Tribune

Comment inciter vraiment les politiques à faire des économies

Baisser les indemnités des ministres de 10 % ? Quelles économies cela rapporterait-il ? Les ministres de plein exercice et les ministres délégués reçoivent au total 10 692 euros brut par mois, les secrétaires d’État 10 200 euros. Une diminution de 10 % du traitement des 35 membres du gouvernement Lecornu aboutirait à économiser chaque année près de 456 000 euros. Un montant d’économies ridicule. Même si l’on y ajoute les cabinets ministériels, on arrive autour de 6 millions d’euros d’économies quand notre déficit public atteint les 150 milliards d’euros par an pour l’ensemble des administrations publiques.

Le sujet n’est pas de baisser les indemnités des ministres, mais d’inciter les politiques à faire des économies pour baisser les dépenses et équilibrer les comptes publics. Pendant la crise des dettes souveraines, au Portugal, la réduction des indemnités ministérielles s’est inscrite dans des plans globaux qui touchaient directement la fonction publique avec des réductions progressives pouvant aller jusqu’à 20 %, le gel des avancements et la suppression de primes. L’Irlande a également sabré dans le traitement de son gouvernement et de ses hauts fonctionnaires.

Dans ces pays, baisser la rémunération des seuls ministres a été important pour faire comprendre aux agents publics qu’il fallait baisser les effectifs publics, leurs rémunérations et les inciter à travailler plus.  Aujourd’hui, après des années difficiles, ces pays affichent des excédents budgétaires. Le symbole n’a de sens que s’il devient une règle de responsabilité personnelle des décideurs face au déficit et un signe que l’on s’attaquera aux dépenses de fonctionnement et, au premier chef, de personnel.

C'est précisément la logique de « verrou budgétaire » proposé en Argentine par Javier Milei. Le projet prévoit que si l'État enregistre un déficit budgétaire prolongé et que le Congrès ne parvient pas à rétablir l'équilibre dans le délai imparti, les plus hauts responsables politiques cesseraient de percevoir leur salaire. Sont visés les ministres, les députés et les sénateurs.

Cette mesure s'inscrit dans un ensemble d'actions sur l'appareil d'État : réduction du nombre de ministères de 18 à 9, gel des salaires publics... Elle vise à empêcher tout retour aux déficits financés par la dette ou la création monétaire. À ce stade, ce n'est pas encore une loi : le projet doit être approuvé par le Congrès et pourrait être amendé ou rejeté. 

En France, il a été voté en PLF 2026 une mesure un peu comparable du côté des recettes : que la contribution différentielle sur les hauts revenus perdurerait tant que le déficit est au-dessus des 3% du PIB. On va taxer en plus les revenus des contribuables qui déclarent plus de 250 000 euros de revenus pour un célibataire, principalement des entrepreneurs ou des indépendants et ce jusqu’à ce que le déficit baisse vraiment mais on ne touche pas au portefeuille les responsables de la situation budgétaire catastrophique de la France que sont les députés qui rejettent les mesures de report de l’âge des retraites, les mesures d’économies sur les transports sanitaires, les mesures d’économies sur les arrêts maladies… 

La proposition de la Fondation IFRAP est la suivante : que la moitié des indemnités des ministres, des parlementaires et des directeurs d’administrations ne soit pas payée et mise dans un compte séquestre jusqu’à ce que la France soit en équilibre primaire (cad hors charge de la dette) et cela sans augmenter le taux de prélèvements obligatoires. Pour cela, les deux chambres devraient y être favorables, séparation des pouvoirs oblige. Le but n’est pas de faire des économies, le but est de responsabiliser nos politiques. Baisser de 10% uniquement les ministres et leurs cabinets ne responsabilisera en rien nos députés et nos administrations. Il faut passer à un nouveau concept : l’intéressement à la réforme !