Budget et fiscalité

1,8 milliard d'euros de coût au 36ème jour de grève

09 janvier 2020 • Samuel-Frédéric Servière

shutterstock_1156367611.jpg

Les mouvements de grèves liés à la réforme des retraites ont débuté le 5 décembre 2019. Nous en sommes donc aujourd’hui (07/01/2019) au 34ème jour de grève. Les coûts directs bruts de la grève sont actuellement documentés selon la répartition suivante :

 

Pertes de CA en M €

Coût de la grève pour la SNCF[1]

680

Coût de la grève pour la RATP[2]

103

Remboursement maximum Pass Navigo[3]

188*

Coût de la grève dans le transport aérien[4]

147,5

Coût de la grève pour l'opéra de Paris[5]

12

Coût de la grève pour l'hôtellerie[6]

420

Coût de la grève pour la restauration[7]

320

Total

1870,5

Note de lecture : les coûts journaliers estimés pour la SNCF sont de 20 millions d’euros ; de 3 millions pour la RATP et de 8 millions pour Air France. *Hypothèse d’un remboursement intégral de l’ensemble des titres. Les négociations avec IDF Mobilité devraient déboucher sur un montant sans doute inférieur.

Par ailleurs, il existe nécessairement des effets de substitution qui tendent à augmenter la consommation d’autres services ou produire un simple effet de transfert géographique. On pense par exemple aux VTC et taxis ou bus se substituant à l’offre RATP/SNCF régionale, mais aussi le trafic aérien pour remplacer le manque de capacité ferroviaire. Ces chiffres sont impossibles à évaluer précisément pour le moment. Ils le seront sans doute courant avril/mai par l’INSEE[8], comme celle-ci l’a déjà modélisé pour les évènements de 2007 et de décembre 2018.

Mais la « perte » éventuelle de PIB en résultant nécessite un autre retraitement comptable de taille, puisqu’il faut passer à la mesure de la perte de valeur ajoutée pour l’économie (secteur par secteur[9]). Cela suppose de retrancher au CA perdu, les coûts de consommation intermédiaire qui varient d’un secteur à l’autre. La VA perdue est donc toujours plus faible et très souvent significativement plus que le chiffre d’affaires[10]. Les pertes en sont symétriquement impactées.

L’ensemble des éléments disponibles convergent néanmoins pour définir un coût moyen net de la grève au mois de l’ordre de 0,1 point de PIB pour le trimestre auquel il se rattache. Cela représentait 400 millions d’euros en 2007, mais sans doute plus proche des 600 millions entre décembre 2019 et début janvier 2020 (soit toujours 0,1 point de PIB/trimestre compte tenu des arrondis). Encore que ces chiffres pourraient être maximisés en les élargissant à l’économie française dans son ensemble (perte d’heures travaillées dans les transports, baisse de productivité, etc., ralentissement des livraisons et commandes). Pour le moment les effets sur le PIB total annualisé pour 2019 sont donc significatifs d’un point de vue microéconomique (risque de faillites accru, chômage, etc.) mais négligeables encore sur le plan macroéconomique de l’exercice 2019.  


[1] Voir, Les Echos, 3 janvier 2020, L. Steinmann, Grèves : déjà 100 millions d’euros de pertes pour la RATP, bientôt 700 pour la SNCF, https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/greves-deja-100-millions-deuros-de-pertes-pour-la-ratp-bientot-700-pour-la-sncf-1160209

[2] Idem.

[3] Extrapolation à partir d’un coût unitaire de 75,5 euros pour 2,5 millions de bénéficiaires. Voir Quand ? Combien ? Le remboursement des pass Navigo après la grève de la SNCF et de la RATP s’annonce laborieux. L’Opinion, 06/01/2020. https://www.lopinion.fr/edition/wsj/quand-combien-remboursement-pass-navigo-apres-greve-sncf-ratp-s-207550

[4] Consulter, Rapport annuel de Air Indemnité, Bilan 2019 du trafic aérien : Les passagers auraient dû obtenir 600 millions d’euros d’indemnités ! https://www.air-indemnite.com/storage/images/W1siZiIsIjIwMjAvMDEvMDcvNmQ5MXBtc2MxaV9jcF9iaWxhbl8yMDE5LnBkZiJdXQ/cp-bilan-2019.pdf?sha=4b00a34b85269402 à partir de l’hypothèse selon laquelle, ¼ des perturbations des principales compagnies en France ont eu lieu au mois de décembre. Voir également, http://www.leparisien.fr/economie/avion-quelles-sont-les-lignes-avec-les-plus-gros-retards-02-01-2020-8227284.php

[6] Chiffres issus du relevé effectué par le GNI (Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration), Voir Le Figaro, Grèves : les pertes estimées à 740 millions d’euros dans l’hôtellerie et la restauration.

[7] Idem.

[8] Pour rappel, les grèves intervenues en 2007 et la crise des gilets jaunes de 2018 ont fait l’objet de notes INSEE spécifiques : Note de conjoncture de décembre 2007, https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1407709/decembre2007_ve.pdf, ainsi que pour la crise des gilets Jaune, Eclairage – Estimation de l’impact macroéconomique des mouvements sociaux en 2018, 19 mars 2019, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3898045?sommaire=3898067

[9] Modulo la prise en compte dans le PIB également de la TVA et des droits de douanes. Eux aussi potentiellement impactés par la grève si l’on constate une baisse significative de consommation de biens domestiques et une demande adressée au reste au monde plus faible qu’escompté.

[10] A titre illustratif le TEE (tableau économique d’ensemble) de l’économie nationale produit par l’INSEE pour l’année 2018, fait apparaître un niveau de production brute (chiffres d’affaires) de 4.164,1 milliards d’euros pour une consommation intermédiaire totale de 2.073,2 milliards d’euros, soit 49,78% de la production brute totale. Voir, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4131433?sommaire=4131436#consulter

Commentaires

  • Par bernard maroy • Posté le 09/01/2020 à 18:23 Qui va combler l'aggravation du déficit de la SNCF, e la RATP et consorts ? Le contribuable, bien entendu, surtout le "moyen-riche", comme d'habitude !

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.