Retraite

Pourrait-on enfin programmer (et voter !) une vraie réforme des retraites

14 septembre 2021 • Agnès Verdier-Molinié

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Un ballon d'essai qui tourne sur lui-même. Voilà ce qu'est en train de devenir le sujet crucial des retraites. Quel dommage ! Nos régimes de retraites sont partis pour être gravement déficitaires si des réformes ambitieuses ne sont pas menées. Et on continue de procrastiner. En 2019, la réforme systémique - façon usine à gaz - s'est heurtée à la pandémie et aux grèves. Au début de l'été 2021, on allait repousser l'âge de départ mais… les conditions sanitaires n'étaient pas réunies. Maintenant, on annonce la suppression des régimes spéciaux… mais le Premier ministre nous dit que ce n'est pas encore le bon moment sanitairement.

Cette tribune a été publiée dans les pages des Echos, le lundi 13 septembre. A voir, en cliquant ici.

Report de l'âge de départ

Un pas en avant, un pas en arrière. On en finit par se demander à qui parle le gouvernement. Aux Français, à nos partenaires européens ou aux marchés ? Les trois doivent être respectés. Les Français, car c'est de leurs futures pensions dont on parle ; nos partenaires de la zone euro, car ils travaillent déjà jusqu'à 65 ans ; et les marchés, car ce sont eux qui nous financent, pour payer nos retraites…

On sait qu'un report de l'âge de départ à 64 ans en 2025 pour tous les régimes aurait un effet d'environ 18 milliards d'euros d'économies par an à l'horizon 2027. C'est la seule réforme qui peut rééquilibrer les comptes. A condition, bien entendu, que tous les régimes spéciaux (agents publics compris) soient aussi concernés par le report de l'âge.

Non seulement les agents des régimes spéciaux partent bien plus tôt à la retraite que les salariés du privé (56 ans en moyenne à la RATP, 61 ans dans la fonction publique d'Etat, et environ 60 ans pour les catégories actives des trois fonctions publiques, contre 63 ans dans le privé) mais leurs modes de calcul des pensions sont encore beaucoup plus favorables : 1.820 euros par mois en moyenne après une carrière complète dans le privé, contre 2.420 euros en moyenne par mois pour les agents de l'Etat et 2.570 euros pour la moyenne RATP/SNCF, etc.

Des gisements d'économie

Les régimes spéciaux des entreprises publiques bénéficient de subventions et de taxe (EDF) à hauteur de 5,5 milliards. Si l'on additionne les régimes spéciaux et les trois fonctions publiques, l'addition est salée avec entre 17 et 20 milliards d'euros de surcotisation par an. Les gisements d'économies sont donc considérables. A condition d'agir sur les bons leviers.

Car s'il s'agit d'appliquer un alignement uniquement aux nouveaux embauchés du public, les économies ne se manifesteront pas avant quarante-trois ans, soit en 2063 au plus tôt ! Si, en plus, elles ne concernent que les entreprises publiques, elles ne pèseront pas lourd : quelques dizaines de millions d'euros par an… La réforme des seuls régimes des entreprises publiques est donc marginale. Ce n'est pas une réforme des retraites.

Travailler plus longtemps

Par ailleurs, le gouvernement communique beaucoup sur son souhait de relever la retraite minimum à 1.000 euros. En l'occurrence, les coûts pourraient être immédiats : revaloriser les petites pensions des futurs retraités à 85 % du SMIC net coûterait 100 millions d'euros à l'horizon 2025 et 2 milliards d'euros par an à long terme.

Et pour financer tout cela ? Les propositions de réduire l'abattement de 10 % à l'impôt sur le revenu pour les pensions ou d'aligner le taux normal de CSG des retraités sur celui des actifs, donc d'augmenter les impôts… Pourrait-on, enfin, parler d'une vraie réforme des retraites qui nous fasse travailler plus longtemps pour créer plus de valeur ajoutée (et reconstruire la France), essorer moins les jeunes générations en cotisations et en impôts, sauver nos retraites de demain et financer nos entreprises et notre dette grâce à une part de capitalisation ?

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