Tribune

Contrairement à ce que prévoit le gouvernement, nous serons à plus de 5 % de déficit en 2026

Toute la mascarade budgétaire à laquelle nous avons assisté avait un seul but avoué : doter la France d’un budget… Un bon budget ? Là n’était pas la question, voyons ! Un budget pour avoir un budget. Cet impératif catégorique fait que ce que nous avons devant nous est l’exact inverse de ce qu’il faudrait faire pour la France : un taux de prélèvements obligatoires qui ne baisse pas, un taux de dépenses publiques qui reste vertigineux. Une dette qui continue d’augmenter pour atteindre un niveau fou de 3637 milliards d’euros à la fin de l’année et une charge de la dette aussi au plus haut historique avec 73 milliards d’euros.

Cet article a été publié dans le journal Le Figaro le 9 février 2026

Peut-on croire que le gouvernement arrivera à tenir les 5 % de déficit public par rapport à la richesse nationale qu’il nous annonce ? La réponse est clairement non ! Sur l’autel de la non-censure du Parti socialiste, c’est toute la stratégie de rétablissement des comptes publics et de la prospérité de la France qui est sacrifiée.

Les années budgétaires se suivent et se ressemblent, malheureusement

Pourquoi l’année 2026 serait-elle meilleure en déficit public que l’année 2025, qui clôture a priori à 5,4 % du PIB ? Rien ne présage d’amélioration sensible. Tous les renoncements du gouvernement nous ont été vendus sur l’autel des fameux 5 % de déficit public : recul sur la réforme des retraites, augmentation des impôts sur les entreprises, recul sur la baisse des dépenses, sur l’année blanche, etc. Regardons 2025 : la prévision initiale tablait sur un déficit de 4,7 % qui s’est aggravé de 0,7 point. En milliards, ça fait 21 milliards d’euros de déficit public en plus par rapport aux prévisions du gouvernement, un dérapage au même niveau qu’en 2024. Les années budgétaires se suivent et se ressemblent, malheureusement.

Toujours les mêmes blocages, toujours les mêmes renoncements. En quoi 2026 serait-elle une année différente de 2025 ? En prenant en compte les mesures nouvelles telles qu’elles sont documentées dans les textes budgétaires pour 2026, on ne tombe pas sur les chiffres annoncés par Bercy. La dépense ne baisserait cette année finalement que de trois maigres milliards d’euros quand les économies annoncées au départ étaient de plus de 20 milliards. Quant aux recettes, loin de la baisse des impôts qui nous est tout le temps promise et remise à plus tard, les mesures nouvelles devraient augmenter les prélèvements obligatoires d’environ 12 milliards, dont quelque 10 milliards à la charge des entreprises.

Tous les engagements de baisser les dépenses et de ne pas augmenter les impôts ont été bafoués. La fameuse boussole du « pas d’augmentation d’impôts » de la macronie a été jetée depuis longtemps par-dessus bord. Certes, les recettes sont mieux rentrées que prévu en 2025 si l’on en croit la situation mensuelle budgétaire de l’État au 31 décembre 2025 tout juste publiée, avec presque 7 milliards en plus par rapport à ce que prévoyait la loi de finances initiale. Mais pas non plus de quoi changer radicalement la donne. Si le déficit budgétaire de l’État est moins élevé que prévu à cause, entre autres, d’un tour de passe-passe sur la dette Covid qui ne trompe personne, cela ne changera pas la donne du déficit public total.

Loin des 153 milliards d’euros affichés par le gouvernement, selon les prévisions du modèle économétrique de l’iFrap, le déficit public sera toujours d’environ 165 milliards d’euros en 2026. Quasiment le même montant de déficit qu’en 2025 ! Donc pas 5 % de déficit public, mais plutôt 5,4 %. 5,4 % surtout, car les recettes publiques sont évaluées bien au-delà des mesures dont nous avons connaissance à ce stade. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire, Moody’s dit aussi que le déficit va dépasser les 5 % en 2026, leur prévision étant de 5,2 %.

Bercy surestime clairement ses recettes pour 2026, misant sur le fait qu’elles augmentent autant qu’entre 2024 et 2025

En tenant compte de la croissance et de l’inflation, qui sont plus faibles que l’an dernier, nous arrivons à des recettes de prélèvements obligatoires inférieures à celles du gouvernement d’environ 13 milliards d’euros. Bercy surestime clairement ses recettes pour 2026, misant sur le fait qu’elles augmentent autant qu’entre 2024 et 2025. Pourtant, plusieurs facteurs vont entraîner les recettes à la baisse : une inflation qui ralentit autour de 1 %, une croissance à l’avenant, une TVA globale qui rentre difficilement (-3,3 milliards d’euros pour l’État entre la loi de finances initiale et son exécution 2025) et, cerise sur le gâteau, des bases cadastrales qui n’ont pas été revues à la hausse avec des élections municipales qui dissuadent les exécutifs locaux d’augmenter les taux. Bon pour les contribuables, mais pas pour les recettes publiques.

Il serait opportun d’avoir plus d’informations de Bercy sur les postes de prélèvements obligatoires dont ils escomptent des recettes supplémentaires (au-delà de l’effet PIB). L’impôt sur les sociétés, les droits de mutation, la CSG, les cotisations sociales, ou l’impôt sur le revenu ? À ce stade, cela reste un mystère ! Alors, un doute légitime s’installe. En dehors des mesures exceptionnelles votées : taxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises et taxe différentielle sur les hauts revenus, le rendement des impôts classiques semble aujourd’hui à la peine. L’effet d’entraînement des meilleures rentrées fiscales en 2026 reste vraiment à démontrer.

Ça veut dire quoi ? Que 2026 va être une année budgétaire périlleuse. Et ce, d’autant plus qu’on ne décèle pas encore de volonté, comme en 2025, d’assurer un gel rigoureux des crédits budgétaires mis en réserve pour près de 10 milliards d’euros et leur annulation en fin d’exercice. Par ailleurs, il semble que le mauvais déficit budgétaire en 2025 à 5,4 % soit tenu par des reports de crédits massifs sur 2026. L’année 2026 sera prise en étau entre les recettes moins bonnes et les reports de dépenses de l’année d’avant. Et 2027, d’autant plus difficile. En effet, 2027 se profile avec un budget impossible à boucler d’autant plus que les taxes exceptionnelles ne seront plus. Ce qui pourrait entraîner un déficit public proche des 6 % en année présidentielle. C’est la fuite en avant. Le réveil budgétaire de la présidentielle 2027 sera rude.