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Quelle pertinence pour les objectifs de la feuille de route énergétique française ?

En 2015, la France adoptait la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) qui fixait 5 objectifs : réduction des émissions de GES, réduction de la consommation énergétique finale, réduction de la consommation d'énergies fossiles et augmentation de la part des énergies renouvelables. Dix ans après, la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) a repris les mêmes objectifs sans les remettre en cause alors que le contexte a radicalement changé. Qu'on en juge : entre janvier et fin septembre 2026, la France a dépassé 520 heures, soit 21 jours, de prix négatifs sur le marché de gros, contre 513 heures sur l'année 2025 complète, signe d'un système électrique de plus en plus surdimensionné par rapport à la demande. Un paradoxe qui interroge directement les objectifs de la PPE3 qui persiste à vouloir accroître la part des renouvelables intermittentes dans une électricité déjà décarbonée à plus de 90 %. De même, sur le mois de septembre 2026, le prix spot a varié de 0 à plus de 300 €/MWh. Des à-coups qui illustrent les limites d'une stratégie qui mise sur l'éolien et le photovoltaïque pour déplacer… du nucléaire. Enfin, alors que que le gouvernement cherche des économies, le soutien public aux renouvelables reste un poste de dépense majeur : entre 2016 et 2024, les dispositifs de soutien aux renouvelables (y compris bio méthane) ont représenté 26,3 milliards d’euros. Une dépense que le gouvernement entend bien réguler dans le PLF 2027. Il est temps d'interroger objectif par objectif la loi LTECV et son héritière la PPE : en 2023, les émissions de gaz à effet de serre n’avaient diminué que de 28 % par rapport à 1990, alors que le cap affiché pour 2030 est désormais de 50 %. La baisse de 50 % de la consommation finale d’énergie à l’horizon 2050 demeure, elle aussi contestable au regard des ambitions de réindustrialisation. Enfin, si le Président de la République a tourné le dos dans son discours de Belfort à l'objectif de fermeture de réacteurs nucléaires (14) d'ici 2035, la PPE 3 prévoit toujours d'abaisser la part du nucléaire à 57 % en 2035.

La Loi LTECV (Loi de transition énergétique pour la croissance verte) de 2015 a fixé un processus de prévision de la politique énergétique par des PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) tous les 5 ans, ainsi que 5 objectifs de transition énergétique. 

Une loi ambitieuse, « d’action et de mobilisation »

Une dizaine d’années après, il est intéressant d’examiner ce que sont devenus ces 5 objectifs dans la PPE3 de 2026, ainsi que sur leur pertinence pour une politique énergétique. 

Objectif 1 - Réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % entre 1990 et 2030.

Cet objectif n’est pas directement pilotable, c’est un résultat de plusieurs actions décrites par les 4 autres objectifs ! De plus, l’unité dans laquelle cette réduction doit être suivie n’est pas précisée : est-elle en absolu, ou en relatif par rapport au nombre d’habitants, pour pouvoir faire des comparaisons entre pays ? 

Dans la PPE3 : 

  • on mentionne qu’en 2023 la baisse des émissions par rapport à 1990 est de 28%, alors que l’on affiche un objectif d’une baisse de 50% en 2030 et que l’on confirme la neutralité carbone en 2050…

  • on reconnaît qu’il faut accélérer la baisse annuelle pour tenir ces objectifs et qu’il faudrait amplifier les modes de compensation des émissions de GES par les forêts et les technologies de stockage du CO2…

Aucune remise en cause de cet objectif en dépit des difficultés reconnues…

Aucune comparaison européenne non plus…

Objectif 2 - Réduction de la consommation énergétique finale de 50 % en 2050.

Cet objectif est maintenu dans la PPE3 sans analyse critique alors que, comme cela a été déjà expliqué dans une précédente note de l’IFRAP, il s’avère complètement irréaliste, notamment en cas de réindustrialisation de la France : on ne peut croire qu’en 2050 la France puisse consommer comme l’Algérie ou la Croatie en 2012 ! De plus, là encore, l’unité dans laquelle cette réduction doit être suivie n’est pas précisée, alors que le plus pertinent est de suivre la consommation par habitant.

La PPE3 énonce que la baisse obtenue sur 2012 à 2023 est de 14% et que la baisse prévisionnelle serait de 20% à 28% en 2030. Elle affiche aussi une baisse de la population qui viendrait faciliter la baisse de consommation – certes en absolu (TWh), mais pas forcément en relatif (TWh par habitant) !

Objectif 3 – Réduction de la consommation d’énergies fossiles de 30% en 2030.

Cet objectif est suivi par le Ministère de manière très détaillée (par type d’énergie fossile), et la PPE3 constate une baisse de 27 % entre 2012 et 2023. Cet objectif est pertinent pour la transition énergétique, la réalisation est en bonne voie, et l’on notera qu’il est actuellement la principale source de réduction des émissions de GES.

Objectif 4 – Porter la part des énergies renouvelables à 23% de la consommation d’énergie finale brute d’énergie en 2020, et à 32% en 2030 (modifié en 2019 à 33%).

La PPE3 constate que cette part des énergies renouvelables est de 23% en 2024 et ne remet pas en cause l’objectif européen qui serait de 42% en 2030 !! 

Il n’y a aucune remise en cause de cet objectif alors qu’en France, les énergies renouvelables intermittentes PV et éolien ne déplacent pas des énergies fossiles, comme en Allemagne par exemple !! En France, elles déplacent du nucléaire qui n’émet pas de GES…

Cet objectif 4 n’est donc aucunement justifié en France par rapport à la réduction des émissions de GES. Sans compter que le développement de ces énergies renouvelables, notamment l’éolien en mer, conduit à des coûts de raccordement significatifs qui vont faire augmenter la facture d’électricité pour le consommateur…

Objectif 5 – Porter la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité à l’horizon 2025. 

Cet objectif initial de 2015 a été amendé ensuite pour modifier l’horizon à 2050. 

Dans la PPE3, sur la base d’une production d’électricité qui augmenterait de 32 % entre 2025 et 2032, la part du nucléaire dans la production d’électricité est constatée à 65 % en 2023, et envisagée à 62 % en 2030 et 57 % en 2035. Il n’y a aucune remise en cause de cet objectif arbitraire de réduction à 50 % en 2050. La PPE3 se contente de constater le risque « d’effet falaise » en cas d’arrêt de nombreux réacteurs en fonctionnement depuis les années 1970 pendant une période relativement brève autour de 2050, sans pour autant établir une projection des nécessaires prolongations des réacteurs existants au-delà de 40 ans, ainsi qu’un programme de nouveaux réacteurs…

En conclusion sur ces 5 objectifs de la LTECV 2015, la PPE3 :

  • constate la bonne tenue de la réalisation des réductions des émissions de GES, sans par exemple faire une comparaison européenne pour éviter de contraindre inutilement cet objectif pour 2050 ; ainsi on notera qu’en l’Allemagne, les émissions sont, en 2024, de 650 MteqCO2 contre 370 MteqCO2 en France, du fait de l’abandon du nucléaire et de l’emploi du charbon et du gaz pour la modulation nécessitée par les énergies renouvelables intermittentes (*) ;

  • ne remet pas en cause l’objectif de réduction de la consommation finale qui est en réalité un objectif de décroissance ;

  • suit de très près la réduction conforme à l’objectif des énergies fossiles ;

  • ne remet pas en cause l’objectif sur la part des énergies renouvelables, ne tient pas compte des coûts (notamment de raccordement), alors qu’en France les renouvelables PV et éolien ne déplacent pas des énergies fossiles pour réduire les émissions de GES, comme c’est le cas en Allemagne notamment ;

  • maintient la réduction à terme de la part du nucléaire, en relation avec l’objectif précédent, et omet d’établir un plan de renouvellement des réacteurs anciens…

En bref, la PPE3 ne révise pas à l’aune de l’expérience les objectifs LTECV fixés, plutôt idéologiquement, il y a plus de 10 ans !

(*) Le lecteur pourra se référer à l’application « electricity map » (https://app.electricitymaps.com/) pour visualiser les émissions de CO2 dues à la production d’électricité dans le monde, composante principale des émissions de GES globales.