État et collectivités

Participation du ministère des armées au plan de soutien au secteur aéronautique

08 juillet 2020 • Un expert des questions de Défense

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Avec la COVID-19, l'industrie aéronautique est touchée plus lentement et après plus durablement, car les compagnies de transport aérien n’auront pas besoin d’avions supplémentaires avant, au mieux, 2023. Le problème des constructeurs et de leurs nombreux sous-traitants est le maintien des compétences dans les domaines de la construction et du maintien en condition opérationnelle. La France qui est l’un des 3 principaux acteurs mondiaux dans le domaine aéronautique, est particulièrement touchée avec sa filière : 300.000 emplois directs et indirects, un chiffre d'affaires de 58 milliards d’euros, une balance commerciale positive de 34 milliards. En vue de soutenir cette activité, la France a lancé un plan de soutien d’aide à l’aéronautique de 15 milliards d'euros d’aides, d’investissements et de prêts et garanties.

Dans ce cadre, le volet militaire de ce plan consiste à anticiper des commandes à hauteur de 600 millions d’euros dont le détail, qui peut être consulté sur le site du MINARM est le suivant :

  1. au profit de l'armée de l'air
  • 3 avions A330 (Airbus) qui seront transformés ultérieurement en avions ravitailleurs MRTT-Phénix[1] (MultiRôle Transport Tanker) ; initialement prévus en 2026, ils seront livrés en 2021 et 2022 : montant total de la commande : 200 millions d’euros et l’équivalent de 100 emplois préservés pendant 2 ans ;
  • 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR) sur la base de l'avion Beechcfraft King Air Cobra 350, livré en 2023 au lieu de 2027 : montant de la commande : 60 millions d’euros et l’équivalent de 150 emplois préservés pendant 2 ans ;
  • 8 hélicoptères Caracal en vue de remplacer les Puma dès 2023, au lieu de 2028-2029 : montant total de la commande : 300 millions d’euros et l’équivalent de 960 emplois préservés pendant 3 ans.
  1. au profit de la Marine nationale 
  • des drones de surveillance navals livrés entre 2022 et 2025 : montant de la commande : 50 millions d’euros et l’équivalent de 15 emplois préservés pendant 2 ans.

La flotte des aéronefs à voilure fixe (avions) et tournante (hélicoptères) est présentée dans les 2 tableaux en pièces jointes qui mettent en évidence qu'un grand nombre d'entre eux sont âgés et donc doivent être remplacés dans les meilleurs délais .

Concernant les avions de transport stratégique

La loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 a prévu, en vue de remplacer la flotte vieillissante d'avions ravitailleurs en vol (14 Boeing C-135 et KC-135 datant des années 1960-1970) et de transport stratégique (3 A 310 et 2 A 340 - ces derniers en Location avec option d'achat (LOA)), par 15 avions A 330 d'ici 2025 et une livraison des 12 premiers exemplaires qui devrait être achevée dès 2023. Cependant ces A 330 ne seront transformés en version Multi Role Tanker Transport (MRTT) en vue de reprendre la mission des avions Boeing seulement à l'issue de cette LPM.

Par conséquent, il aurait été opportun d'inscrire dans une LPM modifiée la livraison des 15 avions A 330 avec l'équipement MRTT avant la fin de celle-ci.

Concernant les avions légers de surveillance et de reconnaissance (ALSR)

La cible finale de la LPM 2019-2025 est de 8 appareils et le chantier de modification des King air 350 a été confiée à THALES et SABENA TECHNICS. Au printemps 2016, un contrat de 50 millions d'euros a été passé par la DGA concernant l'achat de 2 ALSR avec une option pour un 3ème appareil. Donc, l'annonce du MINARM ne fait que confirmer la validation de cette option. Il est à noter que la livraison des 2 premiers appareils accuse un retard de 1 à 2 ans.

Cependant, il aurait été opportun pour le MINARM de décider la passation d'un contrat supplémentaire pour les 5 autres avions, soit un montant de 150 millions d'euros. En effet, si cette flotte d'avions sera gérée en propre par l'armée de l'air, il seront aussi engagés dans des missions opérationnelles de la direction du renseignement militaire (DRM), notamment au-dessus de territoires très vastes comme dans l'OPEX Barkhane.

Concernant les avions de transport tactique

Force est de constater l'absence d’accélération et d'augmentation des commandes des A 400M dont la cible est de 50 appareils sans que soit précisée la date finale du programme : avec des objectifs d'une flotte de 25 appareils en 2025 et 35 en 2030 en vue de remplacer une flotte vieillissante de C 130 Hercules et C 160 Transall.

Compte tenu du retard initial du programme A 400M, et en vue de faire face aux problèmes de capacité en matière de transport, le MINARM a décidé le 29/01/2016 dans le cadre de la création de l'escadron de transport franco-allemand sur la BA 105 d'Évreux de commander auprès de l'US Air Force, dans le cadre d’une procédure d’acquisition FMS (Foreign Military Sales) 2 avions C-130J-30 livrés en 2017-2018 et 2 avions KC-130J Super Hercules livrés en 2019-2020.

Concernant les avions de renseignement

Il est à noter la nécessité de remplacer les 2 Transall Gabriel qui ont une durée de vie de plus de 30 ans dont le retrait est programmé en 2025. A ce titre a été lancé fin novembre 2019 le programme Archange « Avions de Renseignement à CHArge utile de Nouvelle GEnération » qui consiste à les remplacer par 3 Falcon 8X (avions trirécateur) devant être commandés à  Dassault Aviation qui seront équipés Thalès avec le module renseignement avec un calendrier échelonné entre 2025 et 2027. 

Une accélération du programme n'aurait pas été inutile compte tenu de la durée de vie des Transall « Gabriel » et que ces avions Falcon 8X sont mieux adaptés à des théâtres d'OPEX aussi vastes que le Sahel en raison de leur rayon d'action.

Concernant les hélicoptère de manœuvre Caracal qui est le seul hélicoptère européen doté d'une perche de ravitaillement en vol

Il est à noter que l'armée de l'air n'est pas intégrée dans le programme d’hélicoptère Caïman comme l'armée de terre et la Marine nationale dont la cible définie dans la LPM 2019-2025 est la suivante :

  • 74 aéronefs pour l’Aviation légère de l'armée de terre (ALAT) destinés à remplacer le parc vieillissant des PUMA (âge d'environ 60 années en 2020) ;
  • 27 aéronefs pour les flottilles de l'aéronavale.

Il y a lieu de s'interroger sur la capacité des 8 Caracal commandés à satisfaire les besoins des armées (notamment des forces spéciales) mais aussi ceux du ministère de l'intérieur (unités d'intervention de la police nationale et la gendarmerie nationale) qui s'appuie sur la flotte d’hélicoptères du ministère des armées - ceci étant une procédure de mutualisation de mise en œuvre de moyens à poursuivre dans un cadre interministériel. Par conséquent, il aurait été opportun de lancer une commande de Caracal visant à remplacer la totalité des Puma de l'armée de l'air : soit 20 appareils pour un coût total de 750 millions d'euros et 2.400 emplois préservés pendant 5 ans.

Concernant l'hélicoptère Tigre

Rappelons la baisse sensible des objectifs des LPM suivantes :

  • LPM 2009 - 2014 = 80 aéronefs ;
  • LPM 2014 – 2019 = 60 aéronefs même si la LPM actualisée en 2015 a fixé une cible à 67 aéronefs.

Par conséquent, il aurait été judicieux de revenir à la cible de 80 aéronefs de la LPM 2009-2014

Il est vrai que la Direction générale de l’armement (DGA) du MINARM a notifié le 30/12/2019 à Airbus Helicopters et Safran Helicopter Engines, le marché de pré-développement de la militarisation de l'hélicoptère H160 baptisé Guépard qui a pour vocation à remplacer les hélicoptères anciens (Gazelle, Alouette III, Dauphin, Panther, Fennec...) des 3 armées. Toutefois, il est à noter que la Gendarmerie nationale et la Sécurité civile auraient dû être aussi associées à ce programme d’hélicoptères légers en vue de remplacer leur flotte vieillissante :

 

Grâce à ses capacités modulaires et polyvalentes, le Guépard permettra aux forces armées de réaliser une grande variété de missions dans un cadre national et multinational : reconnaissance et renseignement, appui feu, infiltration, évacuation sanitaire, lutte anti-navire, protection de la force navale, secours en mer, protection de l’espace aérien, recherche et sauvetage.

 

Conclusion

Tout en soulignant le caractère modeste de la participation du MINARM au plan de soutien au secteur aéronautique, les mesures présentées ci-dessus mettent en évidence des propositions d’accélération de commandes dans le cadre de la LPM 2019-2025 qui mériterait d'être modifiée en vue de prendre en compte les propositions d'augmentation de certaines cibles d'aéronefs. A ce titre, cela supposerait de faire des arbitrages entre les programmes d'équipements terrestres et aériens.

Compte tenu des conséquences des catastrophes naturelles (exemple : incendies), il y aurait lieu de développer un programme d'hélicoptères lourds bombardiers d'eau pour la Sécurité civile qui dispose actuellement en propre des hélicoptères légers EC-145 et d'une flotte externalisée à des entreprises privées. En  outre, il aurait été judicieux que le ministère de l'intérieur soit intégré dans le plan de soutien à l'aéronautique avec par exemple des contrats de location-vente avec Airbus pour des appareils destinés à effectuer un panel varié de missions (reconnaissance, renseignement, recherche, sécurité publique, sauvetage, lutte anti-incendies et catastrophes naturelles, évacuation sanitaire, transport...).


[1]     Pouvant être équipés du dispositif aéro-médical MORPHEE (module de réanimation pour patient à haute élongation d'évacuation).

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