Entre 2017 et 2026, la masse salariale publique a augmenté de 28,6 %
Entre les premiers trimestres 2017 et 2026, la masse salariale versée par les administrations publiques augmente de 28,6 % en valeur (de 193 à 248 Md€ en année glissante), mais de 7,6 % seulement en euros constants, les prix ayant progressé de 19,5 %. L’emploi salarié public croît de 3,2 % (environ 189 000 personnes), au prix d’une recomposition : moins de fonctionnaires, davantage de contractuels. Le point d’indice, gelé de 2017 à mi-2022 puis inchangé depuis juillet 2023, ne gagne que 5,7 % : il perd 11,5 % de sa valeur réelle. Il explique 22 % de la hausse de la masse salariale, l’emploi 13 % et la dérive hors point (carrières, mesures catégorielles, primes, structure) 65 %. Depuis 2025, la dynamique s’interrompt : au T2 2026, la masse salariale recule d’environ 1 % sur un an en termes réels.
Associer emploi et masse salariale : stock, flux, années glissantes
La masse salariale (D11, secteur S13) est un flux versé au cours du trimestre[1] ; l’emploi salarié public est un stock mesuré en fin de trimestre[2]. Le ratio brut mélangerait les deux : nous rapportons la masse salariale à l’effectif moyen du trimestre (moyenne des stocks de début et de fin) pour obtenir un coût moyen par salarié. L’annualisation (×4) est possible, car les séries sont corrigées des variations saisonnières, mais elle propage à l’année entière chaque à-coup ponctuel (+3,3 % au T2 2020, +3,8 % au T3 2022, +3,5 % au T4 2023). Nous retenons donc les quatre trimestres glissants (somme des masses salariales rapportée à la moyenne des effectifs moyens), qui comparent des fenêtres identiques : T2 2016 – T1 2017 et T2 2025 – T1 2026.
La masse salariale est publiée jusqu’au T2 2026 ; c’est l’emploi public qui s’arrête au T1 2026, le flash de l’Insee ne couvrant que le privé[3]. La comparaison porte donc sur T1 2017 – T1 2026 et le T2 2026 est traité à part. Pour la lecture en termes réels, chaque trimestre est déflaté par la moyenne arithmétique des trois indices mensuels de l’IPC hors tabac[4], sans pondération (l’IPC brut est rapproché d’une masse salariale corrigée des variations saisonnières ; la moyenne trimestrielle atténue ce décalage).
Résultats
Niveaux et variations, années glissantes
| Année glissante (4 trimestres) | T1 2017 | T1 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Masse salariale nominale (Md€) | 192,8 | 247,9 | +28,6 % |
| Indice des prix (IPC hors tabac, base 2025 = 100) | 83,9 | 100,2 | +19,5 % |
| Masse salariale en euros constants (Md€) | 229,9 | 247,3 | +7,6 % |
| Emploi salarié public, moyenne (milliers) | 5 871 | 6 060 | +3,2 % |
| Coût annuel moyen par salarié, nominal (k€) | 32,8 | 40,9 | +24,6 % |
| Coût annuel moyen par salarié, réel (k€ constants) | 39,2 | 40,8 | +4,2 % |
| Valeur annuelle du point (indice 100, en €) | 5 587 | 5 907 | +5,7 % |
Source : Insee (séries 011794510, 011814056, estimations d’emploi, tableau INDFP1) ; calculs IFRAP. Euros constants : prix moyens 2025.
Masse salariale, prix, point d’indice et emploi publics (base 100 au T1 2017, années glissantes)
Jusqu’à fin 2019, la masse salariale suit les prix (+4,7 % contre +3,3 %) pendant que l’emploi recule légèrement. Entre fin 2019 et fin 2021, le gain réel est net (+4,2 %), avec un pic nominal au T2 2020. L’inflation dépasse ensuite les revalorisations : la masse réelle recule de 1,3 % jusqu’au T3 2023 (point bas à 239,7 Md€), avant un rattrapage jusqu’à 248,5 Md€ au T1 2025. Depuis, elle est stable en nominal (+0,4 % sur un an au T1 2026) et décline en réel (−0,5 %). Le T2 2026 confirme le tassement : 62,5 Md€ (+0,4 % sur le trimestre, +1,1 % sur un an) face à des prix qui montent de 1,9 % en trois mois (+2,1 % sur un an), soit −1,5 % sur le trimestre et −1,0 % sur un an en euros constants.
Composantes de l’évolution : volume, point d’indice, dérive
Le volume (+3,2 %) masque une substitution entre statuts. Selon Siasp, entre fin 2017 et fin 2024 les fonctionnaires reculent de 2,0 % (−85 000) tandis que les contractuels progressent de 33 % (+339 000), leur part passant d’environ 18 % à 24 % des effectifs[5]. Seule la fonction publique hospitalière maintient ses titulaires.
Effectifs par statut et versant, évolution 2017 → 2024
| Variation 2017 → 2024 (fin d’année) | FPE | FPT | FPH | Ensemble |
|---|---|---|---|---|
| Fonctionnaires | −2,1 % | −3,3 % | +0,2 % | −2,0 % (−85 000) |
| Contractuels | +40,7 % | +32,4 % | +20,9 % | +33,3 % (+339 000) |
| Tous statuts | +2,8 % | +1,7 % | +5,0 % | +2,9 % (+162 000) |
Source : Insee, Siasp ; évolutions chaînées sur séries révisées ; calculs IFRAP.
Le point d’indice, levier général de la rémunération, n’augmente en moyenne glissante que de 5,7 % entre T1 2017 et T1 2026 (+0,6 % en juillet 2016 et en février 2017, +3,5 % en juillet 2022, +1,5 % en juillet 2023)[6], soit −11,5 % en valeur réelle. Il est inchangé depuis juillet 2023[7]. Les 5 points d’indice majoré attribués au 1er janvier 2024 le complètent d’environ 1 % pour un indice compris entre 400 et 500 (illustration, l’indice moyen n’étant pas connu), sans changer ce diagnostic.
Une décomposition multiplicative de la masse salariale (tableau 3) isole enfin la dérive hors point : le coût moyen par salarié, net de l’effet du point, augmente de 17,8 %, ce qui recouvre l’avancement, les mesures indiciaires et catégorielles, les primes et les effets de structure, sans qu’il soit possible de les séparer ici. En euros constants, cette dérive est quasi neutre (−1,4 %) : elle compense à peu près l’inflation que le point ne compense pas. Elle culmine entre fin 2019 et fin 2022 (+7,6 %), période où le salaire net moyen en équivalent temps plein progresse de 11,3 % entre 2019 et 2021 à l’hôpital, contre 3,3 % dans la fonction publique de l’État et 2,5 % dans la territoriale[8]. Depuis fin 2022, elle ne suit plus les prix (−2,9 % en réel).
Décomposition de la masse salariale par sous-période (années glissantes)
| Variation sur la période | Masse nominale | Emploi | Point d’indice | Dérive hors point | Prix (IPC) | Masse réelle |
|---|---|---|---|---|---|---|
| T1 2017 → T4 2019 | +4,7 % | −0,4 % | +0,6 % | +4,4 % | +3,3 % | +1,4 % |
| T4 2019 → T4 2022 | +11,0 % | +1,4 % | +1,8 % | +7,6 % | +7,2 % | +3,6 % |
| T4 2022 → T1 2026 | +10,6 % | +2,2 % | +3,2 % | +4,8 % | +8,0 % | +2,5 % |
| Ensemble T1 2017 → T1 2026 | +28,6 % | +3,2 % | +5,7 % | +17,8 % | +19,5 % | +7,6 % |
Source : Insee ; calculs IFRAP. Dérive = (1 + masse nominale) / [(1 + emploi) × (1 + point)] − 1. Variations non additives entre périodes.
Limites
D11 exclut les cotisations employeurs[9] ; l’emploi est compté en personnes et non en équivalents temps plein ; rien ne garantit que le champ de l’emploi « public » et celui de la comptabilité nationale (S13) coïncident, ni que les séries Siasp (niveaux différents) et les estimations d’emploi soient comparables. Le salaire net en euros constants par équivalent temps plein baisse de 0,7 % entre 2017 et 2023 (FPE −2,8 %, FPT −2,2 %, FPH +5,6 %) : l’écart avec le coût moyen brut par tête peut tenir à la hausse des cotisations salariales (retenue pour pension de 9,94 % en 2016 à 11,10 % dès 2020) et au temps de travail, que nous n’isolons pas. La déflation par l’IPC mesure un pouvoir d’achat, non le coût pour la collectivité. Enfin, les séries sont révisables[10].
- [1] Insee, « Masse salariale versée par les administrations publiques – Valeur aux prix courants – Série CVS », idBank 011794510 : D11 « Salaires et traitements bruts », secteur S13, millions d’euros, mise à jour du 28 août 2026. https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/011794510
- [2] Insee, Informations rapides n° 186, « Estimations d’emploi », 30 juillet 2026 : emploi salarié en fin de trimestre, corrigé des variations saisonnières, France hors Mayotte. L’emploi public est obtenu par différence entre l’emploi salarié total et l’emploi privé. https://www.insee.fr/fr/statistiques/9032830
- [3] Le flash du T2 2026 ne publie que le privé (−19 300 emplois, −0,1 % sur le trimestre) ; la publication ne précise pas la date de parution de l’emploi total, donc de l’emploi public, pour ce trimestre.
- [4] Insee, IPC, base 2025, ensemble des ménages, France, hors tabac, série brute (non corrigée), idBank 011814056, mise à jour du 15 septembre 2026. https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/011814056
- [5] Insee, Siasp 2011-2024, tableau « Effectifs dans la fonction publique par versant » (postes principaux non annexes au 31 décembre, France hors Mayotte). Les données 2020 à 2023 ont été recalculées par l’Insee : les évolutions sont chaînées sur les séries révisées, les niveaux publiés ne sont pas strictement comparables d’un millésime à l’autre. Les niveaux diffèrent de ceux des estimations d’emploi (5,88 millions fin 2024 contre 6,04 millions).
- [6] Valeur annuelle du traitement afférent à l’indice 100 : Insee et législation sociale, tableau INDFP1 (jusqu’en 2022) ; +0,6 % en juillet 2016 et en février 2017, +3,5 % en juillet 2022, puis +1,5 % au 1er juillet 2023 (5 820,04 € → 5 907,34 €) et 5 points d’indice majoré au 1er janvier 2024, d’après le décret n° 2023-519 du 28 juin 2023 : https://www.weka.fr/actualite/remuneration/article/paie-hausse-des-grilles-indiciaires-au-1er-janvier-2024-174449/
- [7] Valeur inchangée au 1er janvier 2026 : https://jobpublic.fr/blog/point-dindice-2026-valeur-historique-et-salaire-net (source secondaire).
- [8] Insee, Siasp 2021, séries longues sur les salaires, tableau EQTPFP01 (salaire net annuel moyen en équivalent temps plein par versant) et DS_DERA_PUBLIC_SERIES_LONGUES (salaire net mensuel moyen en EQTP, euros constants, jusqu’en 2023).
- [9] D11 ne comprend pas les cotisations sociales à la charge des employeurs : ce n’est pas le coût complet des agents.
- [10] L’Insee signale que les données des trimestres passés sont révisables (déclarations tardives, nouvelles estimations annuelles) et que les coefficients de variations saisonnières sont ré-estimés chaque année à la publication du T1 (onglet « Méthodologie » du fichier « IR flash T2 2026 »).