État et collectivités

Etude sur la mortalité 2020 comparée aux années antérieures

05 novembre 2020 • François Saint-Cast

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Depuis le 1er mars 2020 l’Insee a mis en ligne les décès quotidiens par département et sur la France entière, toutes causes de mortalité confondues. A partir des données cumulées sur la France, nous avons calculé les décès quotidiens du 2 mars aux dernières données publiées. La moyenne des décès quotidiens de 2018 et 2019 sert de référence pour 2020. Le graphique suivant donne l’écart des données quotidiennes 2020 à cette moyenne (2018-2019) ainsi que le cumul de cet écart jusqu’au 19 octobre 2020, dernière donnée disponible.

Les données journalières France entière

Figure 1 : nombre de décès journaliers écart à la moyenne (2018-2019) échelle de droite et cumuls (échelle de gauche)

Il y a indéniablement une surmortalité qui débute aux environs de mi-mars et qui dure jusqu’à fin avril. Même si les causes de décès ne sont pas précisées, la coïncidence avec l’épidémie de COVID, laisse peu de doutes sur l’origine du phénomène. Un regard sur les données cumulées montre qu’au 30 avril la surmortalité par rapport à la moyenne (2018-19) est de 27 335 personnes.

En revanche, la surmortalité depuis le 1er septembre est beaucoup moins importante. Du 1er septembre au 19 octobre elle s’élève à 3 983 personnes. Ces dernières données sont à prendre avec précaution. En effet, les services de l’Insee précisent : « Il est important de noter que ces données sont très provisoires et seront révisées à chaque nouvelle publication. Pour autant, l’Insee fait le choix de les mettre à disposition de tous, car elles peuvent permettre de déceler précocement des changements de tendance. Les données les plus récentes sont incomplètes, car les communes ont une semaine pour transmettre les données et le délai de transmission varie en fonction du jour de la semaine. La rapidité de remontée de ces informations varie également selon les départements et pourrait être perturbée par les mesures de confinement, de même que le choix des modalités de transmission (dématérialisé ou courrier postal). »

Figure 2 : Période du 11 mai au 19 octobre

Il nous est apparu intéressant de répertorier la surmortalité suivant l’âge entre le 1er mars et le 19 octobre. A l’examen des courbes trois catégories ressortent : les moins de 65 ans, les 65 ans à 84 ans, et les plus de 85 ans.

Figure 2* : Période du 1er mars au 2 novembre 

Figure 2** : Période du 11 mai au 2 novembre 

Figure 3 : Ecarts mortalité quotidienne par rapport à la moyenne 2018-19 suivant l'âge

Figure 4 : Cumul des Ecarts mortalité quotidienne par rapport à la moyenne 2018-19 suivant l'âge

Le cumul des écarts au 19 octobre suivant l’âge donne une valeur légèrement différente des 32 207 décès de surmortalité de la série tous âges et sexes confondus. Ceci est lié au traitement statistique des moyennes 2018-19 et à un cumul général de la série des décès légèrement différent : 402 662 décès sur la période contre 402 681 pour la série âge et sexe indifférenciés. Cela ne remet pas en cause le constat que la surmortalité par rapport à la moyenne des décès 2018-19 frappe essentiellement les plus de 65 ans.

Les taux de mortalité mensuels

Face au phénomène, une autre statistique a été étudiée, celle du taux de mortalité mensuel de 1994 à 2020. La dernière donnée est de septembre. Nous avons calculé l’écart entre les données de chaque année et la moyenne de 1994 à 2019 en pourcentage par rapport à la moyenne.

Figure 5 : Taux de mortalité mensuel écarts à la moyenne 1994-2019 en %

Il est aisé de voir les pics hivernaux, qui se situent soit en janvier, soit en février de chaque année. Mais là encore, le pic du mois d’avril est remarquable. En revanche, le taux de mortalité de septembre n’est pas spécialement élevé, il est tout de même plus élevé que ceux des mois de septembre des années précédentes.

Le nombre de décès mensuels France métropolitaine

Pour cet indicateur nous avons recensé les données de 2015 à 2020 pour les mois de janvier à septembre et calculé les écarts du nombre de décès en 2020 par rapport à ces différentes années.

Tableau 1 : Nombre de décès par mois France métropolitaine

Nombre de décès par mois France métropolitaine

Décès

2020

2019

2018

2017

2016

2015

janvier

56 300

59 191

58 611

66 990

53 024

57 453

février

50 400

54 760

51 137

51 563

48 480

56 432

mars

61 900

52 395

59 233

49 159

53 090

53 931

avril

65 900

48 069

49 372

46 089

47 746

46 769

mai

48 000

48 022

46 748

47 327

46 957

45 286

juin

45 100

45 315

43 940

43 399

43 412

43 637

juillet

46 000

46 877

47 213

45 263

45 648

45 428

août

47 900

45 899

46 096

45 556

44 649

44 737

septembre

47 600

45 062

44 716

45 067

43 805

43 639

Tableau 2 : Ecart décès de l'année 2020 par rapport aux années…

 

Ecart décès de l'année 2020 par rapport aux années…

Mois

2019

2018

2017

2016

2015

janvier

-2 891

-2 311

-10 690

3 276

-1 153

février

-4 360

-737

-1 163

1 920

-6 032

mars

9 505

2 667

12 741

8 810

7 969

avril

17 831

16 528

19 811

18 154

19 131

mai

-22

1 252

673

1 043

2 714

juin

-215

1 160

1 701

1 688

1 463

juillet

-877

-1 213

737

352

572

août

2 001

1 804

2 344

3 251

3 163

septembre

2 538

2 884

2 533

3 795

3 961

TOTAL

23 510

22 034

28 687

42 289

31 788

Les chiffres confirment une surmortalité importante en mars et avril quelle que soit l’année de référence et une plus faible mais significative en août et septembre. Les données d’octobre seront disponibles dans le courant du mois de novembre.

Figure 6 : Ecart décès de l'année 2020 par rapport aux années…

Quelques pays européens

Eurostat fournit une série des décès hebdomadaires. Nous avons collecté les données des pays suivants : Belgique ; Danemark ; Allemagne ; Espagne ; France ; Italie ; Pays-Bas ; Autriche ; Pologne ; Portugal ; Suède ; Royaume-Uni ; Suisse.

Et nous avons effectué le même calcul pour la France sur les données hebdomadaires, pour la même période (en fonction des données disponibles). Les données sont rapportées par million d’habitants à des fins de comparaisons.

Figure 7 : Ecarts du nombre de décès hebdomadaires par rapport à la moyenne (2018-2019) par million habitants

Comme pour la France la période mars-avril se caractérise par une forte augmentation de la fréquence des décès par rapport à la moyenne des mêmes semaines de 2018-2019.

Figure 8 : Cumul des écarts du nombre de décès hebdomadaires par rapport à la moyenne (2018-2019) par million habitants

Les données sont disponibles pour l’ensemble des pays jusqu’à la semaine 35 c’est-à-dire la fin août. A noter le parcours atypique de l’Allemagne et du Danemark qui connaissent globalement une baisse de la mortalité par rapport à la moyenne 2018-19. D’une manière générale la COVID entraîne une surmortalité dont l’importance est variable suivant les pays. A mesure que seront publiées les données nous pourrons suivre l’évolution.

Commentaires

  • Par EMDE • Posté le 08/11/2020 à 10:05 Excellent document qui nécessite toutefois quelques restes de statistiques comparées? J'aurais aimé en faire profiter à certains amis, hélas impossible , je ne suis ni sur Facebook ni sur twitter
  • Par reiller • Posté le 06/11/2020 à 12:04 J'attends une étude de la qualité technique de la gestion de cette épidémie. Car a qui peut on faire croire que les chiffres diffusés du flux quotidien de tests positifs est correct? ils varient de pi d'un jour à l'autre! Comment croire que la prévalence baisse alors que le flux précédent monte depuis fin Septembre?(info LCI du 3ou4/11) Comment ne pas s'étonner que l'institut Pasteur a du corriger son étude du premier confinement pour ...diviser par 2 le nombre de malades avant confinement!!Comparez ETC... Et puis toutes ces décisions empilées sans aucune vérification de leur effet, paraissent toutes résulter de discussions en réunions, sans aucune étude chiffrée préalable et vérifiable, juste entre gens qui croient que. Où est le dossier justifiant qu'il vaut mieux que les enfants n'aillent plus au collège ? C'est une décision syndicale ou sanitaire? ETC....
  • Par Erik • Posté le 05/11/2020 à 19:37 Merci beaucoup pour cette approche et cette étude fort intéressante que celle de la mortalité et de la surmortalité par rapport aux 5 années précédentes. C'est à mon avis le seul marqueur lisible, précis et incontestable du niveau de gravité de l'épidémie puisqu'il élimine tous les biais d'attribution lors du décès d'un malade atteint de plusieurs pathologies. Ce marqueur de surmortalité semble au demeurant très cohérent avec les chiffres "officiels" cumulés ou quotidiens.
  • Par AUGUSTE BOSSERT • Posté le 05/11/2020 à 18:31 Merci pour ces statistiques indispensables qui permettent de comprendre l'évolution de ce virus. La comparaison avec les années précédentes est capitale. Il faut noter que les données de l'Insee concernent toutes les causes de mortalité. On peut penser dans ces conditions, du seul point de vue statistique, que le nombre de décès dus au Covid_19 est peut être sur estimé?
  • Par violette14 • Posté le 05/11/2020 à 18:13 peut être la surmortalité enregistrée en France en mars et Avril 2020 est elle minorée du fait de la baisse de la mortalité due aux accidents automobiles, ainsi qu'aux accidents du travail, pendant le confinement.
  • Par JPE • Posté le 05/11/2020 à 17:58 Bravo ! Enfin une étude comparative sérieuse. La Figure 8 est malheureusement illisible. Il faudrait ajouter le sigle du pays au bout de la courbe : FR,... Il serait aussi intéressant de chercher les explications pour deux différences importantes sur 10 mois : https://www.statista.com/statistics/1104709/coronavirus-deaths-worldwide-per-million-inhabitants/ - France 38000 décès - Allemagne 11000 - Suède - Finlande/Norvège/Danemark
  • Par MAYET • Posté le 05/11/2020 à 17:44 Statistiques intéressantes.
  • Par Doatyn • Posté le 05/11/2020 à 17:41 J'avais trouvé suspect que l'INSEE ne montre que 2018 et 2019, plutôt que 5 ou 10 ans en arrière, mais je n'ai pas creusé. Là, c'est clair que c'est "moins pire" que 2017. Avec 2017 l'INSEE aurait montré que cette "épidémie dramatique" est finalement banale. Je crois qu'ils n'ont pas osé faire de peine à nos gouvernants et à nos doctes comités.
  • Par jean claude dutailly • Posté le 05/11/2020 à 17:28 A sugnaler l'étude de l'Insee de juillet sur la mortalité (toutes cause confondues) par pays de naissance (documents de travail site Insee)

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