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Les salariés à temps plein travaillent toujours moins qu'ailleurs en Europe

tandis que les non-salariés travaillent plus !

L’institut Rexecode a mis à jour son étude sur la durée du travail effective en Europe avec les données 2024. Cette étude confirme les chiffres que nous avions mis dans notre étude de juillet dernier sur la perte de valeur ajoutée liée à la plus faible durée de travail effective. On constate que la durée effective des salariés à temps complet est l’une des plus faibles des pays européens avec 1664 heures. Seuls les Pays-Bas et la Finlande font moins, tandis que l’Allemagne est à 121 heures de plus avec 1785 heures annuelles. Autre spécificité française, la durée du travail des non-salariés est parmi les plus élevées d’Europe (5e place) : 2169 heures contre une moyenne de 2134 heures en moyenne UE. Cette étude ouvre une réflexion sur le moyen d’augmenter la quantité de travail en augmentant la durée de travail des salariés à temps complet et en développant le recours au temps partiel, à l’heure où l’on débat de l’augmentation du niveau de vie et du rétablissement des finances publiques.

Cette étude parue en décembre dernier met à jour la comparaison européenne de la durée de travail effective. Cette étude est réalisée par Rexecode en utilisant les enquêtes européennes sur la main d’œuvre réunies par Eurostat.

Rexecode revient d’abord sur les différents concepts de durées du travail et explicite notamment le passage de la durée habituelle à la durée effective :

Par rapport à l’Allemagne, les salariés français à temps complet travaillent habituellement une heure de moins par semaine, et sont plus souvent absents de 2 semaines par an ; au total sur une année, ils travaillent 3 semaines de moins ;

L’étude se penche ensuite sur la comparaison européenne de la durée de travail effective des salariés à temps complet. Comme le souligne Rexecode cet indicateur est important car il correspond à une norme sociale et est le reflet de la réglementation du travail du pays.

En 2024, la durée effective annuelle moyenne d’un salarié à temps complet est de 1664 heures en France et 1 786 heures en Allemagne. Si la durée effective du travail chez les salariés à temps complet suit une tendance baissière pour l’Allemagne depuis le milieu des années 2000, la France connaît une relative stabilité (exception faite de 2020). Par conséquence, bien que l’écart se soit réduit depuis 2006 (312 heures), il demeure un écart de 121 heures entre la France et l’Allemagne en 2024. Cet écart se retrouve dans tous les grands secteurs économiques : les services non marchands qui incluent l’emploi public sont le secteur où la différence de durée du travail à temps complet est la plus grande avec l’Allemagne (160 heures), suivi de la construction (149 heures). Dans l’industrie l’écart est de 79 heures et dans le services marchands l’écart est de 119 heures en 2024. En revanche, dans le secteur agricole, l’écart s’est réduit mais il se situe toujours à 116 heures.

Ainsi la différence de durée effective du travail pour l’ensemble des salariés tient plus à la différence d’heures travaillées de tous les secteurs plutôt qu’au poids d’une activité plus importante dans l’économie.

La durée du travail effective des salariés à temps complet est en France l’une des plus faibles des pays européens. Seuls les Pays-Bas et la Finlande font moins. La moyenne européenne est de 1784 heures. Néanmoins, l’écart à la moyenne est en baisse continue depuis 2005. Par comparaison, cette durée est inférieure en 2024 de 52 heures à celle de l’Espagne, 121 heures par rapport à celle de l’Allemagne, et de 193 heures par rapport à celle de l’Italie.

Pour les salariés à temps partiel, en revanche, ils travaillent plus longtemps que la moyenne européenne : 973 heures par an contre 957 heures dans l’UE. Pour un salarié allemand à temps partiel, c’est 935 heures, 918 heures pour un salarié espagnol mais 1118 heures pour un salarié italien. Une des explications de ces écarts trouve son origine dans le temps partiel subi qui est plus élevé en France qu’ailleurs en Europe même s’il a reculé ces dernières années (-15 pts de % depuis 2019). Il représente 23% des motifs de temps partiel en France contre 5% en Allemagne, 2% aux Pays-Bas, ou 7% au Danemark. A l’inverse le temps partiel subi est plus élevé dans les pays méditerranéens : 51% en Italie, 47% en Espagne, 36% au Portugal.

Une spécificité française est surtout la durée effective du travail des non-salariés (2169 heures et 2134 heures en moyenne UE) surtout l’écart avec la durée effective du travail des salariés à temps complet. Dans tous les pays, le temps de travail des non-salariés est supérieur mais cet écart atteint 30% en France contre 18% en Allemagne ou 16% en Italie. Cela est le résultat d’une durée du travail faible relativement aux autres pays européens pour les salariés à temps complet et une durée élevée du travail pour les non-salariés en France comparativement à ses voisins.

Rexecode en conclue que les comparaisons sont délicates car il faut à la fois prendre en compte les durées effectives de travail mais aussi la répartition de l’emploi entre salariés et non-salariés, temps partiel et temps complet. En 2024, la durée effective annuelle moyenne de travail de l’ensemble des personnes en emploi (y compris les non-salariés), estimée à partir de l’enquête européenne sur la main d’œuvre, est de 1 595 heures en 2024 en France. Elle est inférieure à la moyenne européenne (1 667 heures), ainsi qu’à la durée moyenne en Espagne (1 661 heures) et en Italie (1 783 heures) mais supérieure à celle de l’Allemagne (1 539 heures). 

L’étude passe ensuite à la quantité de travail mobilisée : celle-ci est le produit durée effective du travail et du nombre de personnes en emploi. Au travers de ce graphique, on voit que la France se situe dans une situation intermédiaire entre les pays du nord de l’Europe et les pays méditerranéens.

Les autres pays ayant une durée plus faible ont un taux d’emploi plus élevé (c’est notamment le cas des pays d’Europe du Nord) alors que les pays ayant un taux d’emploi plus faible ont une durée plus élevée (il s’agit principalement de pays méditerranéens). Un certain nombre de pays affichent un taux d’emploi et une durée du travail effective des personnes en emploi plus élevés que la France, notamment certains pays d’Europe de l’Est.

Le produit du taux d’emploi et de la durée effective annuelle moyenne du travail des personnes en emploi permet de calculer un nombre d’heures annuel moyen effectivement travaillées par les personnes en âge de travailler (de15 à 64 ans). La France décroche la troisième place des pays où l’on travaille le moins dans l’Union européenne, avec 1 105 heures en 2024. L’Allemagne est à 1212 heures. Les pays du nord de l’Europe sont dans une situation intermédiaire : 1109 heures pour la Finlande, 1132 heures pour les Pays-Bas, 1150 pour le Danemark, 1190 heures pour la Suède.

Rexecode en conclue qu’il existe principalement deux causes à l’écart de quantité de travail : d’une part la quantité de travail des salariés à temps complet à cause d’une durée du travail par salarié à temps complet plus faible mais aussi un taux d’emploi légèrement plus faible et d’autre part pour les salariés à temps partiel qui sont moins nombreux même s’ils travaillent plus d’heures que la moyenne européenne. Ces deux causes constituent deux leviers sur lesquels il est possible d’agir : augmenter le temps de travail des salariés à temps complet et étendre le recours au temps partiel. Sur le premier point, on peut souligner que l’écart avec l’Allemagne montre que ce sont les jours de congés qui distingue la France. A cet égard, le débat lancé par François Bayrou sur la suppression d’1 ou 2 jours fériés n’était pas dénué d’intérêt. Pour ce qui concerne le développement du travail à temps partiel, la retraite progressive pourrait y contribuer. Selon Rexecode, la France pourrait ainsi créer jusqu’à près de 4 millions d’emplois supplémentaires en alignant son taux d’emploi, pour chaque tranche d’âge, sur celui des pays les plus performants en Europe.