Budget et fiscalité

Financement de Pôle emploi : le tour de passe-passe du gouvernement

04 octobre 2019 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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La note du Macronomètre de cette semaine : 4/10 sur le financement de Pôle Emploi.

L’arme préférée des gouvernements pour montrer qu’ils veulent faire baisser le chômage consiste à… embaucher de nouveaux agents à Pôle emploi. Pourtant, seulement 9% des demandeurs d’emploi retrouvent chaque année un emploi grâce à l’agence, selon l’Insee. Depuis 2009, les effectifs de Pôle emploi ont d’ailleurs crû, passant de 45.300 à 54.000 agents. Une fois encore, ce gouvernement souhaite recruter 1.000 nouveaux conseillers et former 3.000 « conseillers Pôle emploi à l’accompagnement » d’ici l’été 2020.

Seulement voilà, dans les faits et depuis dix ans, l’État n’a jamais augmenté sa propre participation au budget de Pôle emploi. En parallèle, la participation de l’Unédic (l’association chargée par délégation de service public de la gestion de l’assurance-chômage en France) au financement de Pôle emploi a augmenté de 500 millions d’euros et aujourd’hui, elle apporte deux tiers du budget de l’agence, soit plus de 3 milliards d’euros.

C’est au niveau du règlement de l’assurance-chômage qu’est précisé le pourcentage des recettes de l’Unédic alloué au budget de Pôle Emploi. Actuellement, la contribution est de 10%. De façon unilatérale, sans discussion préalable avec les partenaires sociaux, le gouvernement vient de décider de porter ce pourcentage à 11%. Si ce petit pourcent supplémentaire peut paraître inoffensif, il pèsera, en réalité, plus de 370 millions d’euros en régime de croisière et ce, dans un contexte où l’on cherche partout des économies pour équilibrer les comptes de l’Unédic.

Vases communicants entre l’État et les employeurs

À l’horizon 2022, l’Unédic contribuera non plus aux deux tiers mais bel et bien à hauteur des 4/5èmes du budget de Pôle Emploi. D’autant qu’en face, le gouvernement organise la baisse des allocations-chômage des cadres pour environ 200 millions d’euros par an, tout en les faisant cotiser toujours autant. Car oui, augmenter la contribution de l’Unédic revient tout simplement à augmenter la contribution des employeurs privés. Quid de l’employeur public ? Eh bien l’État, lui, va baisser sa propre contribution d’environ 300 millions d’euros. Ce (très discret) jeu de vases communicants permet à l’État d’afficher moins de dépenses… Tout en transférant de facto ces mêmes dépenses au secteur privé.

Comment le gouvernement tente-t-il de justifier cette décision ? Elle aurait vocation à soutenir le plan de recrutement de 1.000 agents supplémentaires dont la mission sera de mieux accompagner les PME dans leur recherche de compétences dans le cadre de ce que le gouvernement appelle désormais, le « service personnalisé à 30 jours » et une partie du plan « pauvreté », soit l’accompagnement renforcé des chômeurs.

Encore une fois, on demande aux entreprises de financer, de force, un service dont elles ont besoin mais qu’elles n’ont pas choisi et qui marche mal, en l’occurrence : Pôle emploi.

On ne peut manquer de souligner le double paradoxe :

  • Baisser l’indemnité de chômage des cadres pour équilibrer le budget tout en attribuant le double des économies escomptées à Pôle emploi ;
  • Baisser d’autant sa propre participation du budget à Pôle emploi tout en annonçant dans les documents budgétaires la création de 1.000 postes à Pôle emploi… ce qui ne manque pas de piment.

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