Budget et fiscalité

Industrie et/ou écologie, stop aux injonctions contradictoires

16 juillet 2020 • Agnès Verdier-Molinié

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L'emploi et le niveau de vie, ou la planète ? Est-ce qu'on a encore le droit de poser la question ? Ce n'est pas sûr. Surtout quand ce sont des citoyens, tirés au sort, formatés par la structure en place, qui sont écoutés comme le messie et proposent tout bonnement 10 milliards de taxes en plus en France, le pays le plus taxé au monde et l'un des moins pollueurs, pour sauver la planète… C'est un peu court.

Taxe sur la publicité, taxe sur les contenants, retour à la taxation au barème des revenus du capital, nouvelle tranche de l'impôt sur le revenu, retour de l'ISF, taxe sur les véhicules lourds… Quand on se penche sur les annexes du rapport de la Convention Citoyenne, la récolte d'impôts est bonne !

La pharmacie, vache à lait de la Sécu

Alors que nos entrepreneurs se battent comme des lions face à la crise pour sauver leurs boîtes et les emplois qui vont avec, nous vivons une période étrange. Celle de la fermeture du deuxième réacteur de Fessenheim dans un secteur fleuron de l'industrie française et qui n'émet pas de CO2 (il faudra, d'ailleurs, en parallèle, conserver la centrale à charbon des Pays de la Loire au moins jusqu'en 2026 pour pallier le manque de production d'électricité…)

Pour éviter les black-out, un plan a été mis en place : nous paierons collectivement pour que les usines les plus énergivores s'arrêtent dans les périodes hivernales où le pic de consommation pourrait ne plus être couvert. Si cela ne suffit pas, on importera de l'électricité produite en Allemagne dans des centrales à charbon - super !

Sans parler de la contrainte pour Air France de fermer des lignes pour polluer moins, alors même que 7.500 postes sont sur la sellette. Ou de la « découverte » faite pendant la crise sanitaire : « Zut alors, nous ne produisons plus nos médicaments ! » Nous étions premiers en Europe dans la pharmacie il y a vingt ans, nous sommes maintenant loin derrière l'Allemagne car nous taxons beaucoup plus cette industrie, et avons réussi, à force de complexité, à décourager la réalisation des essais cliniques en France. La pharmacie est la vache à lait de l'Etat et de la Sécu depuis des années.

Modèle social de luxe

Si on veut vraiment réindustrialiser la France comme cela a été dit pendant la crise sanitaire, il convient de faire une petite mise au point : des usines qui ne polluent pas du tout, cela n'existe quasi-pas, produire sans utiliser d'énergie non plus.

Quand on voit les difficultés rencontrées par nos entreprises (biodiversité…), y compris les plus grandes d'entre elles, pour implanter des usines en France, on se demande ce qui compte aujourd'hui le plus ? Moins de 30% d'entre elles arrivent à obtenir toutes les autorisations en vingt-quatre mois. Inciter ou contraindre… ?

On se moque des néoruraux qui refusent d'avoir un coq qui les dérange, on devrait aussi faire notre introspection, voulons-nous vraiment « préserver » ou construire des logements et des usines en France ? Entre naïveté et égoïsme, nous n'aurons pas le droit de nous plaindre quand notre modèle social de luxe s'effondrera sous les coups de boutoir d'une politique qui, sous couvert de bien-pensance environnementale, assèche la possibilité de créer de la valeur ajoutée et des emplois dans notre pays.

La Suisse n'émet pas plus de CO2 que la France, la Suède non plus et elles taxent globalement moins et mettent moins de contraintes sur leur appareil productif.

Le vrai rêve, c'est de vivre dans un pays prospère - ce que devrait être la France - dans lequel les entreprises ne sont pas surtaxées et peuvent innover pour s'adapter aux demandes des clients : plus de bio et moins de pollution à des prix supportables pour les citoyens et les contribuables. Sans idéologie. On en est vraiment très loin.

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