Le saccage fiscal de la croissance française
Deux informations sont venues se télescoper ces derniers jours : la France est redevenue d'après Eurostat le pays aux ressortissants les plus taxés avec 46 % de taux de prélèvements obligatoires, et notre croissance de troisième trimestre est négative avec -0,1 %. Nous sommes au bord de la récession.
Certains font encore mine de se gratter la tête pour trouver des explications à cette bérézina ? Honte à eux ! Nous assistons depuis juin 2024 à un saccage de la croissance française par arme fiscale. Qu'est ce qui avait renoué le fil de la confiance des entrepreneurs et des investisseurs en France ? L'engagement de ne pas créer d'impôts nouveaux. Cela a tenu à peu près - avec quelques accrocs - sur sept exercices budgétaires. Et la France de 2017 à 2024 n'a pas trop démérité sur sa croissance par rapport à la zone euro.
Cet article a été publié dans le journal Les Echos le 03 novembre 2026. |
La confiance a été rompue
Que s'est-il passé ensuite ? Ce contrat s'est trouvé déchiré à la barbe de tous les Français : fini le zéro impôt en plus. Après juin 2024 et la dissolution, l'ajustement ne se fera pas à 100 % en baisse de dépenses mais majoritairement par des hausses d'impôts sur les entreprises et les entrepreneurs. Contribution différentielle sur les hauts revenus censée être exceptionnelle et qui est toujours là, surtaxe d'impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises censée être transitoire et qui perdure, augmentation du taux de prélèvement sur les revenus du capital… Toutes les promesses pour reconstruire une France entrepreneuriale qui aime ses créateurs de richesse sont parties au fil des mois en confettis.
C'est le budget 2025 qui a consacré ce virage à 180 degrés… Depuis, que se passe-t-il ? La France est systématiquement en dessous de la croissance de la zone euro. La croissance potentielle de la France a été tuée par cette volte-face fiscale après avoir été déjà fragilisée par le Covid puis par la guerre en Ukraine. La confiance a été rompue. Maintenant, nous sommes quasiment en récession, plombés par un troisième trimestre négatif et un quatrième trimestre qui s'annonce mal a fortiori avec les samedis d'actes de casses qui s'enchaînent. La machine productive de la France est à l'arrêt. Dans l'industrie manufacturière, c'est criant.
Des élus irresponsables
Le saccage n'est pas qu'économique, il devient aussi un boomerang budgétaire. Et la boucle est bouclée. Parce qu'on n'a pas voulu retirer le tapis de l'argent magique, parce qu'on a continué à augmenter la part de la dépense publique dans le PIB, on a surtaxé et fait fondre la croissance mais aussi les recettes publiques. Si on atterrit à 0,2 % de croissance sur l'année 2026, le déficit public attendra 5,7 % contre 5,4 % annoncés par le gouvernement.
Le pauvre point de croissance prévu dans les documents budgétaires 2027 est déjà caduc ! Si nous sommes toujours autour de 0,2 ou 0,3 % de croissance l'an prochain, il va falloir doubler les économies prévues pour en ajouter 22 milliards si on veut éviter 5,7 % de déficit en 2027. Pendant ce temps-là, les députés se sont illustrés de manière pathétique à voter 49 milliards de dépenses supplémentaires.
nregistré depuis la création de la série en 2001. Tandis que l'on pleure sur notre croissance perdue et nos déficits, celle de l'Europe est prévue 1,4 % cette année. Arrêtons de nous plaindre. Ouvrons les yeux. Le saccage de la croissance vient du matraquage fiscal et de l'irresponsabilité de nos élus. Et aussi, bien sûr, de ceux qui se présentent au portillon de la magistrature suprême en promettant encore de raser gratis en augmentant les impôts. Il ne faut pas chercher ailleurs pourquoi nos entreprises et nos concitoyens ont les deux pieds sur le frein.