Budget et fiscalité

Sortons au plus vite de l'uniformité des restrictions sanitaires sur le territoire

09 décembre 2020 • Agnès Verdier-Molinié

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Face à la pandémie, nous sommes à la croisée des chemins. Peu à peu, tous les pays qui nous entourent ont compris ou comprennent désormais qu'ils ne peuvent pas garder des règles uniformes de restrictions sanitaires sur tout leur territoire. Sauf la France.

Cette tribune a été publiée dans les pages des Echos, le 7 décembre 2020. A voir, en cliquant ici.

Au Royaume-Uni, depuis le 2 décembre, les mesures actuellement en vigueur sont levées pour appliquer une approche « par tiers », avec trois zones où s'appliquent des mesures plus ou moins sévères en fonction du niveau de contamination qui classent les comtés d'Angleterre et du pays de Galles. La zone 1 sera celle de contamination moyenne (Cornouailles, île de Wight) avec restaurants, bars, cafés, pubs ouverts. Les grands événements publics pouvant accueillir 4.000 personnes à l'extérieur ou 1.000 personnes à l'intérieur.

En zone 2, où la contamination est élevée (25 comtés à ce jour), les restaurants, bars, cafés, pubs peuvent rester ouverts pour servir des repas substantiels. Les événements peuvent accueillir 2.000 personnes à l'extérieur ou 1.000 personnes à l'intérieur.

En zone 3, où la contamination est très élevée (13 comtés). Restaurants, bars, cafés et pubs sont fermés à l'exception de la livraison des plats à emporter et du service de drive. Les événements peuvent réunir 15 personnes.

Ailleurs, en Europe

En Espagne, en Allemagne et en Italie, les régions sont à la manoeuvre depuis le début de la crise sanitaire. La Catalogne allège progressivement les restrictions mises en place sur son territoire, autorisant la réouverture des restaurants, des commerces, des hôtels... Le Pays basque garde pour sa part pour l'instant ses restaurants fermés.

En Allemagne, les restaurants ouvriront début janvier, sur le reste chaque Land peut arbitrer localement. En Italie, les régions peuvent appliquer des mesures plus restrictives en fonction de la situation locale. Depuis le 6 novembre dernier, des mesures sanitaires différentes sont instaurées en fonction des zones considérées (jaune, orange et rouge). En Suisse, chaque canton peut décider de restrictions particulières en fonction du nombre de décès et surtout de la surmortalité constatée (fermeture des restaurants par exemple).

Territorialiser nos décisions

Si la France avait une approche similaire à celle de ses voisins, elle serait en train de mettre en place un système cohérent de zones territoriales qui nous permettrait d'affiner plus les contraintes et de rouvrir plus vite restaurants, cafés, musées, salles de sport, voire remontées mécaniques… Qu'attendons-nous pour territorialiser aussi nos décisions ? Que le virus ait définitivement quitté la France ? Faudra-t-il qu'on continue d'affecter durablement plus notre économie que dans les pays voisins par notre obsession centralisatrice ? Et ce, tout en distribuant des milliards (encore ces jours-ci pour payer les jours de congés…) que nous n'avons pas ? Cela n'a aucun sens. Et qu'on ne dise pas qu'on a essayé de le faire à Marseille et que ça s'est mal passé ! A Marseille, les élus locaux n'avaient pas été associés.

Il y a pourtant un indicateur territorial qui ne trompe pas : le nombre de morts dans chaque territoire de France. Chaque département, voire chaque commune, devrait pouvoir, en comparant sa mortalité aux années antérieures, avoir les mains libres pour décider de rouvrir plus vite ses restaurants, par exemple. Inversons l'argument hiérarchique. L'Etat ne devrait fixer qu'un canevas minimal pouvant être allégé ou renforcé au niveau local de façon transparente et objective. Combien de points de PIB va-t-il falloir encore perdre avant de quitter notre approche jacobino-jacobine rigide, inefficace et autodestructrice ?

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