Europe et international

Europe : pas une définition unique du confinement

13 janvier 2021 • Manon Meistermann

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Alors qu’Emmanuel Macron assumait récemment gérer la crise “d’une semaine à l’autre”, l’incertitude demeure sur le retour d’un confinement ou d’un durcissement des restrictions en France et ce, alors que nombre de nos voisins européens ont entamé une nouvelle période de confinement de leur population. Sauf que, lorsqu’on compare les règles sanitaires pays par pays, on constate que confinement ne veut pas dire la même chose partout.

Déjà, il y a des mesures qui ont été prises partout, notamment la fermeture des lieux de la culture, des salles de sports et l’interdiction des grands rassemblements ainsi que l’encouragement du télétravail.

Ensuite, on trouve les pays en “semi-confinement” comme l’Espagne, l’Italie, la Hongrie, la Pologne et la France. Les caractéristiques principales sont :

  1. La mise en place d’un couvre-feu nocturne qui débute entre 20h et minuit selon les territoires,
  2. Des établissements scolaires, des commerces et des restaurants à “demi-fermés”.

De manière générale, les établissements scolaires restent ouverts à l’exception des lycées et de l’enseignement supérieur (selon les régions en Espagne) et les fermetures administratives des commerces et des restaurants varient selon les pays : par territoire en Italie (en fonction de la situation sanitaire selon 3 niveaux) et en Espagne (fermetures décidées par les régions), tandis que la Hongrie a choisi de fermer ses restaurants mais de maintenir tous ses commerces ouverts. La France se place dans une situation similaire à la Hongrie, avec un couvre-feu, des restaurants fermés, des commerces ouverts et un enseignement supérieur en distanciel. Cependant, nous nous distinguons sur la part d’enseignement à distance pour les lycées (50% max et selon l’organisation de chaque établissement) et sur l'avancement du couvre-feu à 18h dans les départements les plus touchés. D'ailleurs si le gouvernement opte pour une généralisation du couvre-feu à 18h (avec ou sans confinement le week-end), la France se retrouverait dans une situation unique (et hybride) en Europe.

En face, on trouve les pays avec une population “confinée” comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, les Pays-Bas, l’Autriche et la Lituanie. C’est le niveau de restrictions le plus sévère et il est généralement accompagné par la fermeture totale (ou partielle comme au Pays-Bas) des établissements scolaires, ainsi que celles des restaurants et des commerces non essentiels (détails, ainsi que lieux de la culture et structures sportives). La fréquence des transports en commun peut être réduite (notamment en Irlande et aux Pays-Bas) et la population est appelée à restreindre ses déplacements : si l’Allemagne et l’Irlande imposent une restriction de kilomètres (respectivement 15 et 5 km autour du domicile), les Pays-Bas et l’Angleterre misent sur le bon sens de chacun… avec des sanctions lourdes en cas d’abus pour l’Angleterre (de 1 000 à 10 000 livres en cas de récidives) qui est, cependant, le seul pays à ne pas imposer le port du masque dans les lieux publics.

On trouve une exception toutefois au Portugal qui était soumis à un couvre-feu jusqu’à présent mais repasse en confinement général dès le vendredi 15 janvier… tout en maintenant les établissements scolaires ouverts. 

Les détails pays par pays :

  • En Angleterre, un confinement général a débuté le 4 janvier dernier (fin décembre, les ¾ de la population anglais était soumis au plus haut niveau de restrictions et la zone de Londres était déjà confiné) et ce, jusqu’à début mars où les règles pourront commencer à s’atténuer en fonction de la situation sanitaires. Les écoles et les établissements scolaires sont fermés, les commerces non essentiels et les restaurants aussi hormis le click and collect, la vente à emporter et la livraison. Notons que le port du masque n’est pas obligatoire à l’extérieur et qu’il dépend des règles décidées par chaque enseigne, concernant son port à l’intérieur. Il s’agit d’un confinement semblable à celui de mars-avril 2020, le télétravail est encouragé quand cela est possible et les foyers anglais sont priés de rester “près de chez eux” et de ne pas se réunir en intérieur (hormis pour les personnes seules qui peuvent visiter leur “bulle” une fois par jour), en extérieur deux foyers peuvent se retrouver. Ainsi, la population n’est pas soumise à une restriction de kilométrage mais la police peut sanctionner les abus. D’ailleurs, si les règles sont moins strictes que celle du confinement qu’a connu la France en mars-avril 2020, les amendes en cas de manquements flagrants sont beaucoup plus importantes. Si l’amende française est de 135 euros et monte à 1 000 euros dès le troisième manquement, elle commence à 1 000 livres en Angleterre et peut monter jusqu’à 10 000 livres en cas de récidives, de manquements graves ou de non-respect d’une quarantaine. 
  • En Irlande, le confinement a repris depuis le 31 décembre 2020. Les établissements scolaires dont la rentrée 2021 a été décalée sont finalement restés fermés, au moins jusqu’à fin janvier. Les commerces non essentiels et les restaurants ont également dû fermer hors clic and collect, livraison et vente à emporter. La vente d’alcool à emporter est néanmoins interdite. Le Premier Ministre irlandais, Micheál Martin, a déjà annoncé que ces fermetures pourraient durer jusqu’à mars 2021. Le port du masque, lui, est obligatoire dans les lieux publics et les rassemblements et les visites sont interdits à l’intérieur (hors motifs familiaux impérieux). A l’extérieur, une personne extérieure peut retrouver les membres d’un foyer. Les déplacements, eux, sont limités à 5 km autour du domicile.
  • L’Allemagne connaît un confinement très similaire depuis le 16 décembre : commerces non essentiels et restaurants fermés (hors clic and collect, livraison et vente à emporter) et les écoles qui devaient reprendre une semaine plus tard restent finalement jusqu’à fin janvier minimum. La Chancelière évoque désormais même un confinement qui pourrait durer jusqu’à mars-avril. Comme en Irlande, les rassemblements et les visites sont interdits à l’intérieur (hors motifs familiaux impérieux) mais une personne seule peut retrouver les membres d’un foyer en extérieur. Les déplacements, eux, sont limités à 15 km autour du domicile (mais seulement dans les zones où le taux d’infection dépasse les 200 pour 100 000 hab. sur 7 jours) par les Land qui gèrent également les règles encadrant les quarantaines.
  • Enfin au Pays-Bas, la situation est semblable depuis le 14 décembre 2020 avec des commerces non essentiels, les restaurants et les écoles (seulement primaires et gardes d’enfants) fermés jusqu’à la mi-février pour l’instant. Comme ailleurs, seuls le click and collect, la vente à emporter et la livraison ne sont autorisés pour les établissements fermés. Les enfants dont les parents assurent une profession essentielle (santé, police, etc) sont accueillis dans les écoles fermées. Le télétravail est encouragé lorsqu’il est possible et les transports ne peuvent être empruntés que pour des motifs essentiels. La population n’est pas soumise à une restriction de déplacement mais un foyer ne peut accueillir qu’une seule personne extérieure par jour. 
  • L’Espagne est soumise à un couvre-feu national qui doit débuter entre 22h et minuit selon les régions. Tous les lieux visités par du public doivent garantir une distance de 1,50m entre les individus qu’ils soient clients ou employés. Pour les fermetures d’écoles et des commerces, se sont les régions qui gèrent localement : ainsi, la Catalogne a choisi le 7 janvier dernier de fermer ses centres commerciaux et les salles de sports. La région a également choisi de maintenir l’enseignement supérieur en distanciel et de repousser la rentrée scolaire 2021 au 11 janvier. Les restaurants ne peuvent ouvrir qu’à l’heure du déjeuner. Enfin, la région interdit à certains de ses habitants de quitter leur ville sans raison valable (notamment Barcelone). Ce sont, en effet, les régions qui décident des limitations de déplacements et d’une fermeture de leurs frontières. 
  • L’Italie aussi vit sous couvre-feu de 22h à 5h du matin mais le pays est divisé en plusieurs zones selon 3 niveaux de gravité de la situation sanitaire : jaune, orange et rouge, avec des mesures plus ou moins restrictives. Par exemple, dans les zones jaunes, les restaurants peuvent ouvrir jusqu’à 18h, ils sont fermés dans les zones oranges et rouges, sauf pour la livraison et la vente à emporter. Au niveau des commerces, les commerces non essentiels sont fermés uniquement dans les zones rouges… et sur tout le territoire, les écoles primaires et les collèges sont ouverts tandis que les lycées et l’enseignement supérieur se font en distanciel jusqu’à la fin du mois au moins. Le télétravail est encouragé et un foyer ne doit pas recevoir plus de 6 personnes en un mois.
  • Enfin, en Hongrie, depuis le 11 novembre 2020, un couvre-feu est en place de 20h à 5h du matin et les rassemblements sont interdits. Les lycées et l’enseignement supérieur passent, eux, en distanciel tandis que les écoles et les collèges peuvent accueillir les élèves. Le télétravail en encouragé, pour ceux qui doivent maintenir une activité en présentiel, une attestation de déplacement de l’employeur est demandée et des contrôles effectués. Le pays a également décrété que le stationnement était gratuit sur tout le territoire et la fréquence des transports a été renforcée aux heures de pointe pour limiter les foules. Les commerces doivent fermer à 19h, soit avant le couvre-feu. Les restaurants, eux, sont fermés, hors livraison et vente à emporter. 

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