État et collectivités

PIB par habitant : quelle tendance en Europe et en France ?

16 avril 2019 • Corentin Droz-Georget

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Selon les derniers chiffres de Eurostat, l’institut statistique de l’Union européenne, le PIB par habitant de la France s’élèverait à 32.900 euros en 2018 alors qu’il s’élevait à 31.400 euros en 2007, soit avant la crise pendant laquelle il a chuté à 30.300 euros pour l’année 2009. Cet indicateur économique permet de comparer les niveaux de richesse créée par différents pays car il calcule le rapport entre la valeur de la production finale d’un pays et la population de ce dernier sur une période définie. Revenons sur l’évolution du PIB par habitant dans plusieurs pays d’Europe afin de comparer leurs performances économiques.

Le PIB par habitant

Le PIB par habitant est un indicateur économique qui permet de comparer les niveaux de richesse créée par différents pays, car il calcule le rapport entre la valeur de la production finale d’un pays et la population de ce dernier sur une période définie. Cet indicateur est le résultat du rapport entre le PIB, qui représente l’ensemble de la production de biens et services produits par un pays et la population résidente de ce pays. Le terme de population résidente représente les nationaux résidents, ainsi que les personnes « se trouvant ou ayant l’intention de se trouver sur le territoire économique du pays pour une période d’au moins un an »[1].

Selon l’Office fédéral de la statistique suisse[2], la croissance du PIB par habitant dépend principalement de deux facteurs. Premièrement, la productivité du travail qui représente « le rapport entre le PIB et le nombre d’heures effectivement travaillées sur le territoire économique considéré ». Deuxièmement, l’intrant en travail par habitant qui exprime « le nombre moyen d’heures effectives de travail par habitant » sur une année.

En analysant des chiffres de plusieurs sources différentes, qui abordent le sujet par des méthodologies différentes, on constate que l’évolution du PIB par habitant des pays analysés est similaire, peu importe la méthodologie utilisée. En effet, Eurostat utilise le PIB en volumes chaînés de 2010 en euros pour tous les pays, y compris la Suisse, la Suède et le Royaume-Uni. La Banque mondiale utilise le même procédé, cependant en se basant sur le dollar américain comme monnaie de référence, d’une part et d’autre part en appliquant une parité de pouvoir d’achat (PPA).

Le PIB par habitant selon les chiffres de Eurostat :

Source : Eurostat, PIB réel par habitant

Le PIB par habitant selon les chiffres de la Banque mondiale :

Source : Banque mondiale, PIB par habitant (US $ courants)

Dans les deux graphiques ci-dessus, on constate que les courbes d’évolution de Eurostat correspondent à celles de la Banque mondiale. En effet, dans les deux cas, la Suisse arrive largement en tête devant la Suède qui, elle, devance facilement l’Allemagne. Viennent ensuite la France et le Royaume-Uni, quasiment au même niveau. Ces chiffres cependant, ne tiennent pas compte du coût de la vie de chaque pays, ce qui peut rendre les comparaisons difficiles. De plus, tant les chiffres de Eurostat que ceux de la Banque mondiale, sont exprimés en une seule monnaie (euros ou dollars) alors que certains pays analysés disposent d’une autre monnaie, ce qui pose un problème lié aux fluctuations des taux de change. Partant, bien qu’il soit pratique à utiliser pour les comparaisons internationales, cet indicateur n’est pas toujours parfait, compte tenu de ces éléments.

Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) :

Source : Banque mondiale, PIB par habitant (en dollar PPA internationaux courants)

Pour pallier les problèmes soulevés par l’utilisation d’une monnaie unique pour comparer des pays disposant de monnaies différentes, la Banque mondiale utilise les taux de parité de pouvoir d’achat (PPA). Le PPA est établi sur la base d’un  panier unique de biens et services pour définir le niveau des prix de ce panier dans chaque pays. « Le PIB en PPA est le produit intérieur brut converti en dollars internationaux courants au moyen des taux de parité des pouvoirs d'achat (PPA). Un dollar international a le même pouvoir d'achat sur le PIB du pays déclarant qu'un dollar américain aux États-Unis. »[3] Par conséquent, grâce à la correction du PPA, il est possible de mesurer les différences de richesse de différents pays en tenant compte du niveau de productivité ainsi que du niveau des prix. On constate que le classement des pays analysés n’est pas grandement modifié avec l’introduction de la PPA. Les courbes correspondent aux deux graphiques précédents, montrant un choc au moment de la crise de 2008, plus ou moins bien supportée par les différents pays et une progression globale depuis 2000. On peut néanmoins constater qu’en PPA l’Allemagne (en bleu sur les graphiques) réduit l’écart qu’elle avait avec la Suède pour arriver au même niveau de PIB par habitant en PPA en 2017.

Situation de la France

Depuis le début des années 2000, le PIB par habitant de la France est inférieur à celui de la Belgique, de la Suède, de l’Allemagne et de la Suisse. L’écart avec l’Allemagne, la Suède et la Suisse est notamment dû au niveau de dette publique. Ces pays voient le niveau de leur dette par rapport au PIB diminuer depuis le début des années 2000. Cependant, l’écart entre les PIB par habitant français et belge sont intrigants car la Belgique affiche un très fort taux d’endettement. On pourrait aussi s’intéresser à la balance commerciale pour expliquer ce faible PIB par habitant. Mais les principaux facteurs qui expliquent le retard de la France sur des économies comme celle de l’Allemagne sont, notamment, le taux de chômage (ou faible taux d’emploi) et la trop faible durée du travail. En effet, la France affiche un taux de chômage bien plus élevé que celui de l’Allemagne, la Suisse, la Suède, ou encore la Belgique. De plus, on constate que la France accuse un retard de plus de 10 points sur l’Allemagne concernant le taux d’emploi, ce qui impacte lourdement son PIB par habitant. Ce retard se retrouve dans chaque classe d’âge, par exemple, le taux d’emploi des 15-24 est de plus de 45% en Allemagne alors qu’il n’atteint que 27,8% en France. Pour ce qui est de la classe d’âge la plus active, les 25-54 ans, le taux d’emploi en Allemagne s’élève à 83,9% alors qu’en France il est de 79,9%[4]. En matière de productivité, l’Allemagne surpasse également la France. Une des principales raisons de cet écart peut s’expliquer par la capacité allemande à développer « des secteurs à forte valeur ajoutée et à forte productivité »[5].

Pays

Productivité horaire (base 2010)

Temps travail moyen

taux chômage

taux emploi

population active

Allemagne

107,6

1356 h

3,62%

75,68%

78,20%

Belgique

102,72

1546 h

6,33%

63,92%

68%

Espagne

107,42

1686,5 h

16,54%

61,58%

73,90%

France

105,93

1514 h

8,99%

65,18%

71,50%

Grèce

92,81

1906 h

20,79%

53,80%

68,30%

Italie

101,65

1722,6 h

10,83%

58,22%

65,40%

Royaume-Uni

102,21

1514 h

4,23%

74,37%

77,60%

Suède

106,23

1453 h

6,59%

77%

82,50%

Suisse

103,8

1570 h

4,68%

79,99%

84%

Source : OCDE (2017), Eurostat

Analyse des facteurs de la croissance du PIB par habitant

La croissance du PIB par habitant dépend de deux facteurs : la productivité du travail qui représente « le rapport entre le PIB et le nombre d’heures effectivement travaillées sur le territoire économique considéré »[6] et l’intrant en travail par habitant qui exprime « le nombre moyen d’heures effectives de travail par habitant »[7] sur une année. Dans le graphique ci-dessous qui date de 2015, on constate que si l’on cumule la productivité du travail et l’intrant en travail par habitant, on obtient le taux de croissance du PIB par habitant. Sur la période allant de 2002 à 2013, la France affiche une productivité du travail relativement faible, seules la Grèce, l’Italie et la Belgique font moins bien sur le plan européen. Cependant, en ce qui concerne l’intrant en travail par habitant, la grande majorité des pays analysés subissent un choc, y compris la France. Le cumul de ces deux résultats donne un taux de croissance du PIB par habitant faible par rapport aux autres pays européens, bien que supérieur à celui du Danemark, de l’Irlande, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie et de la Grèce.

Office fédéral de la statistique, « Révision du PIB par habitant, analyse de l’évolution de 1991 à 2013 », 2015.


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