) par rapport à juin 2025.[2]
Le mécanisme de « boule de neige » se retourne : le taux d’intérêt apparent de la dette publique, à 2,12 %, dépasse la croissance du PIB en valeur, à 1,35 %. L’écart taux-croissance redevient positif (+0,8 point), ajoutant 0,9 point de PIB à la dette.
La dette au sens de Maastricht atteint 3 536,1 Md€ au premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB. La dette financière négociable de l’État s’élève à 2 897,7 Md€ au 30 juin 2026, en hausse de 133,6 Md€ sur six mois, tandis que les titres à court terme (BTF) atteignent 220,7 Md€.[3]
Comptabilité nationale (toutes APU) : explosion des intérêts au T2 2026
La publication par l’Insee des comptes nationaux trimestriels et du compte trimestriel des administrations publiques du deuxième trimestre 2026 met en évidence une accélération de la charge de la dette en comptabilité nationale.
Au cours du seul deuxième trimestre 2026, les intérêts versés par l’ensemble des administrations publiques s’élèvent à 18,9 Md€, contre 16,1 Md€ au deuxième trimestre 2025. En calculant l’acquis annuel — qui fige la dépense jusqu’à la fin de l’année au niveau du deuxième trimestre —, la charge d’intérêts atteint 74,9 Md€ pour l’exercice 2026, soit 9,2 Md€ de plus qu’en 2025.
Les charges d’intérêts constituent le poste de dépense publique le plus dynamique du compte des APU, progressant bien plus vite que les prestations sociales (+2,1 % sur un an). Cette envolée s’inscrit dans un contexte d’exécution budgétaire dégradé : le déficit public trimestriel ressort à –39,1 Md€ au deuxième trimestre 2026, portant l’acquis annuel à 156,0 Md€, soit 5,14 % du PIB, contre 151,6 Md€ et 5,06 % en 2025. Sans mesures correctives supplémentaires, la cible gouvernementale de 5,0 % du PIB serait dépassée de plus de 4 Md€.
Comptabilité budgétaire (État) : situation cumulée au 30 juin 2026
La Situation mensuelle budgétaire au 30 juin 2026 retrace les encaissements et décaissements de l’État en comptabilité budgétaire depuis le début de l’année. Le titre 4 du budget général (« Charges de la dette de l’État ») s’établit à 34,53 Md€, contre 29,19 Md€ à fin juin 2025 en données exécutées et 29,07 Md€ en données retraitées des modifications de périmètre.
L’augmentation des dépenses de charge de la dette s’établit ainsi à 18,30 % à périmètre courant (+5 341 M€) et à 18,77 % à périmètre constant (+5 457 M€). À elle seule, cette hausse absorbe plus de 40 % de l’augmentation totale des dépenses du budget général de l’État, qui atteint 13,47 Md€ à périmètre constant à fin juin 2026. Le solde général d’exécution se dégrade de 6,37 Md€ pour atteindre –106,77 Md€, contre –100,40 Md€ à fin juin 2025.
Tableau de synthèse comparative des comptabilités et périmètres
Périmètre et comptabilité | Indicateur | 2025 | 2026 | Écart absolu | Variation |
Toutes APU — nationale | Charge trimestrielle T2 | 16,1 Md€ | 18,9 Md€ | +2,8 Md€ | +17,4 % |
Toutes APU — nationale | Acquis annuel (glissant) | 65,7 Md€ | 74,9 Md€ | +9,2 Md€ | +14,0 % |
État — périmètre courant — budgétaire | Cumul au 30 juin, titre 4 | 29,19 Md€ | 34,53 Md€ | +5,34 Md€ | +18,3 % |
État — périmètre constant — budgétaire | Cumul au 30 juin, titre 4 | 29,07 Md€ | 34,53 Md€ | +5,46 Md€ | +18,8 % |
Diffusion des taux d’intérêt, roulement de la dette et effet « boule de neige »
L’envolée des coûts d’endettement résulte d’un double effet de volume et de taux, dont la diffusion s’opère progressivement au fur et à mesure du renouvellement du stock de dette.
Accumulation du stock et recomposition vers le court terme
Le stock de dette au sens de Maastricht atteint 3 536,1 Md€ au premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB, en hausse de 75,6 Md€ en un trimestre par rapport aux 3 460,5 Md€ de fin 2025. La dette du deuxième trimestre 2026 doit être publiée fin septembre. Sur cet encours, l’État porte 2 889,0 Md€ au premier trimestre 2026. Selon la Situation mensuelle budgétaire de juin 2026, sa dette financière négociable atteint 2 897,7 Md€ au 30 juin, en hausse de 133,6 Md€ depuis le début de l’année. Ce besoin de financement s’est traduit par des émissions nettes d’OAT à moyen et long terme (+109,0 Md€) et de bons du Trésor à taux fixe (+24,7 Md€). Les BTF s’élèvent ainsi à 220,7 Md€ pour l’État à fin juin 2026, contre 282,7 Md€ pour l’ensemble des APU au premier trimestre 2026, soit 8,0 % du total.
Le recours accru au court terme accélère la transmission immédiate des variations de taux d’intérêt au budget de l’État lors des renouvellements de titres.
Tension sur les taux de marché et diffusion par le roulement
L’OAT à dix ans a franchi le seuil de 4,0 % au cours de l’été 2026, atteignant 4,09 % le 25 août 2026, tandis que l’écart avec le Bund allemand atteignait 85 points de base. À mesure que s’opère le roulement de la dette ancienne, dont une large fraction arrivant à échéance avait été émise à des taux proches de zéro, l’État refinance son encours à des taux nettement plus élevés. Chaque hausse permanente de 10 points de base du taux moyen d’émission représente, à terme, un surcoût annuel proche de 3 Md€ sur la charge d’intérêts globale.
Le retournement mécanique de l’effet « boule de neige »
En 2025, le taux d’intérêt apparent de la dette publique, à 1,94 %, demeurait légèrement inférieur à la croissance du PIB en valeur, à 1,99 %, neutralisant l’auto-accroissement du ratio d’endettement. En 2026, sur la base de l’acquis, le taux apparent remonte à 2,12 %, tandis que la croissance du PIB en valeur ralentit à 1,35 %, combinaison d’une croissance en volume de 0,3 % et d’un déflateur du PIB de 1,0 %. L’écart taux-croissance redevient ainsi positif, à 0,8 point. Cet effet défavorable ajoute à lui seul 0,9 point de PIB à la dette publique en 2026, indépendamment du déficit primaire, qui contribue à hauteur de 2,7 points de PIB. Dans ces conditions, la dette publique franchirait 119 % du PIB fin 2026, à 119,3 % dans le scénario d’acquis.
- [1] Source : Insee, « Comptes nationaux trimestriels et compte trimestriel des administrations publiques – 2e trimestre 2026 », résultats publiés le 28 août 2026 ; recoupement avec la note d’analyse de la Fondation iFRAP du 28 août 2026.
- [2] Source : Ministère de l’Action et des Comptes publics, communiqué de presse n° 939, « Situation mensuelle budgétaire au 30 juin 2026 », 4 août 2026 ; DGFiP, Situation mensuelle de l’État au 30 juin 2026, publiée au JORF n° 58 le 11 août 2026.
- [3] Source : DGFiP, Situation mensuelle de l’État au 30 juin 2026, publiée au Journal officiel le 11 août 2026.