Collectivités locales : depuis 2019, les recettes ont augmenté plus que l'inflation
Plusieurs publications simultanées permettent de se faire une meilleure idée de l’état des finances locales en 2025 (projection) et pour 2026. Il en ressort que la croissance des dépenses des administrations publiques locales (APUL) décélèrerait significativement, passant de +4,8 % en 2024 à +2 % en 2025, à +1,2 % 2026. Le cycle électoral s’ajouterait aux mesures de participation des collectivités territoriales au redressement des finances publiques (5,4 Md€ en 2025, puis 2 Md€ en 2026). Par ailleurs, s’agissant du bloc communal, les dernières données comptables publiées pour 2025 mettent en lumière une situation globalement saine, avec notamment une épargne brute (capacité d’autofinancement) en augmentation de +1,9 % à 21,7 Md€, un accroissement aligné avec l’évolution conjointe similaire des recettes et des dépenses réelles de fonctionnement (respectivement +2 % et +1,9 %). En revanche, les dépenses réelles d’investissement seraient plus dynamiques avec +6,6 % sur un an. En 2026, ces montants devraient baisser drastiquement. In fine, les recettes réelles des collectivités territoriales restent dynamiques et devraient croître toujours significativement plus vite que l'inflation puisqu'entre 2019 et 2025, elles passeraient de 238,4 Md€ à 283,7 Md€, soit +19% contre une inflation de +14,6% sur la période.
Un atterrissage progressif des dépenses des APUL entre 2025 et 2026
La Cour des comptes, dans son rapport de février sur la situation des finances publiques en 2026, fait état d’un atterrissage progressif des dépenses des administrations locales entre 2025 et 2026. Très concrètement, en valeur, les dépenses nettes des transferts des APUL augmenteraient de 6,5 Md€ en 2025 par rapport à 2024 puis seulement +3,9 Md€ entre 2025 et 2026, soit une progression en valeur de +2 % en 2025 puis de 1,2 % en 2026 en valeur. En volume, la baisse serait encore plus importante, puisque les dépenses n’augmenteraient que de 0,8 % en 2025 puis baisseraient en volume de -0,3 % l’année suivante. Cette quasi-stabilisation en 2026 résulterait de la réduction de 2,4 Md€ de la prévision de dépense des APUL à l’initiative du Gouvernement dans le cadre du texte sur lequel le Gouvernement a engagé sa responsabilité.
En valeur (Md€) | Ecart 2025-2024 | Ecart 2026-2025 | |||
2024 | 2025 (Projection) | 2026 (Prévision) | |||
| APUL (dépenses nettes des transferts) | 322,6 | 329,1 | 333 | 6,5 | 3,9 |
| Evolution en % (en valeur) | 4,8 | 2 | 1,2 | -2,8 | -0,8 |
| Evolution en % (en volume) | 2,7 | 0,8 | -0,3 | -1,9 | -1,1 |
Source : Cour des comptes, restitution Fondation IFRAP février 2026.
S’agissant maintenant des collectivités territoriales, l’augmentation de 6,6 Md€ des dépenses entre 2024 et 2025, soit +2,2 %, « s’établirait à un niveau d’environ 2 Md€ inférieur aux cibles du PLF amendé pour 2025 ». Cette bonne tenue est « essentiellement imputable à une diminution de l’investissement des collectivités territoriales, en particulier de certains départements et régions ». Ce qui matérialise l’effet de la dégradation de leur situation financière. En revanche, « les dépenses d’investissement des communes seraient à l’inverse nettement plus dynamiques et en phase avec le cycle électoral. » Ce qui effectivement se vérifie (voir infra) avec +5,7 % pour les dépenses réelles d’investissement des communes (en comptabilité générale), et même +8,9 % s’agissant de celles des intercommunalités. La contribution au redressement des finances publiques, calibrée à 5,4 Md€ en 2025[1], risque d’être plus basse en exécution, à raison de la « non-réalisation de la prévision d’évolution de la TVA réduisant l’impact du gel de la part de TVA qui leur est affectée. » En effet, les recettes affectées de l’ordre de 52 Md€ (25 % des recettes en 2024) ne devraient pas évoluer en 2025 compte tenu de la stagnation globale de son produit (208,2 Md€ attendu en 2025 contre 207,8 Md€ en 2024 d’après les calculs de l’IGF[2]).
En revanche les dépenses des ODAL (opérateurs locaux) seraient « plus dynamiques que prévu », tirées par les dépenses de la Société des Grands Projets (SGP[3]).
En valeur Md/% | Ecart 2025-2024 | Ecart 2026-2025 | |||
2024 | 2025 | 2026 | |||
| Collectivités territoriales | 299,5 | 306,1 | 309,0 | 6,6 | 3,0 |
| Evolution des dépenses de fonctionnement | 230 | 235,3 | 240,0 | 5,29 | 4,7 |
| Evolution des dépenses d'investissement | 69,5 | 70,8 | 69,0 | 1,3 | -1,8 |
| Collectivités territoriales % | 4,5 | 2,2 | 1,0 | -2,3 | -1,2 |
| Evolution des dépenses de fonctionnement % | 3,5 | 2,3 | 2,0 | -1,2 | -0,3 |
| Evolution des dépenses d'investissement % | 7,6 | 1,9 | -2,5 | -5,7 | -4,4 |
Source : Cour des comptes, restitution Fondation iFRAP mars 2026.
En 2026 en revanche, les dépenses des administrations publiques locales augmenteraient de 3,9 Md€, soit une décélération brutale (quasiment divisée par 2) de la hausse par rapport à 2025 (+1,2 % en 2026 contre +2 % en valeur en 2025), et même une baisse des dépenses en volume de -0,3 %, soit une baisse de 2,4 Md€ par rapport à la prévision initiale des dépenses locales pour 2026. Cet effet serait d’abord réalisé via une contribution des collectivités territoriales au redressement des finances publiques de 2 milliards d’euros[4], très en deçà de l’enveloppe initialement réclamée (4,6 Md€).
« Au total, si cette hypothèse était confirmée, la contribution de la sphère locale au redressement des finances publiques (…) serait le fruit du repli de l’investissement, effet traditionnel du cycle électoral, ainsi que d’une progression des dépenses de fonctionnement moindre que celle de l’activité économique et en ralentissement par rapport à ces dernières années ». En effet la dépense des collectivités territoriales progresserait de 3 Md€, contre 3,9 Md€ au niveau des APUL.
2 Md€ de contribution des collectivités au redressement des finances publiques en 2026Dont 740 M€ au titre du mécanisme DILICO (dont les communes sont exonérées pour cause d’agenda électoral) dont le mécanisme est reconduit pour la 2ème année consécutive (mais avec des ajustements), 310 M€ au titre du fonds vert, 40 M€ sur la formation professionnelle des agents territoriaux (y compris sapeurs-pompiers) dont le produit est désormais plafonné à 397 M€. Ainsi que d’autres dispositifs en direction du bloc communal :
Source : Rapport Jean-René Cazeneuve, février 2026 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Focus sur le bloc communal en 2025
Le rapport confidentiel du député Jean-René Cazeneuve[5], établi grâce aux dernières remontées comptables de la DGFiP, permet de se faire une idée plus précise de la situation financière des communes et des intercommunalités à la toute fin 2025, à la veille des élections municipales.
| En Md€ - Bloc communal | 2019 (exécution) | 2024 (exécution) | 2025 (projection) | Var 2025-24 | 2025-2019 |
| Recettes réelles de fonctionnement | 113,9 | 135,8 | 138,4 | 1,9% | 21,5% |
| Dépenses réelles de fonctionnement | 95,3 | 114,4 | 116,7 | 2,0% | 22,5% |
| Epargne brute | 18,5 | 21,3 | 21,7 | 1,9% | 17,3% |
| Epargne nette | 10 | 12,3 | 12,3 | 0,1% | 22,5% |
| Dépenses réelles d'investissement | 44,9 | 52,2 | 55,6 | 6,6% | 23,8% |
| Trésorerie | 33,6 | 39,3 | 37 | -5,8% | 10,1% |
Source : Rapport Jean-René Cazeneuve, février 2026
Le rapport note en particulier que « en 2025, les principaux indicateurs financiers du bloc communal restent au vert par rapport à 2024 », notamment une capacité d’autofinancement (épargne brute) en augmentation de +1,9 % à 21,7 Md€, et une épargne nette en progression de +0,1 % à 21,7 Md€. Cela est cohérent avec une évolution quasiment symétrique des recettes réelles et des dépenses réelles de fonctionnement (respectivement +1,9 % et +2 %) entre 2024 et 2025, ainsi qu'une trésorerie « en recul mais [qui] reste confortable » de 37 Md€ (-5,8 %).
| Recettes réelles de fonctionnement (Md€) | 2024 | 2025 | Ecart | Variation % |
| dont impôts et taxes | 85,9 | 87,3 | 1,4 | 1,6% |
| dont concours de l'Etat | 25,9 | 26,2 | 0,3 | 1,2% |
| dont ventes de biens et services | 9,7 | 10,2 | 0,5 | 5,2% |
| dont participations et autres attributions | 7 | 7 | 0 | 0,0% |
| dont autres | 7,3 | 7,7 | 0,4 | 5,5% |
| Total | 135,8 | 138,4 | 2,6 | 1,9% |
Source : Rapport Jean-René Cazeneuve, février 2026
Les recettes réelles de fonctionnement devraient augmenter en 2025 de +1,9 % soit +2,6 Md€, soit un rythme deux fois supérieur à l’inflation (0,9 % en 2025). Les impôts et taxes augmentent de +1,5 %, tirés par la hausse mécanique des bases locatives cadastrales de +1,7 %, ce qui témoigne d’une grande modération des taux d’impôts locaux en ligne avec une année préélectorale. En revanche, les DMTO enregistrent une hausse de 16,6 % (+3,7 Md€) « ce qui traduit une reprise du marché immobilier ». Une reprise qui devrait se poursuivre en 2026 : Jean-René Cazeneuve anticipe une hausse des DMTO de +15 %.
| Dépenses réelles de fonctionnement (Md€) | 2024 | 2025 | Ecart | Variation % |
| dont charges de personnel | 56,8 | 58,3 | 1,5 | 2,6% |
| dont achats et charges externes | 30,1 | 30,4 | 0,3 | 1,0% |
| dont charges financières | 2,5 | 2,4 | -0,1 | -4,0% |
| dont autres | 25 | 25,6 | 0,6 | 2,4% |
| Total | 114,4 | 116,7 | 2,3 | 2,0% |
Source : Rapport Jean-René Cazeneuve, février 2026
Les dépenses réelles de fonctionnement augmentent, on l’a vu, de 2,0 % dont +2,6 % pour les charges de personnel, hausse qui s’explique probablement par « l’augmentation des cotisations employeurs à la CNRACL (~1,2 Md€) et le développement de la protection sociale complémentaire ».
En revanche, les dépenses réelles d’investissement en 2025 sont en hausse de 6,6 % (+3,4 Md€) par rapport à 2024 à 55,6 Md€. Cette augmentation devrait s’infléchir en 2026, année électorale. Ce qu’anticipe la Cour des comptes (voir supra) à -2,5 % (pour l’ensemble des collectivités). Les dépenses d’investissement du bloc local pour 2025 sont financées par l’épargne nette à hauteur de 35 %, des recettes d’investissement (hors dette) stabilisées à 19,1 Md€, l’autofinancement via la trésorerie disponible et le recours à l’emprunt.
Enfin, la capacité de désendettement du bloc communal reste toujours très éloignée du seuil d’alerte de 12 ans. En 2025, il se dégrade de 0,1 point à 4,6 années contre 4,5 années en 2024.
Communes (en Md€) | |||||
2019 | 2024 | 2025 | 2025/2024 | 2025/2019 | |
| Recettes réelles de fonctionnement | 84,1 | 98 | 99,9 | 1,9% | 18,8% |
| Dépenses réelles de fonctionnement | 71,1 | 83,8 | 85,2 | 1,7% | 19,8% |
| Epargne brute | 13 | 14,2 | 14,8 | 4,2% | 13,8% |
| Epargne nette | 6,6 | 7,8 | 8,2 | 5,1% | 24,2% |
| Dépenses réelles d'investissement | 31,8 | 36,3 | 38,4 | 5,8% | 20,8% |
| Trésorerie | 24,8 | 28,2 | 26,8 | -5,0% | 8,1% |
Intercommunalités (en Md€) | |||||
| Recettes réelles de fonctionnement | 29,8 | 37,8 | 38,4 | 1,6% | 28,9% |
| Dépenses réelles de fonctionnement | 24,2 | 30,7 | 31,7 | 3,3% | 31,0% |
| Epargne brute | 5,6 | 7,1 | 6,8 | -4,2% | 21,4% |
| Epargne nette | 3,4 | 4,5 | 4,1 | -8,9% | 20,6% |
| Dépenses réelles d'investissement | 13,1 | 15,9 | 17,3 | 8,8% | 32,1% |
| Trésorerie | 8,9 | 11,1 | 10,2 | -8,1% | 14,6% |
Source : Rapport Jean-René Cazeneuve, février 2026
En perspective cavalière et en année préélectorale, la décomposition permet de mettre en évidence que les dépenses réelles de fonctionnement des intercommunalités (non assujetties au suffrage direct des électeurs) augmentent nettement plus vite que celles des communes (+3,3 % contre +1,7 %), pratiquement deux fois plus vite. Les recettes réelles de fonctionnement sont un peu moins dynamiques du côté des intercommunalités (+1,6 % contre +1,9 %) et leur épargne brute baisse de -4,2 % quand celle des communes s’apprécie de +4,2 %. Enfin les dépenses réelles d’investissement intercommunales augmentent de +8,8 % contre +4,8 % pour les communes, soit une vitesse quasiment double des premières par rapport aux secondes. Tout se passe donc comme si l’accroissement des dépenses basculait des communes vers les intercommunalités à la différence de niveau prêt en prévision des élections municipales.
[1] Dont hausse de la cotisation employeur de la CNRACL. Ce qui « contraint » la dépense arbitrable des collectivités mais pas la hausse des dépenses elle-même.
[2] Se reporter en particulier à notre note : https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/tva-3-ans-de-stagnation-des-recettes-et-derreurs-de-previsions
[3] La SGP est en effet classée comme un opérateur de l’Etat en comptabilité budgétaire, mais en ODAL en comptabilité nationale et non parmi les ODAC (ndlr).
[4] https://www.maire-info.com/budget-de-l'%C3%A9tat/dilico-dgf-fonds-vert...-ce-que-contient-finalement-le-budget-2026-article-30440
[5] Jean-René Cazeneuve, Situation financière du bloc communal, bilan 2025, février 2026.