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Focus sur les villes touristiques

Nous avons souhaité faire le point sur la situation particulière des villes touristiques. En effet, comme on le voit dans le tableau ci-dessous, certaines villes peuvent compter une forte population touristique qui agit sur le niveau de dépense, et solliciter des investissements supplémentaires, éventuellement un endettement supplémentaire. En prenant en compte dans ces 29 communes la population touristique, nous avons calculé une note finale ajustée, sur vingt, qui intègre la population touristique en 2024, ce qui abaisse mécaniquement les montants par « habitant élargi ».

Retrouvez notre méthodologie dans l'onglet dédié de notre dernière étude

Le palmarès de la gestion des 380 premières villes de France

1. Classement sans prise en compte touristique (note finale classique)

La Rochelle domine nettement (12,37), suivie par Hyères (11,81), Aix-les-Bains (10,50), Anglet (10,35) et Les Sables-d’Olonne (10,32). À l’opposé, Agde est lanterne rouge (6,57), devant Fréjus (7,06), Saint-Raphaël (7,32), Biarritz (7,65) et Dieppe (7,93). On observait une légère corrélation entre le pourcentage de population touristique et la note classique : plus une commune comptait de touristes/de résidences secondaires, plus ses ratios par habitant paraissent dégradés.

2. Classement avec prise en compte de la population touristique

L’ajustement change la hiérarchie. Hyères prend la première place (13,68), devant La Rochelle (13,30), Les Sables-d’Olonne (12,48), Saint-Malo (11,59) et Anglet (11,43). Agde remonte fortement (de 6,57 à 10,09, +3,52 points), tout comme Les Sables-d’Olonne (+2,16), Saint-Raphaël (+2,06), Biarritz (+1,97) et Fréjus (+1,80).

Globalement, la moyenne des notes passe de 8,94 (résidents seuls) à 10,13 (ajusté touristique). L’écart moyen est d’environ +1,2 point, mais il atteint +3,5 points pour Agde (122 % de population touristique !). Différents « modèles » de communes touristiques :

● Modèle « équilibré » : La Rochelle et (dans une moindre mesure) Anglet, Aix-les-Bains, Narbonne combinent des impôts résidents élevés, des dépenses maîtrisées et une pression touristique modérée (10–16 %). Elles affichent de bonnes notes dans les deux classements.  

● Modèle « hyper-touristique » pénalisé sans ajustement : Biarritz, Cannes, Saint-Raphaël, Fréjus, Agde, Menton montrent des dépenses de fonctionnement et surtout une dette par habitant résident très élevées (souvent >3 000–4 500 €/hab). Sans ajustement, elles apparaissent « surendettées » et « sur-dépensières ». D'autant qu'elles portent une partie des dépenses et dettes de leur intercommunalité.

● Cas extrêmes : Agde (67 % résidences secondaires, 122 % pop. touristique) illustre le paradoxe des stations balnéaires saturées : charges d’équipement et de fonctionnement très lourdes (eau, assainissement, propreté, sécurité), mais base fiscale résidente étroite. L’ajustement la fait remonter de 29 places environ.

● Dette structurelle : Même après ajustement, Nice (4 135 €/hab élargi), Saint-Laurent-du Var, Antibes, Cagnes-sur-Mer et Vallauris conservent les dettes les plus élevées. Cela peut traduire des investissements massifs (tramway, ports, voirie touristique, etc.) amortis sur de longues périodes. Y compris au niveau intercommunal, ce qui est légitime puisque les compétences ont été transférées volontairement et  copilotées avec les représentants de l’exécutif communal.

Ces données ouvrent un débat en France : Faut-il raisonner en prenant en compte les équivalents touristes appréhendés avec le nombre de résidences secondaires ? Cela pourrait suggérer qu'à terme ces habitants participent aux votes. En droit constitutionnel, 1 voix = 1 vote, c'est l' "unicité du vote". Mais les élections locales ont ceci de particulier qu'elles ne conduisent pas à l'élection d'un corps de représentants mais d'un organe strictement administratif. C’est d’autant plus vrai qu’avec la disparition de la taxe d’habitation sur la résidence principale, seule demeure la taxe d’habitation sur les résidences secondaires avec, depuis quelques années, la possibilité d’un taux majoré. Il serait légitime que cette question soit ouverte à l’occasion des prochaines élections municipales.

Tableau des indicateurs en euros par habitant pour les villes touristiques