Retraite

Retraites : les mesures d'âge reviendront par la fenêtre

27 janvier 2020 • Agnès Verdier-Molinié

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Alors, avec l'âge pivot, les mesures d'âge pourraient être enterrées d'ici à 2027 ? Que nenni.  L'âge pivot à 64 ans est provisoirement retiré en attendant que les syndicats « réformistes » trouvent des pistes intelligentes pour équilibrer les comptes des retraites d'ici à 2027. Il faut trouver de 12 à 15 milliards d'euros par an à partir de 2025.

Mais de solution intelligente, on n'en voit pas beaucoup sortir. Le mythe de la cagnotte facile à utiliser qui se tapirait dans quelque placard de la République sociale a la vie dure. Sauf que de cagnotte, point. La première piste est tout bonnement stupide, elle consiste à augmenter les cotisations sociales qui pèsent sur le travail ou les impôts dans le pays le plus imposé au monde (cf. les 46,1 % de prélèvements obligatoires). Que des experts puissent proposer cela dignement est à se tordre de rire.

Mesures de bonneteau

D'autres proposent d'utiliser la CRDS, car la dette sociale arriverait, soi-disant, à extinction en 2024, mais rien n'est moins sûr puisque la fin de la dette sociale a été annoncée déjà pour 2009 et pour 2014… et on ne l'a pas vue. Par ailleurs, on a déjà promis les 7,5 milliards de manne de la CRDS au financement de la dépendance. De surcroît, plus 40 milliards de nouvelles dettes sociales se seront accumulées dans l'Acoss en 2022 et il faudra bien leur trouver une caisse d'atterrissage, peut-être en recyclant la Cades.

D'autres proposent d'utiliser le fonds de réserve des retraites ce qui n'est pas plus crédible puisqu'au sein de ce fonds d'environ 35 milliards, seulement 17 milliards d'euros pourraient être utilisés alors que le déficit sera précisément de 15 milliards en 2025 et de 22 milliards en 2030, selon le Conseil d'orientation des retraites - donc de quoi tenir une année et pas plus !

D'autres encore proposent d'utiliser les cotisations au FNAL (cotisation logement), ce qui pénaliserait les PME qui en sont aujourd'hui en partie exemptées.

Ces mesures restent des mesures de bonneteau court-termistes qui ne sont pas crédibles pour équilibrer les comptes.

Pas d'alternative au report d'âge

La CFDT se fait conseiller par des experts pour aboutir à des propositions qui permettent d'équilibrer (à juste titre) le système avant de passer au régime universel. Ils ne pourront pas, comme le précise la lettre du Premier ministre faire des propositions qui aboutiraient à augmenter les cotisations ou à baisser les pensions.

Alors que faire me direz-vous ? Tout simplement reporter l'âge en explorant les pistes suivantes. Première piste : accélérer la réforme Touraine en passant d'un trimestre tous les trois ans à un trimestre tous les ans, ce qui permettrait de faire passer à 43 trimestres la génération 1963 au lieu de la génération 1973 et de générer de 5 à 6 milliards d'euros d'économies à l'horizon 2027.

Autre piste : mettre en place un âge pivot temporaire, comme c'est le cas déjà à l'Agirc-Arrco avec l'âge pivot à 63 ans, introduit en 2015 avec les signatures de la CFDT, de la CFE-CGC et de la CFTC (mais qui a un effet faible, car la décote est seulement de 10 % pendant trois ans), en le généralisant avec une décote entre 15 et 20 % sur trois ans pour avoir un effet important et un maximum de 6 milliards d'euros d'économie.

Enfin, supprimer la possibilité de partir plus tôt pour ceux qui ont cotisé plus de 5 trimestres avant 20 ans pour une économie estimée à 3 milliards d'euros par an.

Toutes ces mesures ne pourront pas forcément être prises de concert et certaines économies se recoupent, certes, mais le « cocktail de mesures » passera par là. Que les syndicats le veuillent ou non, l'équilibre des systèmes de pensions est d'abord une question d'âge.

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