Bruxelles doit aller beaucoup plus loin et reconnaitre le nucléaire comme durable
La présidente de la Commission européenne, Ursula Van der Leyen entame une sacrée volte-face en reconnaissant enfin que l’UE a fait une « erreur stratégique » en réduisant les investissements dans le nucléaire civil en Europe. Enfin, la Commission reconnait la bêtise de toutes ces années d’ukases envers les États membres pour réduire la part du nucléaire civil dans leur production d’électricité. Alors même que le nucléaire est une source d’énergie fiable, économique et encore plus décarbonée que l’éolien ou le photovoltaïque. Il aura fallu attendre 2022 et l’invasion de l’Ukraine pour que le nucléaire soit reconnu comme une énergie « verte » par Bruxelles et la guerre au Moyen-Orient pour que Bruxelles comprenne qu’il va falloir aller beaucoup, beaucoup, plus loin.
Cet article a été publié au mois de mai 2026 dans le magazine Ecologie360. |
Mais, à ce stade, le changement de paradigme attendu après l’aveu de la Présidente de la Commission est une illusion, car il ne se traduit pas par un soutien au nucléaire. En effet, sur le chemin de la neutralité carbone en 2050, Bruxelles impose, sous menaces d’amendes, d’atteindre au moins 42,5 % d'énergie renouvelable dans le mix électrique d'ici 2030. Et on ne peut pas dire que pour l’instant la PPE 3 (programmation pluriannuelle de l’énergie) aille dans ce sens… La PPE 3 de la France est une planification énergétique jusqu’en 2035 fondée sur des textes européens qui continuent à mettre la pression maximale pour plus d’EnR. C’est tout le paradoxe de la période que nous vivons : il y a un réveil bruxellois mais pour l’instant, ce réveil est très théorique.
La Cour des comptes vient d’ailleurs de nous dire que les subventions accordées aux EnR coûtent trop cher à l’Etat avec plus de 7 milliards en 2025, que nous finançons notamment avec l’ex-TICFE, taxe que nous payons tous sur l’électricité quelle qu’en soit l’origine. Et la Commission de régulation de l’Energie (CRE) annonce pour 2026 une envolée de la Charge de service public de l’énergie, dédiée en grande partie aux subventions aux énergies renouvelables électriques, à 10 Mds€ environ d’autorisation d’engagement (AE) de dépenses, et de 9,58 Mds€ de crédits de paiement (CP). Pour un ménage avec une petite maison chauffée à l’électricité, c’est dans les 30 euros par mois de taxe pour financer le renouvelable.
Et la Commission européenne d’accentuer sa pression sur notre pays. Pour ce retard sur l’objectif 2020 (23 % non atteint), la France risquerait environ 500 à 960 millions d’euros de pénalités selon les estimations de la Cour des comptes européenne et de la Commission. Or, le mix électrique français produit déjà, surtout grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité, 521 TWh d’électricité bas carbone pour une consommation de 451 TWh en 2025. Notre mix électrique est un des plus performants sur le plan climatique. L’Allemagne, qui passe pour bonne élève avec 60% d’EnR dans son mix en énergétique, émet 330g CO2 par kWh d’électricité produit. La France, réputée cancre avec 27% d’EnR et qui encourt des sanctions, émet 19,9g par kWh produit (chiffre RTE pour 2025) soit plus de 16 fois moins.
C’est une situation ubuesque car, si le nucléaire était pris en compte en tant qu’énergie décarbonée dans les objectifs de transformation du mix électrique, c’est bien plus que 42,5 % que cela représenterait pour la France mais plutôt 90%. Certes, les éoliennes et les panneaux solaires produisent peu de CO2 (respectivement 14 g et 44 g par kWh), mais plus que le nucléaire, soit 4 g par kWh. En revanche le vent est intermittent et il faut compenser l'intermittence par des centrales thermiques qui, elles, produisent beaucoup de CO2, environ 420 g/kWh. L’exemple de l’Allemagne est particulièrement illustratif sur ce point.
Il faut maintenant exiger de Bruxelles que la France soit reconnue comme ce qu’elle est déjà : le meilleur élève de l’Union en production d’électricité décarbonée grâce au nucléaire et que notre nucléaire soit reconnu comme moyen de production durable et bas carbone au même titre que les autres moyens bas carbones. Et de plus, conformément au traité Euratom, la commission devrait soutenir le développement des réacteurs à fission de 4ème génération, surgénérateurs et brûleurs de déchets nucléaires (en attendant la fusion qui sera l’étape d’après avec zéro déchets nucléaires à une date encore indéterminé en fonction des percées scientifiques et techniques et du développement de l’IA en la matière pour la maîtrise des plasmas).
C’est ce que le gouvernement français vient clairement de proposer lors du dernier Conseil de politique nucléaire en mars 2026. C’est dès maintenant que l’Union doit faire le pari de l’énergie nucléaire comme une brique essentielle du mix électrique européen. Notre avenir énergétique et notre souveraineté en la matière sont en jeu. D’où notre proposition de remplacer le mot « renouvelable » par « durable et décarboné » dans les objectifs européens. Pour que le nucléaire compte vraiment.