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Opération « Résilience » et participation de la Marine nationale

Dans le cadre de la lutte contre le virus COVID-19, le chef de l’État, Monsieur Emmanuel Macron, a décidé de lancer le 25 mars 2020 l'opération « Résilience » qui constitue : « la contribution des armées à l’engagement interministériel contre la propagation du Covid-19. Elle est centrée sur l’aide et le soutien aux populations ainsi que sur l’appui aux services publics pour faire face à cette épidémie, en métropole et outre-mer, dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection. Les armées s’engagent dans l’ensemble des secteurs où elles peuvent apporter un soutien aux autorités civiles, en adaptant leurs actions aux contextes locaux et dans le cadre d’un dialogue avec les autorités de l’Etat ».

C'est ainsi que la Marine nationale a projeté ses 3 porte-hélicoptères amphibies (PHA) selon le calendrier suivant :

  • Le « Tonnerre », les 21 et 22 mars 2020, en vue de pallier la saturation du service de réanimation du centre hospitalier public d’Ajaccio (15 lits), d'organiser l'évacuation sanitaire entre la Corse et les centres hospitaliers de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur de 12 malades atteints du COVID-19 avec la participation du Bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM) et de l'assistance publique des hôpitaux de Marseille ;
  • Le « Mistral » et la frégate « Guépratte » engagés actuellement dans la mission « Jeanne d’Arc »[1] entre le 4 et le 8 avril 2020 dans le Sud de l’Océan Indien (La Réunion et Mayotte) ;
  • Le « Dixmude » revenu du Liban fin mars 2020 vers le port maritime de Toulon : départ le 3 avril 2020 pour une arrivée prévue mi-avril 2020 vers les Antilles-Guyane, notamment au profit des collectivités de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy.

Cette décision s'appuie sur la nécessité de pallier la faible capacité de lits, notamment de réanimation des d'hôpitaux des départements et régions d'outre-mer présentée ci dessous :

Source : France Info outre-mer 

Outre ses équipements militarisés[2], les caractéristiques des PHA qui sont le résultat d'un concept forgé par la Marine nationale en vue de remplacer les 4 transports de chalands de débarquement (TCD), sont présentées dans le tableau suivant :

Le schéma ci-dessous met en évidence notamment les capacités hospitalières des PHA qui sont les suivantes :

 

Plus précisément, le plateau médical technique du PHA armé par le service de santé des armées (SSA) est du niveau ou rôle 3. Il assure le traitement de différentes pathologies et blessures avec sa vingtaine de locaux dont les 2 blocs opératoires pouvant fonctionner simultanément avec 7 lits de soins intensifs, une salle de radiologie avec scanner et 69 lits, dont 50 pour les soins intensifs, ses installations de télémédecine via SYRACUSE[3]. De plus, l’embarquement des Formations sanitaires de campagne (FSC) du SSA dans le hangar à hélicoptères permet d’étendre la capacité à 50 autres lits. En outre, ses 6 plots  d’hélicoptères[4] permettent des transports de patients avec les hôpitaux à terre.

Dans le cadre de la lutte contre le COVID-19, les missions données aux PHA sont les suivantes :

Pour le PHA « Dixmude » :

  • Apporter une très grande quantité de matériels de protection sanitaire : masques chirurgicaux et gels hydro-alcooliques ;
  • Etre en mesure d'assurer des missions logistiques ou de transport afin de garantir aux populations des besoins de première nécessité ;

Pour le PHA « Mistral » :

  • Apporter un soutien logistique à Mayotte, notamment avec ses moyens amphibies, ses hélicoptères et son groupement interarmées tactique en vue de renforcer le Détachement de la Légion étrangère de Mayotte (DLEM) en complément de celui assuré par le bâtiment d'assistance outre-mer « Champlain » venant de La Réunion (apport d'oxygène liquide et d'alcool à usage médical) .

On doit souligner l'effort demandé à la Marine nationale et à tous les personnels des autres armées (terre et air) embarqués sur les PHA. Cependant, peut se poser la question de l’éventuel soutien en cas de COVID-19 dans les collectivités d'outre-mer (COM) suivantes : Nouvelle Calédonie[5] qui vient d'ailleurs d'échapper au Cyclone Harold de catégorie 4/5 début avril 2020 lequel a dévasté les Vanuatu,  Wallis et Futuna[6], Polynésie française[7], Saint-Pierre-et-Miquelon[8]. La crainte est que le nombre de PHA de la Marine nationale ne soit pas, actuellement, suffisant pour fournir un soutien à tous les DOM/COM de la France, étant donné l'étendue de son espace maritime de la France qui est présenté ci-dessous :

Par conséquent, si après cette épidémie il y a un plan de relance dans le domaine sanitaire, il conviendra de ne pas oublier de doter la Marine nationale d'un nombre suffisant de PHA avec les structures médicales idoines mises en œuvre par le service de santé des armées qui assure aussi une mission de service public en appui des structures hospitalières du secteur public.


[1]    Opération annuelle (environ 5 mois) assurée depuis 2010 par l'un des 3 PHA avec une frégate dans différents espaces maritimes qui termine la formation des officiers-élèves de marine français et étrangers (environ 130) avec la participation à différentes OPEX (ex : lutte contre le piratage au large des côtes de Somalie – mission Atalante, OPEX Harmattan en Libye en 2011, et Corymbe dans le Golfe de Guinée...), exercices militaires internationaux, évacuations de ressortissants (ex : Liban en 2006, Égypte et Tunisie en 2011, 2015 au large d'Aden (Yémen)...)

[2]    Systèmes opérationnels interopérables selon les standards OTAN : mise en œuvre d'un poste de commandement interarmées (PCIA), accueil d'aéronefs de combat à voilure tournante de différents pays, défense anti-aérienne (canons et missiles), transmissions et communications....

[3]    Acronyme de Système de radiocommunication utilisant un satellite qui est un programme français de communication militaire avec les segments au sol notamment en OPEX.

[4]    Dont un pouvant accueillir un hélicoptère de transport lourd du type Sikorsky CH-53E Super Stallion du Corps des Marines des États-Unis.

[5]    Le 05/04/2020 : 18 personnes confirmées positives au coronavirus. 

[6]    Dès la mi-mars 2020 les autorités ont fait le choix de stopper tous les vols passagers en provenance de Nouvelle Calédonie, porte d'entrée aérienne sur le territoire. Mesure draconienne qui expose l'archipel à d'autres risques sanitaires comme les ruptures de stocks de médicaments et la difficulté d'organiser des évacuations sanitaires liées aux maladies courantes.

[7]    Le 03/04/2020 : 39 cas confirmés et 1 hospitalisation en cours.

[8]    Le 04/04/2020 : 1 porteur sain déclaré.