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Les questions que la canicule pose sur le DPE

Les jours de très forte chaleur qu’a connus la France ont mis en lumière la question des bouilloires thermiques. Selon les données les plus récentes (juin 2026), environ 1 logement sur 2 en France est une « bouilloire thermique ». Pire, 30 % des logements pourtant classés A seraient aussi des bouilloires thermiques. La faute à une isolation mal conçue qui protège du froid, mais conserve la chaleur en été. Inversement un logement équipé d’une climatisation ne sera pas favorisé dans son DPE et peut même être pénalisé, puisque cela augmente sa consommation d’électricité, alors que la question du confort d’été va devenir centrale dans les années à venir. Une situation d’autant plus étonnante que le gouvernement encourage la production d’électricité et, par là même, souhaite l’électrification du pays.

Selon les données les plus récentes (juin 2026), environ 1 logement sur 2 en France est une « bouilloire thermique » (Chiffres clés étude Pouget Consultants pour IGNES, juin 2026). Cette évaluation provient de l’analyse de près de 9 millions de DPE avec indicateur confort d’été. De même 9 logements sur 10 ont un confort d’été moyen ou insuffisant (seulement 1 sur 10 est « bon »).

Le DPE aujourd'hui évalue le confort d'été selon trois niveaux (bon, moyen et insuffisant) et différents critères : protections solaires, isolation de la toiture pour les logements au dernier étage, inertie du logement, caractère traversant et équipement d'un brasseur d'air.

Même parmi les logements récents, seuls 21 % sont classés "bons", 43 sont classés "moyens" et 35,5 % ceux classés comme "insuffisants". 

En outre, l’étude précise qu’en analysant les audits énergétiques, réalisés en cas de vente ou de rénovation des logements les moins performants énergétiquement, le confort d’été n’est que peu pris en compte dans les propositions de travaux. Ainsi, dans près de 60% des cas, l’installation de protections solaires n’est pas prévue dans les préconisations de l’audit pour les logements insuffisamment dotés. Et pour les appartements, seuls 15 % de ceux notés « insuffisant » sortiraient de ce classement après réalisation des travaux préconisés.

Le phénomène touche particulièrement les grandes villes (îlots de chaleur urbains) où plusieurs règles ou pratiques d’urbanisme peuvent favoriser la surchauffe des logements :

  • Coefficient d’Emprise au Sol (CES) élevé qui permet une forte densité avec peu d’espaces libres autour des bâtiments. Cela réduit la ventilation naturelle.

  • Immeubles en « barres » ou tours rapprochées : Favorisent l’ombre portée mutuelle, mais aussi la stagnation de l’air chaud et la réflexion du rayonnement entre façades.

  • Ratios de surfaces vitrées parfois élevés pour des raisons d’éclairement naturel, sans compensation en protections solaires extérieures efficaces.

  • Règles de hauteur et d’alignement (PLU) : Imposent souvent des façades continues sur rue, limitant les traversants.

  • L’isolant employé retient bien la chaleur en hiver, mais ne procure aucun confort thermique en été. Le polystyrène expansé ou la laine de verre laissent par exemple passer la chaleur ;

  • Les logements orientés plein sud et dotés de grandes parois vitrées sans protection solaire sont particulièrement exposés au rayonnement solaire direct, ce qui favorise une montée en température rapide ; 

  • Certains matériaux, comme le béton ou la tôle, emmagasinent la chaleur en journée et la restituent lentement la nuit, empêchant le logement de se rafraîchir ; 

A cela s’ajoutent les zones de bruit qui peuvent rendre plus difficile une aération nocturne (restaurants, proximité d’une route ou d’un aéroport). Tout cela contribue à moins de courant d’air nocturne pour rafraîchir les bâtiments et un DH plus élevé. 

L’indicateur DH (Degrés-Heures) représente sur une année la somme du nombre d’heures perçues comme inconfortables par les occupants, chacune de ces heures étant pondérée par l’écart en °C entre la température calculée et la limite de confort : à savoir 26 °C la nuit (seuil fixe) et 26 °C à 28 °C le jour. Si le DH ne dépasse pas 350 °C.h, le logement est jugé confortable l’été sans nécessité d’installer un système de refroidissement complémentaire.

Pour les logements neufs, la RE2020 a introduit en 2022 l'indicateur DH (Degrés-Heures d'inconfort), qui cumule sur l'année les heures pendant lesquelles la température dépasse le seuil de confort (26 °C la nuit, 26 à 28 °C le jour). En dessous de 350 DH, le logement est réputé confortable sans climatisation. Au-dessus de 1 250 DH (seuil modulable selon la zone climatique, l'exposition au bruit ou le recours à un système de refroidissement), il est non conforme. Le calcul intègre dans ses scénarios la canicule d'août 2003 comme référence climatique (sources : ministère de la Transition écologique, FFB, Cegibat/GRDF, Cerema).

Les habitants des quartiers populaires sont parmi les plus exposés, selon la fondation pour le logement. Mais dans les zones de préservation des centres-villes et du patrimoine, ce sont les exigences esthétiques (secteurs sauvegardés, avis des Architectes des Bâtiments de France – ABF)  qui limitent souvent les stores extérieurs, brise-soleil ou modifications de façades, même quand ils sont nécessaires pour le confort d’été. Plus de 40 % des logements ne seraient pas pleinement équipés de volets. 

VillePart de bouilloires thermiques (approx.)
Lille> 70 %
Paris~ 68 %
Bordeaux, PerpignanTrès élevées (parmi les plus hautes)
Lyon, MarseilleÉlevées

Les régions du Nord et Nord-Est ainsi que certaines zones urbaines denses montrent souvent des taux plus élevés d’indicateurs « insuffisant », même si elles sont moins exposées aux canicules extrêmes que le Sud. Cela s’explique en partie par le manque de protections solaires et la densité urbaine.

Les départements les plus touchés concernent l’Île-de-France, le Nord, et certains départements du Nord-Est.

Les villes mieux classées incluent Nice, Villeurbanne ou Tours (meilleur confort d’été relatif). Le Sud peut au contraire présenter de meilleurs résultats grâce à des constructions traditionnelles ou plus d’adaptations locales, mais reste vulnérable lors des canicules. De plus, l’indicateur DPE ne prend pas parfaitement en compte les zones climatiques : l'indicateur ne considère pas le besoin plus important d’adapter les logements dans les zones les plus exposées.

Un point important souligné par l’étude tient au fait que l'indicateur ne tient pas compte de la localisation du logement. Ainsi, "les logements mal notés sont surreprésentés dans les zones rurales alors qu’ils sont moins à risque de surchauffe, tandis que les grands centres urbains exposés aux effets d’ilot de chaleur concentrent moins de logements inadaptés au sens de l’indicateur du DPE".

La ville de Bordeaux a été particulièrement citée pour les conséquences de ses règles strictes concernant le centre-ville situé dans le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV). Le journal Sud-Ouest cite le cas d’un propriétaire d’appartement au deuxième étage, avec chambre sous les combles, des fenêtres qui donnent à l’ouest. « Pour avoir des volets en bois, il faut l’accord de la copropriété et l’avis des Bâtiments de France. », idem pour une propriétaire qui a voulu poser des volets à ses fenêtres. « Mon architecte s’est renseigné auprès de la mairie il y a quatre ans, on lui a répondu que c’est impossible : notre immeuble est du XVIIIe siècle, les volets extérieurs ne sont pas autorisés. Pourtant, ce sont les seuls qui permettent de se protéger vraiment. » Le règlement d’urbanisme est très strict en centre-ville (PSMV) : les climatiseurs sont interdits s’ils sont visibles depuis la rue, les fenêtres et volets en PVC aussi…

Ce qui est plus surprenant et que l’on a découvert, c’est que les bouilloires thermiques touchent aussi des logements rénovés ou neufs qui ont priorisé l’isolation hivernale sans protections solaires. Dans ce cas, une isolation très performante pensée se révèle inadaptée pour le confort estival :

On parle d’« effet thermos ». De nombreux travaux d’isolation, d’étanchéité et de rénovation énergétique réalisés pour atteindre les classes A ou B aggravent parfois le problème. D’où ce chiffre étonnant de l’étude Pouget Consultants/IGNES, qui estime jusqu’à 30 % des logements classés A qui seraient des bouilloires thermiques. Et toujours selon cette étude, le nombre de logements adaptés aux fortes chaleurs ne progresse pas. 

Ce qui fait dire à la déléguée générale d’IGNES, Anne-Sophie PERRISSIN-FABERT : « Malgré des alertes réitérées ces dernières années par les associations, élus et professionnels, l’adaptation des logements ne progresse pas. Les mesures du PNACC se font attendre et l’absence de dispositions dans l’avant-projet de loi de relance du logement a surpris. Des réponses rapides peuvent être apportées ; nous demandons de réunir les acteurs pour passer enfin à l’action. » 

Les associations professionnelles appellent à une meilleure prise en compte du confort d’été passif (sans systèmes actifs consommateurs d’énergie) dans les réglementations techniques et DPE.

En revanche, la climatisation (ou tout système de refroidissement actif) n’est pas prise en compte pour améliorer l’indicateur confort d’été. Le taux d'équipement des ménages français en climatisation était selon l’ ADEME de 24 % en 2025. Jusqu'à 50 % des logements climatisés dans le Sud méditerranéen, 11 % en Bretagne, selon les données utilisateurs de Hello Watt.

Ainsi, même avec une climatisation, un logement peut être classé « moyen » ou « insuffisant » en confort d’été si les protections solaires, l’inertie ou la ventilation naturelle sont insuffisantes. De plus, la climatisation augmente la consommation d’énergie théorique prise en compte dans le DPE (car elle consomme de l’électricité en été). Cela peut donc pénaliser la note DPE (consommations + émissions GES), à l’exception des pompes à chaleur réversibles. Cette situation est paradoxale : si le gouvernement cherche à encourager l’électrification dans le logement, la pose d’une PAC n’est pas chose simple en milieu urbain. A défaut, une climatisation permettrait d’améliorer le confort d’été alors que selon l'enquête Ipsos BVA réalisée pour Bouygues Immobilier entre le 1er et le 7 avril 2026 sur un échantillon représentatif de 1 000 personnes, 57 % des acquéreurs placent la résistance d'un logement aux canicules parmi leurs critères de choix et 80 % des Français déclarent souffrir de la chaleur chez eux au moins une fois par an, et même 22 % envisagent de déménager pour un logement moins vulnérable à la chaleur et 21 % vers une région plus fraîche.

Plus que jamais ce sujet remet en lumière le calcul du DPE en prenant en compte l'énergie primaire et non l’énergie finale consommée qui contribue à pénaliser l’usage de l’électricité par l’application d’un coefficient de conversion, initialement de 2,58, passé à 1,9. Le paradoxe c’est que l’électricité qui est promue dans notre vie courante pour remplacer l’usage des énergies fossiles, se retrouve pénalisée0. Encore une illustration des aberrations de notre DPE.