Fonction publique et administration

La masse salariale de l'État n'a pas fini d'augmenter

15 octobre 2020 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Et encore presque 2 milliards de plus en dépenses de personnel de l'État entre 2020 et 2021. 133 à 135 milliards d'euros. Un écart surtout porté par l'augmentation du volume de la masse salariale qui passe à 78,1 milliards d'euros. Depuis le début du quinquennat, on assiste à une augmentation de 5,6 milliards d'euros de la masse salariale, soit plus que sous le quinquennat précédent avec 4 milliards.

À compter du quinquennat d'Emmanuel Macron cependant, et dès le départ, malgré la promesse de 120.000 suppressions de postes, les dépenses de personnel au total ont augmenté de 2 milliards d'euros par an.

Cette hausse en 2021 s'explique principalement par des primes ou mesures indemnitaires collectives pour 673,2 millions d'euros, mais aussi par des dépenses atypiques (restructuration, indemnisation des heures supplémentaires, etc.) pour 643,6 millions ainsi que par la faiblesse des départs en retraite comparé aux nouvelles embauches et aux progressions de carrière (443,6 millions d'euros).

L'augmentation de la masse salariale est aujourd'hui donc presque entièrement le fait de mesures catégorielles et individuelles, alors même que les mesures générales (point de fonction publique) sont officiellement gelées depuis 4 ans. Par ailleurs, le quatrième levier, celui de la maîtrise des effectifs de la fonction publique d'État, ne peut pas compenser ces hausses. La promesse de suppression de 120.000 postes (50.000 pour l'État et 70.000 pour les collectivités locales) annoncée pendant la campagne présidentielle a été abandonnée officiellement le 24 juillet 2019.

Plus grave, d'année en année les suppressions de postes affichées par l'État dans les budgets votés au Parlement ne sont pas respectées. Comme l'a relevé la Cour des comptes, l'objectif de -1.600 postes en 2018 sur l'État et les opérateurs n'a pas été tenu, ni a fortiori celui de -4.200 postes sur le même périmètre l'année suivante. Bilan, depuis 2017, en équivalents temps plein travaillés, les plafonds d'emplois de l'État et de ses agences n'ont pas baissé mais augmenté de 7.700.

On ne peut que constater cette tendance en 2021. Les plafonds d'emplois affichent clairement pour 2021 : +2.440 postes pour l'État et +3.039 postes pour les opérateurs. Soit environ 5.500 de plus. Bien loin de la baisse de 157 postes affichée officiellement par le gouvernement. Dans ces conditions, on comprend bien que la masse salariale n'a pas fini d'augmenter. Une tendance lourde se dessine avec risque de gros lâchage en 2022, année électorale...

Commentaires

  • Par bernard maroy • Posté le 17/10/2020 à 20:30 L'Etat est confronté à une équation insoluble. Comment faire pour changer de cap sans perdre son électorat ? Il est beaucoup plus facile d'emprunter plus pour payer plus des employés mécontents, même si leur problème principal n'est pas le salaire.
  • Par pragmatic • Posté le 17/10/2020 à 16:51 le problème de fond est que les dirigeants administratifs et politiques n'ont jamais eu de vraies responsabilité dans la vraie vie. Ils ont donc un manque de culture de gestion et management absolu, ils ne savent pas faire et désavouent le moindre cadre qui voudrait faire avancer le système. C'est le système pas de vagues. En plus ils refusent les réformes parce que les 1600 commissions théodule, les mille feuille, conseils, cours...c'est le réservoir à recyclage, les placards dorés. C'est même ce qui est enseigné à l'ena (je renvoie au livre d'A Verdier Molinié, ce que doit faire le prochain président, p118, incroyable qu'on enseigne en bon français le détournement d'argent public en bandes organisées !!)). Pas assez d'infirmières, de toubibs ? on créé les agences régionales de santé, + départementales, °+ haute cour de santé et on baisse leurs effectifs pour équilibrer les comptes.....Donc de fait, on se retrouve avec les services les plus couteux et parmi les plus médiocres, l'anti-gestion absolue.
  • Par pragmatic • Posté le 17/10/2020 à 16:31 les effectifs du secteur public et les budgets obéissent à la loi des gaz : le gaz prend la totalité du volume du contenant et donc est en expansion permanente puisqu'il n'y a aucune de maitrise du contenant. A l'inverse, en cas de baisse d'effectifs et de budget identifiés utiles, ces variables subissent la loi des liquides : c'est incompressible, aucun euro à économiser... Le fait de dirigeants politiques et administratifs qui considèrent qu'ils n'ont aucun objectif de performance, d'efficacité, de pilotage par les objectifs, de résultats, qu'ils traitent que les sujets qui les intéressent en oubliant de manager et gérer leur périmètre. Ce sont des intermittents de leurs missions, missions pour lesquels on les paye pourtant trés cher et de façon imposée. J'entendais un patron du CAC qui disait sur une antenne, mais nous dans les entreprises, on analyse, on hiérarchise, on arbitre, on décide, on pilote dans la plus grande réactivité en traitant tous les sujets majeurs...mais qu'est ce qu'il foutent les politiques ? eh oui, une autre planète où quoiqu'on dise et quels que soient les gaspillages monstrueux identifiés par le cour des comptes (et ifrap), il ne se passe rien..les citoyens les payent pour cette gréve permanente. Pas étonnant qu'il y ait un tel rejet des politiques parce que si la France était bien gérée, on passerait de bonnet d'âne à premier d'Europe. Un gâchis colossal et révoltant.
  • Par Le Guérandais • Posté le 17/10/2020 à 12:34 Certes, mais il faut nuancer. Car effectivement globalement il y a bien trop de fonctionnaires en France : plus de cent fonctionnaires pour administrer 1000 habitants, alors que la moyenne européenne est à 50 et qu'en Allemagne il en faut 60! La nuance est à faire au niveau de la distribution de ces effectifs : trop de fonctionnaires inutiles ( les non enseignants à l’Éducation Nationale par exemple : plus de 12% des effectifs alors qu'il faudrait se situer à 6%) et pas assez d'opérationnels : santé, forces publiques, justice... L'explosion de la masse salariale est essentiellement due au fait qu'il est indispensable d'augmenter les effectifs "utiles" , à condition de supprimer les "inutiles"! Or cette suppression n'est pas faite. Il faut impérativement faire évoluer le statut du fonctionnaire : à part la fonction publique "régalienne", qui doit effectivement se réclamer de ce statut, le reste devrait relever des contrats du travail privés et classiques. Cela permettrait, entre autres, de muter les fonctionnaires "inutiles" vers des postes "utiles" dont nous avons tant besoin.Or le statut actuel de la fonction publique ne le permet pas. Le fonctionnaire actuel est titulaire de son poste! Ce qui est une véritable aberration. Même dans le cas de la fonction publique régalienne! Cette ineptie ne permet absolument pas de gérer les ressources humaines. De plus supprimer des postes ne va pas augmenter le taux de chômage. Bien au contraire. Dans une entreprise si nous mettons deux comptables alors qu'un seul est suffisant, généraliser ce comportement conduira inexorablement l'entreprise au dépôt de bilan. Et là c'est la totalité de l'effectif qui se retrouve à l'ANPE! Le travail appelle le travail. Tous les pays qui ont compris cela ont des taux de chômage acceptables. En France, les 35 heures, l'assistanat social hyper développé, l’insuffisance de notre tissu économique au niveau de la moyenne entreprise, l'hypertrophie de la fonction publique etc... ont mis notre pays dans une situation catastrophique. Et cela on n'en parle pas, le sujet est tabou. Il vaut mieux déblatérer sur la lutte des classes, sur les riches etc... que de tenir des propos économiques réalistes. De toute urgence nous avons besoin du développement d'une politique de l'offre et non d'une politique de la demande. N'en déplaise à la gauche française déjantée!
  • Par henry • Posté le 17/10/2020 à 09:32 Les 3 FP sont électoralement une masse de manoeuvre très importante En 2022, elles seront à nouveau privilégiées & "récompensées"...la FH le méritant Le budget n'en sera que + déficitaire: "Qu'importe le vin pourvu que l'on ai l'ivresse"
  • Par liberal 003 • Posté le 16/10/2020 à 19:14 Quand cette hausse perpétuelle va-t-elle cessée? Plus d'emplois public = 2 à trois fois moins d'emplois privés et moins de croissance! Quand va-t-on supprimer le statut de la fonction publique pour les fonctions non régaliennes, décentraliser les responsabilités chez les payeurs (Etat, Régions, Départements, Communes), nommer des responsables qui ont des objectifs de productivité et de performances? Quand l'Etat cessera-t-il de s'occuper de tout et de tout mal faire?
  • Par Patmic • Posté le 16/10/2020 à 18:41 Notre pays est dirigé par des Inspecteurs des Finances qui sont, par leur statut de hauts fonctionnaires, nommés à vie et qui pourtant ont conduit la France à conjuguer à la fois le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé d'Europe et en parallèle l'un des plus lourds déficits de la zone Euro. (2400 Milliards de dette publique et désormais 110% du PIB). Au regard de ces constats, les fonctions publiques (d'Etat, hospitalières, hors collectivités territoriales) devraient disposer d'importants moyens en investissement et en fonctionnement. Or, ce n'est manifestement pas le cas, si l'on considère le manque de moyens notamment sur les ministères dits régaliens ou au sein du ministère de la Santé. Notre pays est de facto mal géré. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Mais rien ne change... ces technocrates prétendent donner des leçons d'économie et de finance et demeurent en outre incapables de défendre les intérêts vitaux de notre pays auprès de l'Union Européenne. Notre contribution nationale auprès des instances européennes en est la preuve. Les générations futures continueront à payer l'incurie de nos gouvernants et de la haute Fonction Publique qui en constitue le bras armé.

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