État et collectivités

Covid-19 : « En France, tout est fait pour rendre l'accès aux tests plus compliqué »

20 mai 2020 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Alors qu'on attend d'ici quelques heures la liste des tests sérologiques Covid homologués par le ministère de la santé et que des milliers de kits de test attendent de pouvoir être utilisés, il est plus que temps de faire un point sur la stratégie et les objectifs de tests Covid de la France. À la fois sur les PCR (virologiques, par prélèvement nasal, pour savoir si on a le Covid) et sérologiques (par prise de sang, pour savoir a posteriori si on a développé des anticorps).

Malgré les prises de position du gouvernement et les conseils de l'OMS pour tester le plus possible (« Testez, testez, testez, testez tous les cas suspects de Covid-19. Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés»), il apparaît que la France peine à dépasser un rythme qui serait selon les dernières informations de 50.000 tests par jour. Bien loin des 700.000 par semaine annoncés.

En effet, le 28 avril, le premier ministre évoquait l'objectif de 700.000 tests par semaine au déconfinement. Si cet objectif est repris partout dans les médias, Edouard Philippe, dans son discours du jeudi 7 mai, ne le cite plus et on le comprend : il est impossible que la France soit en capacité de réaliser 700.000 tests par semaine actuellement.

Trop peu de tests effectués

Depuis fin février, les laboratoires hospitaliers ont réalisé en tout près de 630.000 tests virologiques, et les deux tiers des laboratoires de ville, un peu plus de 203.000. Ce qui veut dire qu'en un peu plus de deux mois, la France a effectué entre 830.000 et 920.000 tests virologiques.

Dès fin mars, les professionnels de la santé s'alarmaient du manque de matériel, et les commandes commencent seulement à arriver. En ce qui concerne les prélèvements, les infirmiers libéraux et les médecins généralistes sont mis à contribution mais la question du manque de personnels habilités dans les laboratoires ne peut pas se résoudre vite. Et les étudiants en fin d'étude, destinés à ces emplois, restent relégués à des tâches subalternes dans l'attente de la réception de leur diplôme… en juillet !

Manque de matériel (écouvillons, réactifs...), manque de personnel et manque de structures, ou mauvaise organisation ? De plus en plus de voix s'élèvent contre la désorganisation du système et la faible sollicitation des structures privées, qui sont prêtes. Il semble que si les petites structures (notamment les laboratoires des vétérinaires) étaient mieux incorporées au système, 50.000 tests supplémentaires pourraient être réalisés par semaine. Mobiliser ce vivier déjà prêt devrait être la priorité, mais aussi libérer l'accès aux tests...

C'est ce que fait l'Allemagne, principal producteur de tests en Europe, où les centres de dépistage sont beaucoup plus accessibles, chaque laboratoire d'analyse ayant été autorisé à tester la population sans restriction. Dès avril, le pays tournait, a minima, à plus de 300.000 tests réellement effectués par semaine. Début mai, le taux de tests de la population en Allemagne était de 33 pour 1.000 habitants contre 12,7 pour 1.000 en France. Le Royaume-Uni tournait à 20,4 pour 1.000... et l'Italie, 37 pour 1.000.

Trop de contraintes

L'impression qui domine en France est qu'on gère la pénurie (un peu comme pour les masques). Chaque individu devrait pouvoir faire un test virologique ou sérologique librement, sans ordonnance, y compris à ses propres frais. Il est illogique, alors que l'on organise la reprise économique et que des entreprises peuvent être condamnées si elles n'assurent pas la sécurité sanitaire de leurs employés, d'empêcher les employeurs de proposer des tests à leurs salariés. Il ne sert à rien de donner des chiffres inatteignables si tout est fait pour rendre l'accès aux tests plus compliqué et si on doit avoir obligatoirement une ordonnance pour se faire tester. L'organisation risque bien de n'être optimale qu'après la bataille.

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