Budget et fiscalité

La reconstruction de la France ne doit pas être un énième plan de dépenses

18 mai 2020 • Agnès Verdier-Molinié

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Certains entrepreneurs semblent culpabiliser face aux aides de l'Etat français (chômage partiel, report de charges, prêts garantis). Ils ne devraient pas tomber dans ce piège. Ce n'est que le juste retour d'un Etat qui pressure leurs marges par l'impôt et les charges depuis tant d'années.

Aller plus loin dans le plan de sauvetage de nos entreprises va s'imposer. Comme en Allemagne, garantir les prêts à 100 %, remboursables sur 10 ans, programmer plus d'annulations d'impôts et de charges (au-delà du secteur du tourisme) si on ne veut pas enregistrer des faillites en cascade.

Au-delà de l'urgence, il faut déjà plancher sur le plan de reconstruction. La dernière chose dont nous avons besoin, c'est d'un plan de relance « à la française » avec des dépenses sociales qui explosent pour doper la demande, vieille recette qui voudrait qu'on continue d'augmenter les dépenses publiques, alors même que nous sommes le pays le plus dépensier.

Nous voulons relocaliser ?

Oublions tout de suite le plat réchauffé qu'est la baisse de la TVA qui nous inciterait à acheter des produits venant de l'étranger. Qui est dupe de ce genre de solutions ? Comme de celle qui voudrait que l'on augmente les minima sociaux ?

Il nous faut un plan massif de baisse des impôts de production et des charges des entreprises. Le plan de reconstruction doit nous sortir des mauvaises habitudes et doit permettre de produire plus en France, de consolider nos emplois, de renouer avec la croissance. Même après le CICE et le pacte de responsabilité, les impôts payés par nos entreprises étaient encore, en 2018, 100 milliards plus hauts en France que dans la zone euro.

Fantasmer que, dans le monde d'après, le manque de compétitivité ne soit plus un problème, relève du déni. Dans le plan choc de la Fondation iFRAP, nous proposons 30 milliards de baisse des taxes sur la production et 10 milliards de baisse de charges d'ici à 2024, y compris sur les salaires élevés pour créer aussi des emplois à forte valeur ajoutée. Cela permettrait de créer plus de 420.000 emplois.

Décider pour un an un moratoire sur les droits de mutation (DMTO) pesant sur l'immobilier et un moratoire sur la taxation des donations ainsi que déverrouiller les participations des salariés permettrait de doper en parallèle l'investissement des ménages.

Aussi, déverrouiller plus le Code du travail ne doit pas être un gros mot. Certaines mesures ont été prises comme la semaine de 60 heures maximum. Le gouvernement annonce d'ailleurs la possibilité de renouveler plus de fois les CDD que ce qui est prévu par les accords de branche, mais seulement jusqu'en janvier 2021… D'une façon générale, toutes ces « flexibilités » devraient être étendues et prévues pour durer.

Repousser l'âge de départ à la retraite à 65 ans le plus rapidement possible sera aussi nécessaire. Reconstruire notre richesse nationale passera par travailler non seulement plus, mais encore plus longtemps, car nous perdons aussi plus de 100 milliards d'euros de PIB tous les ans en travaillant moins que nos voisins européens.

Produire, investir et travailler plus permettra de relever dans un second temps nos finances publiques en adoptant la règle qui a marché pour l'Allemagne ou la Suède : le frein à l'endettement. Nous devrons inscrire cette règle dans notre Constitution et redonner ainsi confiance en la France à nos partenaires européens.

Commentaires

  • Par jbmattret • Posté le 23/05/2020 à 14:38 Selon la deuxième loi de finances rectificative pour 2020, la dépense publique atteindrait 60,5 % du PIB en France. Ce niveau record invite à se mémoriser deux chroniques de Paul Fabra. Première citation (Paul Fabra, « Economiser, taxer, emprunter », Le Monde,‎ 5 mars 1991) : « le vrai prélèvement de l'État, c'est la dépense publique et la totalité de cette dépense est forcément financée par ponction sur les revenus actuellement disponibles. Dans les deux cas de figure possibles, prélèvement par la voie fiscale au bénéfice de l'État - collecteur d'impôt ou prélèvement sur le revenu du prêteur au profit de l'État emprunteur (cette deuxième méthode étant celle dite du déficit), il y a bien au départ une soustraction de pouvoir d'achat...Le seul moyen de réduire le prélèvement, c'est de diminuer la dépense de l'État en valeur relative ou absolue. Il est pareillement évident que cette diminution est en principe particulièrement opportune en période de récession, où il convient d'alléger le prélèvement sur le secteur productif. » Deuxième citation (Paul Fabra - L’impôt, l’emprunt et le déficit in journal Le Monde du 18 septembre 1990):"Du point de vue économique, la dette publique ne pose problème que dans la mesure où elle finance des dépenses improductives au sens strict du terme. Or, tel est pratiquement le cas puisque, depuis plusieurs années, la politique a consisté à sortir du budget les dépenses correspondant à des investissements de caractère économique, c’est-à-dire des investissements générateurs de revenus (et, qui, par conséquent, comme on dit), peuvent se rembourser eux - mêmes). Désormais, comme cela est de bonne gestion, on compte sur le marché pour financer ce genre de dépenses. Tel est le cas, par exemple pour les télécommunications, les autoroutes, etc. Pour éviter toute confusion, improductif ne signifie pas inutile, et il arrive souvent qu’une dépense que l’on peut qualifier d’improductive (parce qu’elle n’est pas financièrement rentable) soit indispensable et plus utile qu’un investissement économique. La distinction ne vaut que pour le mode de financement. Faut –il rappeler que, pour les dépenses improductives, le seul mode de financement que l’on puisse recommander, c’est l’impôt ? "
  • Par Xavier Cartron • Posté le 22/05/2020 à 22:19 que de bon sens dans cet article :: -favoriser la production en France donc l'emploi en alignant nos impôts de production sur l'Allemagne -favoriser les donations en baissant significativement les droits de succession pour que les enfants puissent hériter avant leur retraite et donc investir à leur tour -repousser l'âge de la retraite seul moyen efficace pour baisser la charge des retraites et assurer l'équilibre des régimes
  • Par Henricot • Posté le 22/05/2020 à 18:17 Baisse des impôts de production et des charges des Entreprises = très bien, mais compensés par quoi ? : - augmentation du temps de travail + allongement de l'âge de départ à la retraite = très bien, mais c'est sans compter sur une grève générale initiée par les syndicats, principalement la CGT, qui coûte des milliards à l'économie du pays ! -moratoire sur les DMTO et les droits de donation = très bien aussi, mais compensés par quoi vu l'endettement du pays ? à noter que les DMTO devraient être plutôt augmentés, sinon taxés particulièrement sur Paris et les grandes métropoles où les prix immobiliers, sans parler des loyers, atteignent des montants astronomiques (cela devrait engendrer une baisse significative).
  • Par reiller • Posté le 21/05/2020 à 14:59 Il manque à votre argumentaire l'efficacité de la dépense de fonctionnement publique, proche de zéro au moins pour le ministère de la santé. Aucune étude publiée sur l'efficacité des décisions prises (fermeture des écoles par exemple) aucune étude pour savoir qui est contaminé (les agents de la RATP par exemple), aucune expertise publiée sur la contamination de notre porte avions (qui montre pourtant une contamination lente, et sans doute bien plus aérienne que via les mains), aucune conclusion après l'absence de contamination des campagnes par les parisiens fuyant le confinement, etc.... En résumé encéphalogramme public plat! Pourtant comment limiter les astreintes imposées à tous ,entreprises comprises sans faire ce genre d'études??
  • Par orilou • Posté le 21/05/2020 à 12:27 Après plusieurs décennies d'incurie, la France est devenue un état obèse privilégiant l'assistanat au travail. Deux France cohabitent : - l'une industrieuse, composée de fourmis économisant chaque sous pour se constituer un capital (le plus souvent son habitation principale) et des réserves en vue de jours difficiles - l'autre constituée d'assistés de tous poils, à l'affût d'aides d'autant plus généreusement distribuées que, pour remplir le tonneau des Danaïdes, il suffit d'augmenter taxes et impôts... ou d'emprunter. Si on permettait déjà aux "fourmis" de bénéficier du fruit de leur travail, par exemple en rémunérant justement l'argent économisé. Les entreprises Françaises ont besoin d'argent ? Pourquoi ne pas orienter l'épargne des Français vers des sortes de CODEVI, dont le produit servirait à financer des petites et moyennes entreprises Françaises, travaillant en France. Ces livrets devraient être assortis d'un taux de rémunération convenable avec plafond évitant leur prise de contrôle par des investisseurs fortunés. Envisager de taxer les petits propriétaires fonciers dont la seule fortune consiste le plus souvent en : leurs habitation principale est une honte.C'est idiot car cela contribue à l'appauvrissement de la France. - faire la chasse aux gaspis et aux profiteurs petits et grands. -réduire le train de vie de l'Etat. Quand on sait le pourcentage du PIB consacré à la santé chez nous et quand on voit les résultats, force est de se poser des questions. Combien de Ministères et services ministériels inutiles ? Le fonctionnement des Agences Régionales de Santé justifie-t-il le nombre de personnes employées ? En supprimant les gaspillages à ce niveau, il devrait être possible d'améliorer les salaires des gens de terrain (pas seulement des infirmières). Le statut de fonctionnaire se justifie-t-il , Si on veut aider les entreprises, il faut alléger le poids du boulet qu'elles traînent depuis trop longtemps : taxes, normes, inflation de règlements et bien sûr charges sociales. C'est à ce prix qu'elles pourront à nouveau produire, voire relocaliser leurs productions. Il faut aussi bien sûr redonner aux Français l'envie de travailler non plus pour l'état mais pour eux mêmes. Travailler doit être payant.
  • Par PLC • Posté le 19/05/2020 à 14:32 Dans vos propositions, vous devez aller plus loin : rétablissons l'esclavage ! Des riches plus riche et fini les syndicats. Vous n'aimez vraiment pas la contraction. Ce matin, votre présidente sur Bfn n'a pas arrêter de couper la parole à la représentante de la CGT. Votre devise taisez vous ou je vous mets dans un camp de travail. Je pense que vous êtes des vrais danger pour la démocratie. Un peu de courage les oisifs. On vous attend pour 60 heures de boulot à la chaine a Renault Sandouville. Mettez en application votre devise : Le travail rend libre.

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