État et collectivités

Restrictions sanitaires : nos voisins gèrent localement, la France nationalement

21 décembre 2020 • Manon Meistermann

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Tous les pays qui nous entourent ont l’intention de gérer les restrictions sanitaires localement en 2021 : si les pays avec des régions puissantes (Allemagne, Suisse et Espagne) avaient déjà les outils en main pour le faire, les autres (Italie, Royaume-Uni et Belgique) ont su les mettre en place dès décembre. Pour 2021, la France se doit se réfléchir à une méthode territorialisée, alors que nous sommes l'Etat qui compte le plus de niveaux de collectivités et d’élus locaux, le temps est venu de leur faire confiance pour gérer la crise. 

Mis à jour, le lundi 21 décembre 

La France, une vision très centralisée

En France, depuis le 15 décembre, le confinement a laissé place à la mise en place d’un couvre-feu de 20h à 6h du matin sur toute la France (et non pas de 21h à 7h comme initialement prévu), à l’exception de la soirée du 24 décembre. La recommandation est de ne pas dépasser 6 adultes à table pour cette soirée. La soirée du Nouvel An, elle, verra bien le couvre-feu maintenu.

Les Français n’ont donc plus besoin d’attestation pour sortir en journée et ne sont plus soumis à une restriction de kilomètres mais doivent continuer de justifier leurs déplacements (travail, motif impérieux, rdv médical, etc.) à partir de 20h, au risque d’une amende de 135 euros en cas de manquement.

Les commerces réouverts depuis le 28 novembre doivent respecter une jauge de 8m2 par client et adapter leurs horaires d’ouverture au respect du couvre-feu, même chose pour les lieux de culte, toujours dans le respect de deux sièges libres entre chaque personne ou chaque famille et d’une rangée occupée sur deux. 

Et ensuite ?

La prochaine étape, c’est le 7 janvier 2021. Dans le plan initial du gouvernement, la réouverture des lieux de la culture (musées, théâtres, cinémas) devait avoir lieu le 15 décembre mais elle a été repoussée puisque le nombre de contaminations n’est pas redescendu en dessous de 5 000 par semaine. La date du 7 janvier 2021 est, pour l’instant, retenue. C’est aussi la date où les remontées mécaniques des stations de ski, qui elles sont accessibles, pourront fonctionner et un assouplissement du télétravail pourrait également être accordé aux entreprises avec un retour sur site des collaborateurs, une fois par semaine.

Vient ensuite l’échéance du 20 janvier 2021, date à laquelle le couvre-feu doit prendre fin. Au niveau du télétravail, les employés devraient pouvoir revenir plusieurs jours par semaine en présentiel, mais le nombre de jours sera à déterminer avec les partenaires sociaux. Mais surtout, le 20 janvier, c’est l’objectif pour une réouverture des bars et des restaurants fermés depuis le 6 octobre dernier… sauf que le Premier ministre interrogé sur le sujet a déjà annoncé ne pas pouvoir garantir cette mesure. En cause ? Alors que la France se cantonne à un plan de déconfinement national et progressif, la situation s’est nettement dégradée chez certains de nos voisins européens qui oscillent de plus en plus entre approche nationale et mesures locales.

Allemagne : une gestion régionale

Alors que la situation sanitaire s'est aggravée en Allemagne, le gouvernement fédéral vient de décréter un confinement partiel et national du 16 décembre au 10 janvier. C’est la première fois que le pays impose des mesures aussi restrictives puisque auparavant le mot d’ordre était que chaque Land gérait selon la situation locale. C’est comme cela que depuis le 2 décembre, la Bavière est placée en confinement jusqu’au 5 janvier avec un couvre-feu à 21h pour les zones où il y a plus de 200 cas pour 100 000 habitants. Si jusqu’à récemment, l’ouverture des commerces et des restaurants était décidée au niveau local, depuis le 26 novembre, l’accès aux commerces est restreint à un nombre de clients par m2 et les restaurants, bars, stations de ski et clubs de sport sont fermés jusqu’au 10 janvier 2021.

Désormais, en plus de ces fermetures, les écoles et tous les commerces non essentiels fermeront à partir du 16 décembre. Si les Allemands ne seront pas soumis à des limitations de déplacements ou à des attestions, ils seront priés de limiter leurs contacts à 5 adultes (de deux foyers différents) maximum et les regroupements de personnes entre le 24 et le 26 décembre ne devront concerner que la famille proche. Enfin, la vente d’alcool sur la voie publique est désormais interdite sur la période.

Le gouvernement allemand encourage également le télétravail ainsi que le recours aux congés payés afin qu'un maximum d’Allemands  passent ces 3 semaines de confinement partiel chez eux. Leur espoir, revenir à une gestion de la crise sanitaire par Land dès le 11 janvier.

L'Italie divisée en 3 zones sanitaires 

Du côté de l’Italie, qui vient de repasser en tête des pays européens les plus touchés par le Covid (elle a été un temps dépassée par le Royaume-Uni), l'Etat d’urgence sanitaire est valable jusqu’au 31 janvier 2021. Depuis le 6 novembre, le pays est divisé en 3 zones selon la situation sanitaire : jaune, orange et rouge, avec des mesures plus ou moins restrictives. Par exemple, dans les zones jaunes, les restaurants peuvent ouvrir jusqu’à 18 heure. Néanmoins, les mesures suivantes sont en vigueur sur tout le territoire et ce, jusqu’au 6 janvier : couvre-feu de 22h à 5h du matin, fermetures des commerces non essentiels et des stations de ski dans toutes les zones.

Des mesures supplémentaires ont été prises pour couvrir la période des fêtes de fin d’année : ainsi, à partir du 21 décembre, les déplacements entre régions seront interdits et ce, jusqu’au 6 janvier et les déplacements seront également interdits entre communes sur les journées du 25, du 26 décembre et du 1er janvier. Le couvre-feu, lui, sera prolongé jusqu’à 7h du matin (et non pas 5h) pour la nuit du Nouvel An.

L'évolution de la crise sanitaire vient de contraindre le gouvernement à faire passer tout le pays en zone rouge, soit le niveau de confinement le plus sévère, du 23 décembre au 6 janvier avec une seule sortie par jour et par foyer, dans les limites de la région. Du 28 au 30 décembre, les sorties pourront se faire sans justificatif et les commerces pourront ouvrir jusqu'à 21h. Les services religieux eux, pourront se faire jusqu'à 22h. 

Une approche par tiers du Royaume-Uni, évaluée tous les 15 jours

Cette approche par zone a également été adoptée par le Royaume-Uni depuis le 2 décembre. Notons que chaque pays de la Grande-Bretagne a appliqué un découpage et des règles différentes, votées par chaque Parlement (Pays de Galles, Ecosse, etc.)

Si l’Angleterre a été confinée du 5 novembre au 2 décembre, elle est aujourd’hui divisée en une centaine de zones avec une approche par « tiers » : c'est-à-dire par zones avec des mesures plus ou moins sévères en fonction du niveau de contamination et une re-évaluation tous les 15 jours. Une exception devait être mise en place entre les 23 et 27 décembre, autorisant trois foyers à se réunir en même temps (toujours les mêmes) dans les lieux privés ou les lieux de culte, avec la possibilité de se déplacer sur le territoire : finalement, l'évolution sanitaire a conduit le gouvernement à limiter les déplacements et n'autoriser les rassemblements que sur la seule journée du 25 décembre. 

Dans toutes les zones, le télétravail est fortement recommandé, les établissements scolaires et les commerces sont également ouverts. Également, la règle est que 15 personnes au maximum peuvent assister aux mariages et 30 personnes aux funérailles. Quant aux lieux de culte, ils sont ouverts et les offices religieux seront autorisés, dans le respect de la distanciation sociale.

Dans les zones 1 où la contamination est moyenne, les restaurants et bars sont ouverts, ils doivent cependant fermer à 23h et les dernières commandes doivent être passées à 22h. Il est possible de se regrouper à 6 personnes, à l’intérieur et à l’extérieur.

Dans les zones 2 où la contamination est élevée, les pubs et les bars doivent fermer, sauf s'ils servent des repas substantiels (comme un petit déjeuner complet, un déjeuner principal ou un repas du soir). Il n’est possible de se regrouper qu’à 6 personnes et à l’extérieur uniquement.

Dans les zones 3 où la contamination est très élevée, les hôtels ne peuvent accueillir que des clients qui y séjournent à des fins professionnelles, les restaurants et bars sont fermés, à l'exception de la livraison des plats à emporter et du service de drive. Enfin, les réceptions de mariages sont interdites.

Les zones qui composent Londres (une vingtaine) étaient à l’origine classées en zone 2, elles sont passées en zone 3, le mercredi 16 décembre ce qui a enclenché une nouvelle fermeture des bars et restaurants. Pour eux, le prochain point d’étape devait se faire le 30 décembre mais l'évolution de la situation sanitaire a conduit le gouvernement à faire passer l'agglomération de Londres en zone 4 dès le 20 décembre ce qui entraîne un confinement et une interdiction de quitter la zone. Le Pays de Galles se reconfine également tandis que l'Ecosse interdit les déplacements vers ou depuis l'Angleterre. Enfin, de nombreux pays (dont la France avec un ban de 48 heures) bloquent leurs frontières ou limitent les déplacements vers ou depuis le Royaume-Uni.

Le dernier mot aux régions en Espagne

En Espagne, si c’est le gouvernement qui impose des mesures sanitaires, chaque région est libre de les adapter. Les restaurants sont ainsi ouverts, avec une restriction de capacité, dans la communauté de Madrid, en Andalousie ou encore dans la communauté d’Aragon… mais ils sont fermés dans le Pays-Basque. Même chose pour les stations de ski, elles pouvaient rouvrir à partir du 11 décembre mais seule la Catalogne l’a fait, tout en bouclant ses frontières : ainsi, seuls les habitants de la région peuvent y accéder.

Sur tout le territoire néanmoins, un couvre-feu débute entre 22h et minuit selon les régions qui pourront le retarder jusqu’à 1h30 du matin pour les nuits du 24 et du 31 décembre. Néanmoins pour ces soirées, les regroupements massifs et les grands évènements sont interdits : pas plus de 10 personnes, enfants inclus. Enfin, les déplacements entre régions sont interdits entre le 23 décembre et le 6 janvier, sauf besoin exceptionnel qui sera à justifier.

6 niveaux d'alerte pour la Belgique

Entre décisions nationales et locales, c’est également l’approche de la Belgique : le pays a mis en place des mesures de confinement renforcé du 2 novembre au 13 décembre. Depuis, le territoire est découpé en 6 niveaux d’alerte, en fonction du nombre de contaminations ce qui permet aux autorités locales de prendre des décisions plus strictes que les mesures générales. Une réévaluation de la situation est prévue le 15 janvier, l’ensemble du territoire étant actuellement en alerte de niveau 4. 

Un allègement des mesures a, néanmoins, déjà été mis en place le 1er décembre, permettant aux commerces non-essentiels de rouvrir leurs portes, en suivant la règle d’un client par 10m2 et d’une durée maximum de 30 minutes par client à l’intérieur du magasin. Les musées et piscines ont également pu rouvrir. Cependant, un couvre-feu de minuit à 5h reste en vigueur, et les rassemblements de plus de 4 personnes sont interdits. Quant aux restaurants, ils devront rester fermés jusqu'au 1er février.

Enfin, pour les fêtes de fin d’année, le gouvernement belge a interdit les rassemblements de foyers : une seule personne extérieure au foyer a le droit de venir (2 pour les personnes seules) et des contrôles de police à domicile sont prévus.

Suisse : des règles nationales, des adaptions régionales

Enfin, en Suisse : depuis le 29 octobre, l’ensemble du territoire suisse est soumis à des mesures nationales, bien que les cantons soient en mesure d’appliquer des règles différentes en fonction de la situation locale. Ainsi, les restaurants ont pu rouvrir dans les cantons de Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Genève et Jura dès le 10 décembre, ainsi que les cinémas et théâtres à partir du 19 décembre. Le télétravail est encouragé, les contacts limités à deux foyers et l’enseignement supérieur doit se faire en distanciel. Enfin, les stations de skis suisses ont déjà commencé à ouvrir, avec une capacité limitée à deux tiers dans les remontées mécaniques.

Sauf que l’augmentation du nombre de contaminations a forcé le gouvernement fédéral à demander la fermeture des restaurants, des bars, des commerces, des clubs de sport, des musées et des bibliothèques à 19 heures, du 12 décembre jusqu'au 22 janvier. Une mesure que les cantons peuvent modifier : ainsi, là où la situation le permet (notamment en Suisse romande), la fermeture peut être repoussée à 23h, voire 1h du matin, pour les soirées du 24 et du 31 décembre. Pour ces soirées, la limite des regroupements est fixée à 10 personnes, enfants inclus et si les lieux de culte seront ouverts, les chants y sont interdits.

Commentaires

  • Par Henricot • Posté le 19/12/2020 à 13:05 C'est très bien de les régionaliser, mais comment savoir lors de déplacements inter régionaux lesquelles sont en vigueur ? cela devient un vrai casse-tête pour les respecter sans avoir en mains l'organigramme correspondant régional (au demeurant changeant) ?
  • Par reiller • Posté le 19/12/2020 à 10:46 Avant de gérer localement il faut avoir des indicateurs de gestion fiables, et une politique. Nos indicateurs ne valent rien en dehors des entrées à l'hôpital qui ont une semaine de retard par rapport aux diagnostics: la courbe épidémique de SPF ne dit pas le nombre de malades mais le nombre de tests positifs effectués, avec erreurs, retards, et conventions de calcul évolutives. ETC.... Ensuite il faut une politique . La courbe du flux des tests ,en montagne russe , dit clairement qu'il n'y en a pas. Pourquoi? Une politique de gestion doit s'appuyer sur des connaissances validées ,et acceptées, les choix politiques au doigt mouillé ne sont pas une politique de gestion du phénomène social qu'est une épidémie, les avis d'experts" qui croient que" sont eux du domaine de la foi.... J'ai écrit "validées et acceptées" car pour que cesse les jeux politiques, pour que les contraintes soient comprises et acceptées, pour éviter les procès en discrimination (les groupes sociaux ne sont pas affectés de manière homogène),il faut que les conclusions des études soient publics et discutés. Nous en sommes loin, très loin. Que donnerait une gestion plus décentralisée dans ces conditions? Je n'en sais rien. Une question enfin .Interdire pour freiner l'épidémie suppose que l'on lèvera un jour le pied du frein, que fait on pour qu'alors l'épidémie ne reparte pas? On fermera les yeux comme cet été?
  • Par macsea • Posté le 17/12/2020 à 18:39 Supprimons les départements et donnons le pouvoir aux régions...Vraiment notre pays marche sur la tête.
  • Par Alpen31 • Posté le 17/12/2020 à 17:57 C’est ce que nos bureaucrates apprennent à leur école jacobine d’administration.
  • Par Marcassin 87 • Posté le 17/12/2020 à 17:38 Longtemps on a pu croire qu'un modèle décentralisé, voire fédéral, permettait de mieux contenir l'épidémie. Aujourd'hui, il est permis d'en douter, notamment si l'on regarde la situation en Allemagne ou pire, en Suisse. Difficile de se prononcer, il semblerait que d'autres facteurs plus importants et méconnus soient à prendre en compte.

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