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8,8 % en Suisse contre 19,7 % en France : le chômage chez les jeunes, comment fait la Suisse ?

Avec un taux de chômage des jeunes de seulement 8,8 % en 2025, contre 19,7 % en France, la Suisse s'impose comme l'un des modèles les plus performants d'Europe en matière d'insertion professionnelle. Loin d'être un miracle, ce résultat est le fruit d'un système structurellement pensé pour favoriser le travail des jeunes dès la fin de leur scolarité obligatoire. Cette efficacité repose sur trois piliers majeurs : un système scolaire massivement tourné vers l'apprentissage et le cumul emploi-études, une assurance-chômage stricte qui impose une insertion rapide sur le marché du travail, et une décentralisation éducative permettant aux cantons d'adapter l'offre de formation aux besoins réels de l'économie locale.

Un système scolaire plus diversifié et plus professionnalisant 

Les systèmes scolaires français et suisse sont plutôt similaires en ce qui concerne la maternelle, le primaire et le collège. La seule différence réside dans le cursus qui débute plus tard (entre 4 et 5 ans) et termine plus tôt (entre 15 et 16 ans). 

En ce qui concerne le lycée, appelé Secondaire II en Suisse, les deux systèmes sont radicalement différents. La Suisse divise en quatre cursus différents le Secondaire II : deux cursus proposent une formation intellectuelle (école de maturité gymnasiale et l’école de culture générale (ECG)) et deux proposent une formation professionnalisante (formation professionnelle initiale (FPI) avec ou sans apprentissage). 

Les deux FPI débouchent, pour celle qui propose un apprentissage, sur un Certificat Fédéral de Capacité (CFC) et l’autre sur une Attestation de Formation Professionnelle (AFP). Dans les faits, le CFC représente l'écrasante majorité des FPI (90 % contre 10 %) du fait du niveau plus élevé de la formation et de sa meilleure reconnaissance sur le marché du travail. 

L’école de maturité gymnasiale est caractérisée par une formation intellectuellement exigeante dont la durée est déterminée par les spécialisations de l'élève durant ses années. L’école de maturité gymnasiale débouche sur un examen de maturité qui est l’équivalent du baccalauréat. Cette formation est celle qui prépare le mieux aux études supérieures. L’ECG quant à elle se rapproche de l’idée des filières professionnalisantes au lycée (STMG, SEGPA, STI2D, ...). 

Ce système éminemment complexe, permet toutefois de s’adapter à tous les types de profils et permet une entrée sur le marché du travail bien plus rapide que dans le système français. En effet, dans le cas de l’ECG, les titulaires d’un certificat entrent sur le marché du travail à partir de 18 ou 19 ans. La large part des formations professionnalisantes, permet aussi une meilleure intégration sur le marché du travail avec des entreprises moins réticentes à recruter les jeunes du fait de l’expérience qu’ils ont déjà engrangée.

Des études qui laissent plus de place à l’emploi 

Le système d’études supérieures vient compléter ce système scolaire dans la mesure où il permet à ceux qui le souhaitent de poursuivre leurs études quel que soit le diplôme sans pour autant freiner la professionnalisation de ceux qui l’ont commencée, voire en permettant largement le cumul emploi-étude. 

Les différentes filières n’ayant pas toutes pour objectif la poursuite d’études supérieures, on constate des taux d’entrée dans le degré Tertiaire très différents en fonction des cursus. Ainsi, 93 % des élèves qui ont suivi une formation dans le Secondaire II en école de maturité gymnasiale suivent des études dans le Tertiaire contre 11 % de ceux qui sont titulaires d’un CFC[1]. Ces chiffres sont ceux de l’entrée dans le tertiaire deux ans maximum après l'obtention du diplôme, les Suisses ne poursuivant pas obligatoirement leurs études directement après l’obtention de ce dernier, notamment dans les formations professionnelles. L’âge d’entrée dans les Hautes Écoles Universitaires (HEU) est de 20,7 ans, de 24,3 ans pour les Hautes Études Pédagogiques (HEP) et de 23,1 ans pour les Hautes Écoles Spécialisées (HES)[2]. Ce décalage explique donc en partie le taux de chômage bas des personnes en Suisse puisque ces derniers travaillent avant de faire leurs études. Cette logique est d’autant plus vraie pour les élèves issus des FPI qui sont bien plus professionnalisantes que les autres et dont la progression repose avant tout sur l’expérience.  Pour cette raison, si seulement 11 % des CFC font des études dans le tertiaire deux ans après avoir obtenu leur diplôme, ils sont aux alentours de 35 % 8 ans après la graduation. 

En outre, le système d'études supérieures suisse laisse une part importante au travail. En effet, à partir du Secondaire II, il est possible de cumuler un emploi en plus d’une formation. De ce fait, en Suisse certaines études se font même à temps partiel. Le tableau suivant présente la répartition des heures d’études et travaillées par formation dans le degré Tertiaire en 2020[1]. En 2021, les étudiants français travaillent en moyenne 8h par semaine[2].

 

Formations en apprentissage

Formation à temps plein 

Formation à temps partiel

Cours 

7,4h/semaine

31,4h/semaine 

12h/semaine

Emploi

27,1h/semaine 

5,8h/semaine

19,1h/semaine

En général, après 23 ans, la majorité des étudiants suivent une formation à temps partiel, ce qui signifie que les HES et les HEP proposent majoritairement des formations dans ce format. 

En ce qui concerne les formations professionnelles, qui plongent directement l’élève dans le monde du travail, le taux de chômage est de 1,8 % un an après l’obtention de leur diplôme et de 2 % avant l'obtention de ce dernier[3]. En effet, le volume horaire des formations est réduit ce qui permet aux jeunes de travailler en même temps qu’ils poursuivent leurs études. Grâce à leur professionnalisation, il est facile pour eux d’obtenir un emploi. 

Une assurance-chômage pour les jeunes très incitative 

Le système d'assurance-chômage suisse est bien plus incitatif que celui français en ce qui concerne les jeunes. À la suite de leur inscription à l’assurance-chômage via un Office Régional de Placement (ORP), les jeunes doivent attendre 120 jours avant de percevoir leurs indemnités. Au cours de cette durée, l’assuré est tenu de rechercher activement un emploi. Les ORP décident d’eux-mêmes du caractère raisonnable de l’offre d’emploi mais les assurés de moins de 30 ans doivent accepter toutes offres d’emploi qui se présentent peu importe leurs liens avec la formation effectuée par le chômeur. 

L’autre option pour le chômeur est de suivre un programme d’insertion. Il en existe deux en fonction du niveau d’études du chômeur. Tout d’abord, un programme de six mois existe pour les jeunes qui ont achevé leur scolarité obligatoire et qui ne savent pas encore quelles formations du supérieur ils souhaitent suivre. Le deuxième système vise à accompagner vers l’emploi les jeunes qui ont obtenu un diplôme à la suite du Secondaire II en leur donnant l’occasion d’acquérir une première expérience professionnelle ou de suivre des programmes de renforcement de compétences. 

La grande force de ce système est que tout en étant très contraignant, il s’adapte à tous les types de profils avec pour objectif à terme que chaque jeune soit diplômé et qu’il puisse ensuite obtenir un emploi. L’objectif n’est cependant pas encore atteint, puisqu’en 2023 seulement un peu plus de 80 % des jeunes étaient détenteurs d’un diplôme. 

Tableau comparatif de l’Assurance chômage pour les jeunes[4

 

France 

Suisse

Délai d’attente pour bénéficier des indemnités

aucun

120 jours

Durée de l’indemnisation 

pas d’indemnisation

9 mois  

Offre d’emploi 

Peut accepter uniquement les offres raisonnables 

Obligation d'accepter n’importe quelle offre

Montant de l'indemnité

aucune indemnité mais possibilité de toucher le RSA ou les rémunérations de l'École de la deuxième chance (max. 500€)

491€/mois[5]

Programme d’insertion post-cursus obligatoire

Ecole de la deuxième chance (volontariat)

SEMO

Programme d’insertion post-cursus optionnelle 

Ecole de la deuxième chance/PACEA 

MMT lors de la transition II

À noter cependant que 36 % seulement des jeunes chômeurs étaient inscrits dans un ORP en 2020[6]. Cette faible proportion s’explique en partie par le délai d'attente de 120 jours pour avoir recours aux indemnités. Ce délai est assez long pour donner l'occasion aux jeunes chômeurs de trouver un emploi ou une formation tout en ne le pénalisant pas économiquement.

Une décentralisation au service de l’emploi 

En Suisse, l’autonomie des 26 cantons, notamment en matière d’éducation, explique en grande partie le faible taux de chômage des jeunes. Les importantes différences culturelles entre les cantons, au premier rang desquelles la langue, forment autant de barrières qui font qu’un jeune reste généralement dans son canton tout au long de sa formation, puis de sa vie professionnelle. L’hyper autonomie des cantons liée à leur particularisme culturel leur permet d’appliquer une politique spécifique pour les formations, en fonction de leurs besoins pratiques ou de leurs spécialisations économiques.

En somme, le modèle suisse démontre que la lutte contre le chômage des jeunes ne dépend pas de solutions miracles, mais d'une cohérence systémique globale. En combinant une culture forte de l'apprentissage , un encadrement strict du chômage qui privilégie l'activité à l'indemnisation passive , et une flexibilité cantonale calquée sur les réalités économiques , la Suisse parvient à intégrer ses jeunes sur le marché du travail de manière exceptionnellement rapide. Bien plus qu'un simple parcours académique, le système helvétique fait du travail une composante à part entière de la formation , garantissant ainsi à sa jeunesse une transition fluide et pragmatique vers la vie professionnelle.

[1] Voir L'éducation en Suisse - Rapport 2026 page 204

[2] Voir Statistique des hautes écoles 2022  

[3] Voir Les personnes de 15 à 29 ans sur le marché suisse du travail en 2020 - OFS

[4] Voir Sénat

[5] Voir L'éducation en Suisse - Rapport 2026 page 320

[6] Voir SECO

[7] Voir Circulaire MMT  

[8] Voir Les personnes de 15 à 29 ans sur le marché suisse du travail en 2020 - OFS