Tribune

Si on pouvait explorer et exploiter les gisements, Total paierait plus d’impôt sur les sociétés en France !

Cet article a été publié dans le journal Ecologie 360 le 9 juillet 2026.

L’entreprise Total est régulièrement la cible de toutes les attaques… Et ce depuis longtemps, souvenons-nous que le pétrolier devait être sponsor des JO 2024 et avait été bloqué par la mairie de Paris. Total ne paierait pas assez d’impôts en France, ferait des super profits, serait profiteur de guerre … Lors de ses auditions à l'Assemblée nationale, les dirigeants du groupe ont rappelé la réalité globale de ce partage : pour 2025, le groupe a généré 62 Md€ de valeur ajoutée globale, répartie principalement entre les impôts (TotalEnergies se positionnant comme l'entreprise française la plus taxée au monde avec un taux d’imposition de 40 % à hauteur de 19 Md€) et les investissements qui s'élèvent à 17 Md€. Sur ces 17 milliards d'euros d'investissements annuels, une moitié est mobilisée pour garantir la souveraineté énergétique à court terme, et la seconde moitié est injectée dans l’énergie de demain (comme l’électricité ou le renouvelable avec plus d'un milliard d'euros alloué spécifiquement au territoire national).

Certes, Total est une entreprise française mais la part de la France ne représente qu’environ 22 % à 23 % du chiffre d'affaires mondial du groupe. La plupart des impôts sur les sociétés ou de production sont payés par Total à travers le monde aux pays producteurs. Pourquoi ? Tout simplement car c’est là ou sont réalisé les extractions pétrolières et gazières que sont dues les taxes. Pour autant, TotalEnergies demeure un contributeur net majeur au budget de l'État : le groupe reverse une somme considérable en taxes de production et en cotisations patronales (dépassant 2 milliards d'euros de contribution publique directe), sans oublier son rôle de collecteur d'impôts pour le compte de Bercy via la TVA et la TICPE (soit entre 15 et 18 milliards d'euros de fiscalité indirecte collectée par an). 

À cet égard, cette fiscalité d'État reste, de loin, le principal composant du prix au litre payé par le contribuable en France. Consciente de son rôle sociétal, l’entreprise pratique une forme de « préférence nationale » :  Il a ainsi annoncé prolonger, durant le conflit en Iran, le blocage des prix des carburants qu'il pratique dans ses 3 300 stations-service, à savoir un plafond de 1,99 euro le litre pour l'essence et 2,25 euros pour le diesel. Cela représente un coût net direct d’environ 600 M€ pris sur les marges de l’entreprise au profit des automobilistes français. 

Vouloir taxer plus la marge de Total au moment précis où les entreprises doivent opérer leur mue industrielle est un calcul à double tranchant. Si l'État choisit de siphonner les marges des géants énergétiques, ces derniers réduiront mécaniquement et immédiatement leurs investissements dans le verdissement de leur modèle (éolien, solaire, déploiement des bornes électriques). Voire quitteront la France. On ne peut pas exiger d'un leader industriel qu'il finance la transition écologique française tout en vidant ses caisses dès qu'il dégage les capacités de financement nécessaires. D’autant que ces marges lui servent à s’auto-assurer et à se financer.

Si l’on voulait que Total paie plus d’impôt sur les sociétés en France il faudrait explorer et exploiter le gaz de schiste et le pétrole que nous avons ou pourrions avoir dans nos territoires métropolitains et ultra marins et dans les eaux françaises. En France, la loi interdit toute exploitation (Loi Jacob (13 juillet 2011) des hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique. Et en 2017 la loi Hulot a mis fin à l’exploration et à l’exploitation de tous les hydrocarbures (conventionnels et non conventionnels) sur le territoire français d’ici 2040. Cela rend toute prospection de gaz de schiste ou équivalent impossible. Et donc par ricochet rend pour le géant énergétique chimérique toute augmentation de sa contribution d’IS en France. A moins de changer la loi et d’ouvrir les yeux sur le sujet de la souveraineté énergétique.