Précarité, pauvreté et immigration : un surcoût à plus de 10 milliards d’euros par an
Poser la question de la qualité de l’immigration en France et son éventuelle sélectivité, c’est documenter son poids direct (immigrés) et indirect (descendant d’immigré de 1ère génération) sur les dispositifs de protection sociale, et son exposition à la pauvreté. Grâce aux études disponibles, il est d’ores et déjà possible d’avancer prudemment quelques chiffres : ces deux populations en France sont plus exposées à la précarité et au chômage occasionnant des surcoûts avec le reste de la population de 11,6 milliards d’euros (+2,1 milliards en matière d’allocations chômage, +9,5 milliards s’agissant des prestations)[1]. La population immigrée ou d’origine immigrée pauvre est par ailleurs sur-représentée par rapport à la population totale dans la mesure où elle atteint 3,5 millions d'individus sur les 9,2 millions de pauvres recensés (soit 38 %). Plus précarisée que le reste de la population, nous estimons qu'elle génère un surcoût direct pour les finances publiques par rapport à un coût théorique similaire au reste de la population (prestations, soins, aides diverses) de près de 11,1 milliards d’euros.
Le collectif Alerte ! a publié très récemment un rapport rédigé pro bono par le cabinet Oliver Wyman, Lutter contre la pauvreté un investissement social payant ! Un rapport d’autant plus intéressant qu’il est fouillé statistiquement et que les méthodes de chiffrage des coûts directs, indirects et induits sont livrées en sus de leur décomposition. Le rapport retient donc un coût total de la population considérée comme pauvre (avec des revenus inférieurs à 60% du niveau de vie médian), soit 9,145 millions de personnes, à 119 milliards d’euros. Mais ce qui n’est pas analysé dans le rapport c’est la composition de cette population pauvre au-delà de sa répartition par statut d’activité. En effet, cette population très fragile est nécessairement composée de personnes aux profils très différents : des personnes étrangères, des personnes immigrées, des personnes descendantes d’immigrés (selon l’INSEE de 1ère génération) et des personnes non immigrées. S’agissant des personnes étrangères, elles sont prises en compte dans les statistiques de la pauvreté classique suivie par l’INSEE : lorsqu’elles sont nées en France, elles relèvent le plus souvent des descendants d’immigrés. Lorsque ce n’est pas le cas en revanche, elles sont incluses au sein de la population immigrée. Les populations immigrées et descendantes d’immigrés de 1ère génération y sont donc identifiées, ce qui permet de connaître leur niveau de participation à la population réputée pauvre et d’avoir une idée sur la « qualité » de l’immigration française et de sa sélectivité.
Une population pauvre immigrée ou d’origine immigrée à hauteur de 37,8 %
En utilisant les données de l’INSEE consolidées pour 2019, il est possible de déterminer au sein de la population sous le seuil de pauvreté de 60% en France métropolitaine (soit 9,194 millions de personnes[2]), la proportion de personnes immigrées ou d’origine immigrées dans leur sein. Les résultats sont les suivants :
Population | Taux de pauvreté | Population pauvre | % population pauvre | |
|---|---|---|---|---|
| Population immigrée | 5 961 | 31,50% | 1 878 | 20,4 |
| Descendants d'immigrés (1ère génération) | 7 349 | 21,70% | 1 595 | 17,3 |
| Total partiel | 13 310 | 26,1 % | 3 473 | 37,8 |
| Population totale (France métropolitaine) | 62 972 | 14,60% | 9 194 | 100 |
Source : INSEE[3], calculs Fondation IFRAP octobre 2024, révisés septembre 2026.
Il apparaît en particulier que la population immigrée ou descendante d’immigrée de 1ère génération est sur-représentée au sein de la population pauvre en France. Alors que cette population ne représente que 21,1 % de la population totale en 2019, elle représente près de 37,8 % de la population située sous le seuil de pauvreté relative de 60% (du revenu médian), soit près du double. Par rapport à la population immigrée elle-même, la population descendante de 1ère génération fait toutefois mieux que la précédente, mais sa situation semble toutefois très exposée à la pauvreté : 9,5 % de la population totale pour la population immigrée avec un taux de pauvreté de 31,5% et une proportion de la population pauvre de 20,4 % contre 11,7 % de la population totale pour la population descendante d’immigrés de la 1ère génération pour un taux de pauvreté de 21,7% et une proportion au sein de la population pauvre de 17,3 %.
Des conséquences objectives sur les finances publiques de l’ordre de 9,5 Mds €
Il est par ailleurs possible de déterminer les montants de dépenses de prestations sociales et chômages mobilisés par ces personnes en 2019[4] via la composition du niveau de vie moyen selon l’ascendance migratoire (exprimé par unité de consommation et converti ici en montant par individu[5]) :
Population M | Allocations chômage €/an/individu | Prestations sociales €/an/individus | Coût Md € Allocations chômages | Coût Md € Prestations sociales | |
|---|---|---|---|---|---|
| Immigrés | 5,961 | 612 | 1 498 | 3,6 | 8,9 |
| Descendants d'immigrés | 7,349 | 632 | 1 447 | 4,6 | 10,6 |
| Total | 13,310 | 623 | 1 470 | 8,3 | 19,6 |
Source : INSEE, DREES, calculs Fondation IFRAP octobre 2024, révisés septembre 2026.
Il apparaît qu’en 2019, les populations immigrées et descendants d’immigrés de 1ère génération bénéficient d’allocations chômage de 8,3 milliards d’euros et de prestations sociales d’un montant de 19,6 milliards d’euros. Cela représente respectivement 25,8 % des allocations chômage versées en 2019 aux ménages (total de 32,1 milliards) et 30,9 % des prestations sociales (total non contributif de 63,3 milliards d’euros[6]).
Attention cependant à ne pas stigmatiser ces populations, mais à chercher à juger de la qualité de l’immigration que la France accueille, ce qui suppose d’adopter une démarche différentielle, en prenant pour référence l’hypothèse selon laquelle ces deux agrégats de population auraient les mêmes recours aux allocations chômage et aux prestations sociales que le reste de la population. Pour ce faire nous présentons le tableau détaillé suivant :
Population (millions) | Ecart en euros/an/individu Allocations chômage | Ecart en euros/an/individu Prestations sociales | Ecart de coût Md € Allocations chômages | Ecart de coût Md € Prestations sociales | |
|---|---|---|---|---|---|
| Immigrés | 6,0 | 143 | 743 | 0,9 | 4,4 |
| Descendants d'immigrés | 7,3 | 163 | 692 | 1,2 | 5,1 |
| Total | 13,31 | 154 | 715 | 2,1 | 9,5 |
| Français Ni immigrés ni descendants d'immigrés | 49,7 | 0 | 0 | 0,0 | 0,0 |
Source : INSEE, DREES, calculs Fondation IFRAP octobre 2024, révisés septembre 2026.
On peut alors identifier les « surcoûts » liés aux prestations sociales versées et aux allocations chômage payées aux populations immigrées et descendantes d’immigrés de 1ère génération. Cela représente +2,1 milliards d’euros du côté des allocations chômage, dont 0,9 milliard pour les immigrés (qui généralement travaillent rapidement, mais dans des emplois souvent précaires), et pour les descendants d’immigrés, +1,2 milliard d’euros. Mais bien davantage s’agissant des prestations sociales où le différentiel atteint près de 9,5 milliards d’euros par rapport à leur montant si leur montant individuel était le même que celui du reste de la population. En additionnant les deux agrégats différentiels (chômage et prestations sociales) on aboutit à un « surcoût » global par rapport au reste de la population de 11,6 milliards d’euros.[7]
Mais cela ne nous dit pas ce que les plus pauvres consomment de ces mêmes prestations. Si l’on considère que la proportion des publics les plus pauvres immigrés et descendants d’immigrés est homogène avec le reste de la population pauvre française, et que l’on retient que leur taux de pauvreté ne serait pas sensiblement différent en 2022 que celui enregistré en 2019 (les statistiques de l’INSEE sur le sujet ayant 4 ans de décalages), alors que la population immigrée pauvre en 2022 devrait représenter un coût de 10,4 milliards d’euros sur les 51 milliards identifiés par l’étude d’Oliver Wyman, tandis que la population descendante d’immigrés devrait représenter un coût de 8,8 milliards d’euros. Ainsi le coût direct total de la population pauvre immigrée ou d’origine immigrée pour les finances publiques pourrait représenter près de 19,3 milliards d’euros en ordre de grandeur. Si les immigrés et descendants d’immigrés avaient le même taux de pauvreté que le reste de la population, le coût de la pauvreté pour les finances publiques serait plus de deux fois plus faible, atteignant 8,2 milliards d’euros (pour 1,5 million de pauvres immigrés ou descendants de 1ère génération et non 3,5 millions comme actuellement)[8]. Soit un surcoût lié à leur surpauvreté de 11,1 milliards d’euros.
Conclusion
Il est donc possible (mais cette analyse devrait être encore affinée lorsque les données seront disponibles) de considérer que le « surcoût » des prestations sociales et d’allocation chômage des immigrés et descendants d’immigrés représente un montant global de 11,6 milliards d’euros dont, 2,1 milliards relèvent de dispositions partiellement assurantielles (allocations chômage y compris allocation de fin de droits). Cette même approche peut s’appliquer à la population immigrée et descendante de 1ère génération. Le surcoût identifié pour le traitement de la pauvreté de cette catégorie de population atteint 11,1 milliards d’euros.
- [1] Note corrigée en septembre 2026. La version initiale multipliait par des effectifs de population des montants de l’Insee exprimés par unité de consommation, ce qui surestimait les masses d’environ 59 % pour les prestations et de 47 % pour les allocations chômage ; elle appliquait en outre des effectifs France entière à des données portant sur le seul champ de l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Le détail des calculs figure dans le classeur de reconstitution établi par la Fondation.
- [2] Champ de l’ERFS : France métropolitaine, personnes vivant en ménage ordinaire dont la personne de référence n’est pas étudiante (hors personnes vivant en collectivité ou sans domicile). Population du champ estimée à 62,97 millions de personnes en 2019, par interpolation entre 2018 (9 327 milliers de pauvres, taux de 14,8 %) et 2021 (9 117 milliers, 14,5 %). Immigrés : 9,47 % du champ (interpolation entre 9,2 % en 2018 et 10,0 % en 2021). Descendants d’immigrés : 7,349 millions (enquête Emploi 2021, logement ordinaire), l’Insee ne publiant pas cet effectif sur le champ de l’ERFS : https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793230?sommaire=6793391.
- [3] On consultera les références de l’INSEE suivantes : Immigrés et descendants d’immigrées édition 2023, L’essentiel sur les immigrés et les étrangers, 29/08/2024, France portrait social 2020 et 2021, section immigrés et descendants d’immigrés, Pauvreté selon le statut d’activité et le seuil, 11/07/2024, séries depuis 1996 et jusqu’en 2022 ; Niveaux de vie et pauvreté en 2022, 11/07/2024 et INSEE Première, En 2021 les inégalités et la pauvreté augmentent, n°1973 du 14/11/2023. Taux de pauvreté par ascendance migratoire : Insee, Immigrés et descendants d’immigrés, éd. 2023, fiche 5.1, figure 1 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793278?sommaire=6793391. Part des immigrés dans le champ de l’ERFS : Insee, Revenus et patrimoine des ménages, éd. 2021, fiche 1.22 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5371243?sommaire=5371304 ; éd. 2024, fiche 1.18 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/7941405.
- [4] https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793278?sommaire=6793391. Voir aussi DREES, Minima sociaux et prestations sociales, éd. 2023, fiche 02 : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-09/MS2023-Fiche%2002%20-%20La%20composition%20du%20revenu%20des%20m%C3%A9nages%20pauvres%20ou%20modestes.pdf.
- [5] Le niveau de vie est le revenu disponible du ménage divisé par son nombre d’unités de consommation (1 pour le premier adulte, 0,5 pour chaque autre personne de 14 ans ou plus, 0,3 par enfant de moins de 14 ans) ; il est identique pour tous les membres du ménage. Les montants par individu sont obtenus en appliquant des coefficients de passage de 0,629 pour les prestations et de 0,680 pour les allocations chômage, rapports entre le montant moyen par personne (montant moyen par ménage publié par la DREES divisé par la taille moyenne des ménages, 2,19 personnes en 2019) et le montant moyen par UC. Sources : DREES, précitée, tableaux 1, 3a et 3b ; Insee, France, portrait social, éd. 2022, fiche 1.3 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/6535221/FPORSOC22-F3.pdf.
- [6] Voir INSEE, France portrait social 2021, Protection sociale, https://www.insee.fr/fr/statistiques/5432469?sommaire=5435421. Cet agrégat des comptes de la protection sociale (369,2 Md€), qui inclut notamment les prestations santé, n’est pas comparable aux prestations mesurées dans l’ERFS ; les totaux retenus sont ceux perçus par les ménages du champ de l’enquête (calculs Fondation IFRAP d’après DREES et Insee, précités).
- [7] Estimation centrale, en euros de 2019. La seule correction d’unité, sans recalage des effectifs, donne 12,4 Md€ ; des coefficients de passage différenciés tenant compte de la taille plus élevée des ménages immigrés conduiraient à une borne basse indicative d’environ 8,6 Md€. Il s’agit d’écarts bruts de perception de prestations, et non d’un solde net pour les finances publiques.
- [8] Coût contrefactuel = 51 Md€ × (13,31 millions × 11,1 %) / 9,19 millions de pauvres, 11,1 % étant le taux de pauvreté des personnes ni immigrées ni descendantes d’immigrés. La version initiale retenait implicitement un taux de référence d’environ 13,1 %, incohérent avec la population de référence retenue dans la première partie de la note.