Budget et fiscalité

Nouveau confinement national : 26,7 milliards de PIB en moins par mois

01 avril 2021 • Samuel-Frédéric Servière

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Le Président de la République dans le cadre de son allocution du 31 mars 2021 a annoncé la mise en place pour 1 mois d’un confinement national pour l’ensemble des départements métropolitains (hors DOM/TOM). Selon les premières estimations de Bercy, le coût global de ce 3ème confinement national s’élèverait à 11 milliards d’euros. Il semble qu’il s’agisse ici d’un minima. La perte de PIB n’est d’ailleurs pas encore chiffrée précisément mais elle pourrait atteindre 1,1 point de PIB annuel/mois (mais pour des pertes définitives plus faibles, de l’ordre de 0,2 à 0,3 point). Par ailleurs des pertes de prélèvements obligatoires devraient également dégrader un peu plus encore les comptes publics, et nous les estimons à un peu moins de 12 milliards d’euros.

Un coût pour les finances publiques de 11 milliards d’euros pour les mesures de soutien

Le 3ème confinement national résulte en réalité d’une extension du 3ème confinement qui touche déjà 16 départements français depuis le 18 mars 2021. Par ailleurs, le couvre-feu à 19 h resterait en place sur l’ensemble du territoire. Il faut donc bien mettre en évidence les évolutions des restrictions sanitaires depuis le début de l’année 2021, le tout sur base mensuelle. Ces estimations sont les suivantes :

Coût mensuel théorique 

Evaluation initiale janvier 2021

Evaluation de mars

Evaluation d'avril

 

Couvre-feu 18h

Couvre-feu à 19 h

Confinement partiel

Total

Couvre-feu à 19 h

Confinement national

Total

Fonds de solidarité : compensation perte d'activité indépendants

4

3,4

0,6

4

3,4

2,5

5,9

Coût spécifique du chômage partiel

2,2

1,5

0,4

1,9

1,5

1,7

3,2

Exonérations de charges

1

1,1

0,2

1,3

1,1

0,8

1,9

Total

7,2

6

1,2

7,2

6

5

11

Sources : Calcul Fondation iFRAP d’après le Ministère des Finances.

Comme nous l’évoquions dans notre analyse du coût du confinement partiel n°3, le coût mensuel des mesures de soutien aux secteurs économiques touchés par les restrictions sanitaires ne cessent de varier. Estimées en février à 7,2 milliards d’euros lors en rythme de croisière avec un couvre-feu à 18h00 (à compter du 16 janvier 2021), celles-ci se voyaient moins consommées que prévu à la veille du 3ème confinement partiel et du relèvement de ce même couvre-feu à 19h00 (le 18 mars). Autorisant à parler d’un coût global des nouvelles restrictions sanitaire à enveloppe constante.

Désormais, les chiffrages de Bercy sont plus coûteux puisque l’on passerait de 7,2 milliards de mesures de soutien à 11 milliards d’euros à partir du 5 avril. Nous supposons pour effectuer cette décomposition que le coût du couvre-feu maintenu à 19 h 7j/7 reste évalué à son niveau actuel.

Ainsi que le relève Les Echos, « il s’agit d’une forte hausse par rapport aux derniers montants évoqués. Mi-mars, lors des précédentes annonces de restrictions concernant 16 départements, le chiffre de 7,2 milliards avait été avancé, lui-même déjà plus élevé que les 6 milliards mensuels estimés en février[1] », cependant ce coût devrait augmenter de près de 3,8 milliards supplémentaires à la suite de la généralisation du confinement (coût d’extension), ce qui laisse suspecter un coût réel mensuel du confinement partiel actuellement en vigueur, singulièrement sous-évalué (alors que les 16 départements concernés représentaient près de 42% du PIB national[2]) et qui serait plus proche des 2,1 milliards d’euros que de 1,2 milliards. Désormais c’est l’ensemble des territoires métropolitains qui sont concernés représentant 98% du PIB national. Le coût de l’extension du dispositif serait donc de 2,9 milliards et non de 3,8 milliards…

Le coût mensuel des mesures de soutien à l’activité économique devrait donc représenter près de 11 milliards d’euros en régime de croisière.

Une perte de PIB qui pourrait atteindre 1,1% du PIB pour 1 mois de confinement

Si l’on veut maintenant évaluer les pertes de PIB induites, elles seraient elles aussi beaucoup plus importantes que celles affichées lors du dernier confinement partiel. Notre estimation est qu’elles pourraient représenter environ 1,1% de PIB annuel/mois[3]. En lien avec la fermeture des commerces non essentiels sur la base des 19 départements déjà concernés (16+3) soit 90.000 commerces, étendue à l’ensemble du territoire métropolitain, soit 150.000[4]. Attention toutefois, cette perte de PIB ne serait pas définitive, à cause de l’effet de rebond de l’activité économique post-confinement (donc certainement en mai). La perte définitive de PIB pourrait être beaucoup plus faible, de l’ordre de 0,2 à 0,3 point de PIB.

Coût total sur la durée\année

3ème Confinement national

Couvre-feu 3

Total

PIB en milliards

-20,8

-5,9

-26,7

Pertes emplois

-146 367

-41 567

-187 934

Pertes de recettes fiscales et sociales (Mds)

-9,2

-2,6

-11,8

Coût du chômage partiel (Mds)

1,50

1,3

2,793

Source : Fondation iFRAP, avril 2021

Le coût du 3ème couvre-feu en rythme mensuel ne varierait pas depuis la précédente évaluation. En revanche la perte de PIB atteindrait 20,8 milliards d’euros/mois à cause de la poursuite et de l’extension du 3ème confinement à l’ensemble du territoire métropolitain. Nous chiffrons les pertes d’emplois à 187.934. Par ailleurs les pertes de recettes fiscales et sociales atteindraient les 11,8 milliards d’euros. Le coût du chômage partiel est moins élevé que l’estimation de Bercy, à 2,8 milliards contre 3,2 milliards d’euros.


[2] Si l’on estime que la répartition des aides pourrait suivre en 1ère approximation celle du PIB (et ce en minimisant les reports d’activités et de consommation entre les territoires confinés et ceux limitrophes éprouvant moins de restrictions sanitaires), le coût réel du confinement partiel des mesures de soutien devrait plutôt être estimé à 2,1 milliards d’euros. Le coût des mesures de soutien liées à l’extension du confinement ressortirait alors à 2,9 milliards d’euros, et non 3,8 milliards.

[3] Une estimation beaucoup plus forte que les 5 milliards de pertes de PIB, soit 0,2 points de PIB avancés par certains économistes, https://www.lci.fr/economie/video-covid-coronavirus-ecole-fermee-quel-sera-l-impact-economique-de-ce-confinement-l-analyse-de-francois-lenglet-2182312.html, mais qui intègrent eux, l’effet de rebond sur le PIB national en mai. Les 0,2 points de PIB seraient des pertes définitives… notre estimation est une simple perte « mensuelle », qui pourrait être en partie rattrapée le mois suivant par un effet rebond.

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