Emploi et politiques sociales

Actifs vs. retraités : ne pas se tromper de raisons de critiquer

19 mars 2018 • Philippe François

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La baisse des retraites liée à l’augmentation de la CSG a lancé le débat sur le niveau des revenus des retraités comparé à celui du reste de la population. Un sujet qui aurait été, de toute manière, abordé dans la réforme globale des retraites de 2018-2019. Mais des expressions comme « Enfants gâtés », ou pire, « Les retraités d’aujourd’hui font partie d’une génération dorée ! » du député LREM Eric Alauzet, ont inutilement pollué le débat avant toute réflexion.

Les actifs de 2018 ont tout à fait le droit de se plaindre, et même le devoir de critiquer leurs parents et grands-parents. Pas sur le niveau des revenus des retraités mais sur les politiques publiques que leurs parents et grands-parents ont réclamées et soutenues pendant des décennies. Ce sont elles qui ont conduit la France et les générations d’actifs à la situation où ils se trouvent : chômage, dette, déficit.

Une excellente raison 

Face à 2.200 milliards de dette publique, de multiples déficits (État, Sécurité sociale, SNCF, etc.), un taux de chômage à 9,4%, le record des taux de prélèvements obligatoires en Europe, et des services publics dégradés, les actifs français sont en droit de se plaindre, d’en rechercher les causes, et de vouloir en rendre responsables leurs parents et grands-parents aujourd’hui en retraite. 

En se laissant séduire, ou en voulant être séduits, par des responsables politiques proposant pour la France des solutions démagogiques, et repoussant à chaque fois de nécessaires réformes, ils nous ont conduit aux problèmes dont souffrent actuellement les générations d’actifs. La retraite à 60 ans constitue un véritable cas d’espèce. Mise en place alors que les données démographiques étaient connues et irréversibles, cette mesure a alourdi les charges de l’État, des hôpitaux, des entreprises et des particuliers. Elle a largement contribué à l‘augmentation des déficits et du chômage, et à la perte de compétitivité de la France. Et son lent « détricotage » a déjà nécessité 5 réformes et occupé et perturbé le pays pendant 30 ans. Idem pour les 35 heures, les nationalisations/privatisations, les non-réformes du paritarisme, de la SNCF ou des universités.

Une raison douteuse 

L’argument le plus souvent cité est que le niveau de vie des retraités est supérieur de 5% à celui des actifs (source Conseil d’orientation des retraites) Un chiffre en réalité très complexe : revenu ou niveau de vie ? incluant les revenus du capital ou pas ? tenant compte des loyers imputés ou pas ? Attention cependant à bien définir qui sont ces « actifs ». Pour les statistiques les actifs sont ceux qui ont un travail et les chômeurs. Une précision importante avec deux conséquences qui rendent l’argument initial moins fort :

  • Les retraités ont des revenus en moyenne inférieurs à celui des « actifs ayant un travail » ;
  • « Les actifs ayant un travail » ont en moyenne un revenu supérieur à celui des « actifs au sens de l’INSEE » incluant les chômeurs.

En France comme presque partout, le revenu et le capital des personnes ont tendance à augmenter avec l’âge et le déroulement des carrières. En moyenne, les personnes de 55 à 60 ans ont donc des niveaux de vie supérieurs à ceux des personnes de 50 à 55, qui elles-mêmes sont, en moyenne, mieux placées que celles de 45 à 50 ans. On voit mal pourquoi cela devrait obligatoirement s’inverser une fois à la retraite.

Par ailleurs, en indexant l’évolution des retraites sur l’inflation et non pas sur l’évolution du salaire moyen, la réforme de 1993 fait déjà perdre chaque année environ 1% de pouvoir d’achat aux retraités par rapport aux actifs ayant un travail.

Une très mauvaise raison 

L’espérance de vie moyenne à 62 ans étant de 85 ans, environ la moitié des retraités actuels sont nés autour des années 1928-1945. Directement ou à travers leur famille, ces personnes ont souffert des multiples des conséquences de la guerre de 1939-1945 (hommes soldats, prisonniers, travail obligatoire en Allemagne, pénuries générales, expositions aux combats ou bombardements, persécutions de diverses catégories de population). Les plus jeunes retraités ont vécu après 1945 dans une situation encore difficile (pénurie, guerre d’Indochine ou d’Algérie, crise du logement, etc.).

S’il est exact que le plein emploi était général, les salariés travaillaient de 44 à 50 heures par semaine et n’avaient que 3 semaines de congés payés jusqu’en 1956, puis 4 à partir de 1969. Les semaines de travail des indépendants et des agriculteurs étaient encore plus longues. Les conditions de travail étaient en général plus difficiles, même dans de grandes entreprises de pointe. Enfin le système de protection sociale et universitaire n'étaient pas aussi développés qu'aujourd'hui. L'expression "Les retraités d’aujourd’hui font partie d’une génération dorée !" paraît donc tout à fait déplacé.

Conclusion  

Les personnes en activité en 2018 peuvent reprocher aux retraités d'aujurd'hui d’avoir préféré des programmes démagogiques et chosi des responsables politiques qui ont mal géré le pays, mais pas d’avoir eu une vie « facile et dorée ». C'est maintenant aux acctifs actuels d'entreprendre de faire mieux que leurs prédécesseurs.

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Réactions

Sujet : vous avez raison!
Commentaire : Vous avez raison à propos de votre analyse à propos des retraités. Quand on part à la retraite, le montant de la retraite est toujours inférieur au salaire.
De plus, il n'y a aucune revalorisation du montant des retraites et donc en 15 ans, c'est pratiquement 30% de baisse pour ma retraite sans compter l'augmentation des impôts comme soumission à l'impôt des % pour avoir élevé des enfants 'ils ont doublé pour moi), demi part des veuf ou veuve, etc...

Il me semble que le problème est la politique industrielle qui a fait plus de 10% de chômeurs.
Tant que le chômage durera, la France aura des problèmes de toutes sortes! La France est dans un cercle vicieux.

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Sujet : Solutions démagogiques
Commentaire : Les solutions démagogiques sont la plupart du temps anti économiques, ainsi l'ouverture à la concurrence en bradant de vraies valeurs toutefois grevées de dettes aura la même conséquence que celle des privatisations: pertes de revenus pour l'Etat et augmentation des perceptions sur les usagers. De même , prôner la retraite à 65 ans est tout à fait justifié mais quid des retombées libérales du Nouveau Code du Travail qui facilite les licenciements car s'il est clair qu'un jeune coûte moins cher qu'un vieux, payer un vieux au même prix qu'un jeune pendant cinq ans permettrait de conserver l'expérience et de moduler des transitions dans beaucoup d'anciens métiers..

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Sujet : d'accord avec votre analyse

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Sujet : Et même les cotisations de retraite
Commentaire : N'oubliez pas que les cotisations "cadres" ont progressivement été augmentées de 25% sans que ces 25% ne produisent de points. On peut ajouter que jusque dans les années 60, les retraités n'avaient pas cotisés durant les 40 ans requis. C'est bien les babys-boummers qui finançaient y compris les études des actifs actuels qui râlent sans rechercher la véritable raison de leur "asséché ment".

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Sujet : D'accord avec votre analyse.
Commentaire : Rien à ajouter sinon que les retraités aident bien souvent financièrement leurs enfants et petits-enfants.

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Sujet : retraités favorisés
Commentaire : Rappeler que les retraités d'aujourd'hui ont en général beaucoup travaillé n'apporte pas de solution pour l'avenir... Notre système de retraite collectif vit au dessus de ses moyens, et plus précisément ses pans réservés aux privilégiés de tous les régimes "spéciaux". Il faudrait maintenant se concentrer sur les excès spécifiques de ces régimes -notamment celui des agents publics (25% de la population active) - et y mettre fin.

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Sujet : ECONOMIE & RETRAITES
Commentaire : Si l'Etat commençait à faire des économies sur son train de vie et sur le gaspillage organisé ; il n'y aurait pas à faire des ponctions aux retraités ! Comment peut-on approuver une baisse des retraites lorsque la moindre maison de retraite affiche des tarifs de l'ordre de 3 000€ mois ? Ce qui vient d'être retiré aux retraités et qui devrait passer en baisse de charges salariales ne relancera aucunement la consommation car les retraités par définition, ne font plus d'économie et pour cause...
Non ! Décidément, nos économistes feraient bien de balayer devant leur porte et économiser sur leurs propres émoluments...

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Sujet : CSG retraités
Commentaire : Après 4 ans de gel de retraites (Régime général + Agirc Arrco), ll'impact de la CSG sur la diminution des pensions est en réalité de 1,8% (et non 1,7). Les retraités du secteur privé
sont également soumis à une cotisation maladie à hauteur de 1 % sur
leurs retraites complémentaires ; ce qui est anormal. Il faut ajouter la mise en œuvre ces dernières années de la cotisation de solidarité pour l'autonomie de 0,3% (CASA). Aujourd'hui un couple de retraités gagnant chacun 2300 € va voir ses pensions diminuer de 1000 € par an, alors qu'un salarié gagnant 5000€ par mois va avoir un différentiel positif de 900 € par an (différentiel entre l'augmentation de la CSG et la baisse de ses cotisations sociales) ! C'est une certaine idée de la solidarité intergénérationnelle !

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Sujet : Une catastrophe annoncée depuis des décennies ...
Commentaire : Ce sujet est archi-connu, prévisible des décennies à l'avance, et techniquement très clair. Encore faut-il avoir le courage de le traiter au fond, au lieu de fuir avec quelques bricolos destinés à tenir jusqu'à la prochaine élection ...
https://www.linkedin.com/pulse/la-retraite-%25C3%25A0-fran%25C3%25A7aise...
Et on évite de désigner comme boucs émissaires les actuels retraités qui se sont contentés de suivre les inclinaisons de gouvernants de tous bords qui n'ont JAMAIS abordé vraiment le sujet ...

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Sujet : retraités
Commentaire : né en 1935, je fais partie des retraités qualifiés de nantis! Votre exposé sur le sujet est réaliste, mais en ce qui me concerne et concerne ceux de mon âge, nous 'avions seulement que 15 jours de congés payés en 1949 date où j'ai commencé à travailler à 14ans. Et nous ne faisions pas 50 heures dans le bâtiment, mais jusqu'à 72 heures par semaine. J'ai connu la seconde guerre qui m'a privé de mon père durant 5 ans et, 11 ans après la Libération tant chérie, j'étais envoyé sans tambour ni trompette en Algérie où je suis resté 28 mois! Rentré en mauvaise santé, n'ayant plus de travail, je n'ai reçu aucune aide d'Etat! J'ai demandé à passer devant le conseil de réforme! Les pages du registre de l'infirmerie où j'ai été soigné, ont mystérieusement disparu! Et ce ne sont pas les gens de mon âge qui ont été à l'origine de la situation actuelle, mais ceux de la génération de mai 68! Tout le mal que connait aujourd'hui notre pays a commencé avec ces gens là!

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Sujet : Conflit de génération
Commentaire : Assez d'accord avec votre analyse quoique j'ai des doutes sur la balance utilisable. Deux remarques en faveur des "anciens". Même les babyboomers ont démarré dans les films néoréalistes italiens de l'après-guerre. non seulement pas de smartphone mais souvent pas de téléphone du tout, pas ou presque d'avions, des bicyclettes à la place de voiture etc ..... Le niveau de vie des jeunes d'aujourd'hui a été construit par leurs parents ! Par ailleurs ces générations ont investis : les autoroutes, le TGV, le viaduc de Millau, les ravalements, la médecine etc ..... tout cela a été créé dans les cinquantes dernières années et servira encore à nos petits-enfants .... Mais il est vrai que le fonctionnement de notre pays est en deshérence, ce qui n'est pas un cadeau. Cela, nous devons nous le reprocher.

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Sujet : Retraités, la question n'est pas là.
Commentaire : Argumenter sur les mérites ou les défauts de telle ou telle génération me paraît tout à fait hors de propos, la question n'est pas là.
Cette charge contre les retraités n'est qu'un écran de fumée qui cache une politique d'un cynisme désarmant.
Il s'agit en fait et toujours de trouver de l'argent pour nourrir les ambitions de politiques pour lesquels le recours à l'argent du contribuable est un mode de fonctionnement qui permet de faire l'économie de la recherche de solutions peu fructueuses sur le plan électoral.
Il faut donc trouver l'argent là où il est, autant que possible dans une population électoralement minoritaire et dont le pouvoir de revendication est des plus réduits.
Peu importe de savoir si cela est juste ou légitime, mais il est toujours utile dans une France où l'envie et la jalousie a toujours fait recette, de trouver des bouc émissaires expiatoires à désigner à la vindicte populaire.
La jeune génération a raison aujourd'hui de reprocher à ses anciens d'avoir suivi des politiques qui par démagogie ont ignoré les vrais problèmes, cette génération que l'on identifie à Mai 68 en faisant des amalgames que l'on se refuse fort justement dans d'autres domaines.
En ce qui me concerne, et dans mon entourage je ne suis pas le seul, j'ai toujours pensé que mai 68 avait fait régresser la France, j'ai toujours été opposé aux 35 heures et à la retaite à 60 ans.
Ils ont raison de critiquer mais forts de cette constatation et en pensant à leurs enfants, combien revendiquent ils de revenir à une semaine de 40 heures, à la retraite à 65 ans et à 4 semaines en tout et pour tout de congés comme nous les avons connus il fut un temps.
Combien sont conscients de la manipulation dont ils sont vicimes de la part de nos gouvernants largement relayés par les médias ?

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Sujet : retraites
Commentaire : Effectivement, la question n'est pas là ... La politique du " diviser pour mieux regner" marche toujours .. je ne reproche rien à mes enfants , et l'inverse également.

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Sujet : ACTIFS VS RETRAITES
Commentaire : certes, on pourrait reprocher aux "anciens" d'avoir laissé faire des politiciens qui n' voyaient pas plus loin.. que leur ré-élection : 35 heures, congés nombreux et variés, voire retraite à 60 ans.
MAIS, ce serait oublier que cette générations commençait à travailler dès l'âge de 16 ans (voire plus tôt) dans des conditions bien plus difficiles avec des horaire autrement plus chargés. Plutôt que d'ergoter sur l'âge de la retraite, ne serait-il pas plus juste d'exiger un certain nombre d'années de cotisation ? En finir avec les 35 heures dont les actifs profitent volontiers et qu'ils rechignent à abandonner.

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Sujet : Actif vis inactif
Commentaire : La retraite par répartition est un système basé sur l’idéologie de classe.
Ce sont les cotisants qui paient pour donner aux retraités.
C’est un système malsain idéal pour opposer les gens.
Cela a été mis en place en1941 par un ex secrétaire de la CGT devenu ministre et inspiré du socialisme allemand.
Il serait préférable de revenir aux origines du système de retraite et du système paritaire .
L’épargne d’aujourd’hui fait la retraite de demain.

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Sujet : retraités
Commentaire :
D'accord avec votre analyse, mais je doit rajouter une remarque, c'est que parmi les retraités d'aujourd'hui, il n'y a pas que les BABYBOOMERS et leurs 10 meilleures années.
Je suis sortie de l'ecole en 1974 date à laquelle je suis rentrée dans la vie active, et j'ai le souvenir qu'à compter de 1974 (fameux choc pétrolier), début des crises économiques, et cela n'a plus jamais cessé. ANGOISSE du chômage toute ma carrière et ça n'a jamais cessé depuis, et lorsque cela arrivait car licenciement en masse etc...la croix et la bannière pour retrouver un travail ! Je suis à la retraite depuis le 1er janvier, et je ne cesse d'entendre parler de reprise économique. En résumé 40 ans de crise, difficultés à trouver un poste si on etait licencié, et qui dit chômage dit faible retraite, alors NON nous n'avons jamais été gâtés pendant notre activité et nos pensions sont calculées avec des critères de plein emploi !! 25 meilleures années !!Injuste ça aussi !

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