La fausse bonne nouvelle du déficit 2025 à 5,1 %
Il n'y a pas de quoi se réjouir d'un déficit public à 152 milliards au lieu des 156 attendus, surtout quand il n'est dû qu'au rebond fiscal. Avec le retour de l'inflation et la hausse des taux, ce léger répit n'est que transitoire, rappelle Agnès Verdier-Molinié.
Cette tribune a été publiée dans Les Échos ce mercredi 1er avril 2026.
On apprend grâce à l’Insee la « bonne nouvelle » du déficit à 5,1 % pour 2025 au lieu de 5,4 %. Tout le monde se félicite de ce solde moins mauvais qu’attendu. Déficit à 5,1 % de la richesse nationale qui nous place pourtant toujours avec la Belgique en lanterne rouge de la zone euro en termes de déficit. 152 milliards de déficit public au lieu des 156 attendus. Cela viendrait-il d’une meilleure gestion de nos finances publiques ? Que nenni ! L’Insee nous montre dans sa note que le déficit public de la France ne s’est pas résorbé grâce à une baisse des dépenses publiques.
Las, nos dépenses publiques continuent de monter. Nous avions clôturé 2024 à 57 % de dépenses par rapport à la richesse nationale et nous passons en 2025 à 57,2 %, quand la moyenne zone euro hors France est autour des 48 %. La baisse du déficit n’a été rendue possible que grâce à une hausse des impôts. Les fameuses taxes soi-disant « exceptionnelles » qui surtaxent les grandes entreprises et les entrepreneurs du pays y sont pour beaucoup. Hausse qui fait que le taux de prélèvements obligatoires de la France passe selon l’Insee de 42,8 % à 43,6 %.
Le déficit public est donc moins mauvais que prévu mais uniquement grâce au rebond fiscal. Et l’Insee le souligne d’ailleurs pour l’Etat : les « recettes sont très dynamiques (+6,7 %) en partie grâce à l’introduction de nouveaux impôts ». Sous-entendu : si on ne prolonge pas ces impôts en 2027, on recréera mécaniquement du déficit.
Mais l’Insee nous montre aussi quelque chosed’intéressant:en2025,àlafoisl’Etat,ses agences, les collectivités locales et les administrations de Sécurité sociale sont en déficit simultanément. Toutes nos administrations publiques ont donc fini 2025 dans le rouge alors que ce n’est pas particulièrement une année de crise en Europe.
Petit retour en arrière : si l’on regarde dans les années antérieures, depuis 1945, on repère seulement 10 années où l’ensemble des soldes des administrations publiques sont déficitaires, et ce sont des années de crises : 2009 par exemple avec la crise financière ou 2021 avec le Covid. Même en 2020, avec le choc pandémique, tous les postes n’étaient pas en déficit.
Une hirondelle ne fait pas le printemps Alors que, depuis 2000, la Sécu a été systématiquement déficitaire, les excédents techniques de la Cades ont permis d’afficher souvent des comptes sociaux artificiellement excédentaires. De 2022 à 2024, les comptes des administrations de Sécu étaient dans le vert. Grâce aux excédents de Caisse d’amortissement de la dette sociale. En 2025, les 15,4 milliards d’euros d’excédents de la Cades n’arrivent plus à boucher les trous et à masquer le déficit de la Sécu.
Une note de Rexecode sur la dette montre que notre écart avec la zone euro en matière de déficit et de hausse de la dette vient quasi exclusivement depuis 2000 du niveau et de la dérive des dépenses de santé et de retraites françaises. Pour cause, nous sommes à près de 32 % de taux de dépenses sociales par rapport au PIB quand la moyenne de la zone euro est de 27 %. Cinq points d’écart qui changent tout.
Cinq points points qui rappellent nos 5,1 % de déficit. Cinq points qui posent les questions qui fâchent : pourquoi a-t-on suspendu la réforme des retraites ? Pourquoi ne fait-on pas vraiment la chasse aux abus sur les arrêts maladie dans le privé et dans le public ? Pourquoi rembourse-t-on autant de transports sanitaires de complaisance ? Une hirondelle ne fait pas le printemps. Avec le retour de l’inflation et la hausse des taux, la charge de la dette va s’aggraver. Ce léger répit sur le déficit n’est que transitoire.
Agnès Verdier-Molinié est directrice de la Fondation Ifrap, auteure de « Face au mur » (Editions de l’Observatoire).