Avec ce budget 2026, la France se saborde
En janvier, habituellement, on a envie de se souhaiter de bons vœux et de se dire que l'année sera pleine de surprises. Là, 2026 commence par une… mauvaise surprise. Une surprise budgétaire. Celle du sabordage de notre économie. La surprise de voir que nous continuons à foncer bêtement dans la même direction : celle de plus de dépenses, plus de taxes, plus de dette et plus de coût annuel de la dette.
| Cet article a été publié dans le journal Les Echos le 22 janvier 2026 |
Il y a pourtant un consensus en France : nous avons trop d'impôts et trop de dépenses publiques. 82 % des Français, selon un sondage Odoxa pour la Fondation IFRAP, souhaitent une baisse des dépenses plutôt qu'une hausse des impôts. Et qu'avons-nous dans le budget 2026 mouture 49.3 ? Nous avons exactement l'inverse ! Une hausse des prélèvements obligatoires en valeur de 44 milliards et une hausse des dépenses publiques de 37 milliards. Tous les engagements de baisser les dépenses et de ne pas augmenter les impôts ont été bafoués.
4 milliards d'économies sur 15 prévus
Sur le volet dépenses, les textes initiaux pour l'Etat et la Sécu prévoyaient environ 15 milliards d'économies identifiables. Il en reste à peine 4. Et encore, il n'est pas certain qu'elles voient le jour, car ce sont principalement des économies sur les dépenses de collectivités qui sont très peu à la main du gouvernement… Les négociations avec les socialistes ont abouti à 9 milliards de dépenses publiques en plus !
Bilan des courses : entre la hausse des dépenses de santé, la suspension de la réforme des retraites, le non-gel des aides sociales, nos dépenses publiques atteindraient sur le papier 56,6 % de la richesse nationale, environ 9 points au-dessus de nos voisins de la zone euro. Un peu moins qu'en 2025, certes, mais qui croit que cela sera tenu alors que cela n'a pas été le cas l'an dernier ?
Sur le volet des recettes, là encore, le PS a poussé au maximum pour des hausses. Sur la grosse douzaine de milliards de nouvelles de hausses de prélèvements obligatoires, une dizaine frappe nos entreprises. Notamment la prolongation de la contribution - qui devait être exceptionnelle - sur les bénéfices à 7,3 milliards. Autre promesse foulée aux pieds : la suppression de la CVAE, taxe de production dont on repousse sans cesse la disparition.
Les ménages ne sont pas en reste : la taxe plancher de 20 % sur les hauts revenus est prolongée alors que son rendement a été divisé par trois avec seulement 650 millions pour 2026 (la prévision était de 2 milliards en 2025) ! Autre reniement : la CSG sur les revenus de placements augmente pour 1,5 milliard ciblant notamment les plans d'épargne retraite de nos concitoyens.
Boucs émissaires
Moralité : la négociation avec le PS et la préservation du gouvernement en place nous auront coûté très cher, à la fois en impôts et en dépenses pour n'améliorer en rien la situation financière de la France. Au contraire. Nous allons en 2026 vers plus de dette que prévu initialement avec 118,2 % du PIB, vers un déficit plus élevé et une charge de la dette plus chère (70 milliards d'euros en 2026). Tout cela sans certitude que les recettes vont bien rentrer.
A court terme et à courte vue, le calcul politique peut se considérer comme gagnant. A moyen et long terme, c'est à un sabotage de notre économie auquel nous assistons, médusés. Et au lieu de faire de la pédagogie pour expliquer comment on crée de la richesse et d'ouvrir la boîte noire des dépenses publiques, on continue de chercher des boucs émissaires : les milliardaires, les entrepreneurs, les retraités… Pendant ce temps-là, la France, selon les données du cabinet Henley, a perdu l'an dernier 800 millionnaires quand l'Italie en a gagné 3.600. Si l'on continue sur notre lancée, cela donnera les résultats suivants : fuite des riches à l'étranger, délocalisation des investissements en cascade… Bonne année quand même !