Budget et fiscalité

Les pauvres ont plus besoin des riches que de l'Etat

15 octobre 2020 • Agnès Verdier-Molinié

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C'est le retour du match qui va nous occuper vraisemblablement pendant des mois. Le match des riches et des pauvres. La même semaine a vu monter le sujet du million de pauvres supplémentaire et celui de l'augmentation des dividendes perçus par les ménages.

Les deux sujets n'ont rien à voir ? Ils ont pourtant tout pour faire un bon amalgame comme on les pratique en France : « les pauvres sont plus pauvres et les riches sont plus riches ». Et de conclure qu' « il faudrait plus de dépenses sociales » immanquablement suivi de « et taxer plus les riches ».

Un tableau catastrophique

Rappelons quelques évidences : la France dépense déjà plus que tous les pays au monde en dépenses sociales. Nous avons plus de 125 milliards d'euros d'aides sociales versées par an sous condition de ressources. Nous sommes déjà au maximum du maximum du modèle social.

La branche famille qui gère le RSA est en déficit de plus de 3 milliards d'euros… L'augmentation de 100 euros du RSA que réclament les associations coûterait 2,4 milliards. C'est infinançable. Les départements qui sont en première ligne le savent bien. Ils doivent aussi faire face aux dépenses en plus pour les Ehpad ou les mineurs isolés.

La pauvreté qui monte avec ses « nouveaux pauvres » est une catastrophe mais elle est plus grave encore en France car nous avons plus confiné, plus arrêté notre économie et plus misé sur le chômage partiel. Environ 3 points de plus de récession par rapport à l'Allemagne et un chômage qui se profile à plus de 10 % (contre 4 % outre-Rhin).

L'emploi, l'emploi, l'emploi

Il est temps de se réveiller. Plus on continuera à surréagir, à ajouter des contraintes sanitaires, à encourager le télétravail massif, plus les personnes les plus précaires risquent de tomber dans la pauvreté.

La vague du chômage qui arrive sur nous peut encore être réduite en faisant le choix de l'économie. La clé est de privilégier la continuité du travail sur site. Les bureaux, les centres-villes, les restaurants et les commerces doivent pouvoir continuer à vivre…

Le premier outil de lutte contre la pauvreté c'est l'emploi, l'emploi, l'emploi. Et pour créer des emplois, il faut des investissements dans des entreprises en France. Des entreprises qui réussissent, et donc… versent des dividendes à leurs actionnaires.

Phénomène de rattrapage

Ce qui nous amène à ces fameux riches qui « se sont enrichis » parce que les dividendes versés sont passés de 14 milliards à 23 milliards d'euros. Précisons que l'on parle de chiffres de revenus en 2018 mais pas en 2020, année pour laquelle ces dividendes ont énormément baissé et n'ont souvent pas été distribués. D'où vient l'augmentation en 2018 ?

Les dividendes avaient été bloqués mécaniquement par la réforme Hollande de la barémisation des revenus du capital. Les taux marginaux effectifs d'imposition pouvaient atteindre 100 % sur certains contribuables les plus aisés. On est donc dans un phénomène de rattrapage après l'allègement d'une fiscalité confiscatoire.

L'étude récente de France Stratégie montre d'ailleurs que les ménages qui se trouvaient dans les 0,1 % les plus riches en 2017 ne sont que 50 % à y être encore en 2018 et que, parmi eux, ceux qui sont dans les 0,01 % ont vu leurs revenus baisser d'environ 20 % ! Il y a quelque chose de malsain dans notre acharnement à regarder les 0,1 % (38.000 foyers), voire les 0,01 % (3.800 foyers) à la loupe en pensant naïvement que ce sont toujours les mêmes. Beaucoup de ménages qui entrent une année dans ces catégories en sortent rapidement…

Réjouissons-nous, ils sont un peu moins nombreux à partir de France pour des raisons de fiscalité confiscatoire, mais jusqu'à quand ? Le débat public doit gagner en qualité. Nous avons besoin d'investisseurs dans les entreprises, d'emplois et de dividendes, c'est comme cela que l'on combat la pauvreté.

Commentaires

  • Par bernard maroy • Posté le 17/10/2020 à 20:27 Il est clair que le chemin socialiste que nous suivons depuis 40 ans a enfoncé la France et augmenté la pauvreté, subie et/ou choisie. La méthodologie élémentaire voudrait que l'on change une méthode qui a échoué, comme d'autres comme les suédois l'ont bien compris, au lieu de s'y enferrer.
  • Par Dapsang • Posté le 17/10/2020 à 17:44 Il faudrait rappeler que -les dividendes vont de facon minoritaire aux menages qui detiennent peu d’ actions. La majorite des detenteurs francais d’actions sont les investisseurs institutionnels qui gerent l’epargne des francais de toutes categories.Quelques chiffres sur les destinataires des dividendes seraient bienvenus. - la fiscalite francaise portant sur les valeurs mobilieres reste , apres les pretendus cadeaux, la moins favorable en Europe ( vous devez avoir des comparaisons ). Il est incroyable qu’ aucun homme politique , qu’il soit au gouvernement ou ailleurs, ne le dise. Enfin France Strategie est un organisme biaise a gauche , comme vous le savez. Il faut donc prendre ses analyses avec des pincettes.
  • Par pragmatic • Posté le 17/10/2020 à 14:30 très bon article qui resitue bien la vérité et les vrais enjeux. Aux US on se dit qu'est ce que j'ai fait pour l'état, en France c'est qu'est ce que l'état fait pour moi. Donc la logique est constamment dans la recherche de boucs émissaires plutôt qu'en remise en cause individuelle et à chercher les solutions, c'est la passivité à chercher ce qu'on peut prendre aux autres. Et surtout notre modèle social dont on se vante tant n'est copié par aucun autre pays, qu'est ce qu'ils sont arriérés ! : Sauf qu'ils ont très bien compris qu'on modèle qui finance le social par les déficits, donc avec l'argent qu'on n'a pas est un anti-modéle qui ne fait qu'enfoncer un peu plus le pays tous les jours. car le vrai social est celui financé par la richesse, celui financé par la dette est de l'anti-social qui détruit les finances et l'emploi. Mais nos politiques sans courage pour faire les réformes du secteur public qui permettraient de dégager de gros gains très utile au social, et les forces de gauche clientélistes, préfèrent la solution de facilité : au lieu de tout faire pour développer les entreprises et donc taxer ensuite les bénéfices, le cercle vertueux, ils préfèrent commencer par les saigner d'impôts et charges et donc détruire l'emploi, d'où besoin d'encore plus d'impôts...cherchez l'erreur...
  • Par Le Guérandais • Posté le 17/10/2020 à 11:59 Depuis quatre vingts ans, le discours social reste "scotché" sur la sacro -sainte "lutte des classes". Pourquoi ne pas parler de solidarité des classes? Car tous solidaires, un mot qui a été vidé de son sens au fil des ans (voir certains comportements durant la pandémie actuelle),serait le scénario "gagnant-gagnant" dont notre Pays à tant besoin. Le bon sens nous dit "il vaut mieux apprendre à pécher que de donner le poisson". Seulement pour cela il faut que le futur pécheur relève ses manches et décide de sortir de sa situation d'assistanat. Tellement confortable pour certains. Car on ne fera croire à personne d'en France il y a 52% de foyers économiquement pauvres (12% semble être le bon niveau des véritables pauvres). Et pourtant 52% de foyers fiscaux ne paient pas d'impôts sur les revenus et sont, de fait et en plus, exonérés de beaucoup de taxes tout en bénéficiant de nombreuses exonérations (en faire la liste serait trop long!). Pour ces gens là, "on rase gratis" dans notre Pays! Un foyer (deux adultes et deux enfants) est plus aisé en se déclarant en assistanat intégral que d'avoir deux salaires au SMIC! Une étude réalisée à ce sujet démontre que le foyer assisté se retrouve en fin de mois avec un bénéfice autour de huit cent Euros alors que le second arrive tout juste à boucler son budget. Dans ces conditions, pourquoi travailler? Quant aux riches, que notre Pays vilipende perpétuellement, mais heureusement qu'il en reste quelques uns pour financer toute cette fiscalité délirante et qui nous tue "à petit feu". Il y a un proverbe chinois qu'il faudrait avoir à l'esprit :"lorsque les gros maigrissent, les maigres meurent"! Plutôt que de chercher sans arrêt de nouveaux impôts, de nouvelles taxes, on serait plus inspiré à élaborer des plans de formation massifs réalistes et efficaces. Mais de la formation opérationnelle correspondant à une demande du marché du travail. Non de ces formations bidons que l'ANPE distribue pour essayer de sortir le maximum de chômeurs de ses statistiques! Commençons déjà par tester chaque nouveau chômeur en ce qui concerne les fondamentaux que sont : lire, écrire, compter et calculer. Un tiers de la population ne les maitrise pas. Et il est parfaitement inutile de distribuer de la formation sans avoir l'assurance de la bonne maitrise de ces fondamentaux. Ensuite redéployons "la distribution sociale"actuelle pour la rendre beaucoup mins attractive. En commençant par décider un "guichet unique" de paiement. Cela permettrait de se rendre compte du niveau d'assistanat de chaque foyer et de limiter les fraudes. Ensuite développer la formation professionnelle : l'apprentissage doit devenir le premier vecteur de l'ascenseur social. Ascenseur social tombé en désuétude, car complètement "ringardisé" par son concurrent "l'assistanat social". "Remettre la France au travail" devrait être le projet national de premier rang, super prioritaire. Mais on ne va pas effacer ces quatre vingts dernières années de "lutte des classes", de syndicalisme complètement hors jeu et obsolète, d'un coup de baguette magique!
  • Par goufio • Posté le 17/10/2020 à 09:26 Qui peut émettre cette tonalité dans les assemblées AN, Sénat, CESE ?
  • Par Sieler • Posté le 17/10/2020 à 09:22 Pour réduire les inégalités, soit on encadre les dividendes, les salaires et les loyers, soit on attribue la gouvernance des sociétés commerciales aux employés de ces sociétés.
  • Par ODJ • Posté le 16/10/2020 à 18:54 Bravo pour cet article. Dans tous les domaines la France ne sait pas sortir de ses cercles vicieux, au nom de ses bons sentiments. Non seulement la fiscalité et les aides sociales, mais aussi, notamment, l'accueil des immigrés, sans aucun contrôle de leur utilité et de leur volonté de s'intégrer, l'école pour tous, une décentralisation qui n'ajoute que des couches supplémentaires au millefeuille administratif, ...
  • Par Jacques VAUTIER • Posté le 16/10/2020 à 18:21 Trés bon article, qui résume bien la bêtise de nos politiques, qui, s'ils étaient eux-mêmes mieux informés et moins démagogiques, devraient faire davantage de pédagogie en la matière. Je n'ai qu'un trés vieil adage à ajouter : quand le gros maigrit, le maigre meurt !
  • Par Robin des Bois • Posté le 13/10/2020 à 13:03 Sans blague ? ! ...
  • Par tonton • Posté le 13/10/2020 à 08:07 vous avez tout a fait raison, pouvez vous être plus précis sur la fiscalité?

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