Une plateforme progressiste (PS, Verts...) reconnaît qu'il faut plus de 50 % d'économies dans un ajustement budgétaire
Pascal Canfin, eurodéputé écologiste, a lancé une plateforme progressiste cherchant à ménager un terrain d’entente et de proposition que les partis de la gauche et du centre qui y sont associés ainsi que leurs sympathisants : PS, Ecologistes, Place Publique, Renaissance et MoDem. Considérés comme appartenant à un « arc progressiste ». A cet égard, la plateforme a organisé une « conférence de consensus » sur la thématique du budget et des finances publiques dont les résultats ont été publiés le 24 février. Et les premiers résultats nous paraissent significatifs, signe que l’imbroglio des débats budgétaires depuis 2 ans a laissé des traces dans les consciences y compris à gauche et stimulé la nécessité de réformes. Tout d’abord les trois cents participants se sont vu imposer la nécessité d’arbitrer parmi un corpus de 85 mesures chiffrées représentant un volume financier de 380 Md€ afin de réaliser 100 Md€ d’ajustement budgétaire, sur 110 Md€ à trouver sous 7 ans afin de ramener notre solde structurel à l’équilibre. Ils ont ensuite été invité à arbitrer entre 7 mesures d’avenir et en ont dégagé 5 pour un coût total additionnel de 3 Md€. Si les mesures « structurelles » ont encore du mal à faire leur chemin en matière d’économies, le freinage indispensable de la dépense est assez bien accepté, qu’il s’agisse de l’Etat, des collectivités territoriales et des dépenses de santé. En revanche les choix structuraux en matière de recettes sont encore très idéologiques et en matière d’investissements, ont dû mal à prendre en compte des impératifs technologiques et de défense.
Un consensus pour fixer d’abord des objectifs budgétaires puis les moyens pour y parvenir
Premier enseignement de la Conférence de consensus : les participants de « l’arc progressiste », auquel n’étaient pas associés ni Horizon ni LR, ont accepté le principe de définir d’abord les objectifs à atteindre avant d’opérer une délibération collective sur les moyens de les financer. Le processus a donc débuté par une description aussi exacte que possible de la situation de nos finances publiques et des projections à politiques inchangées (si rien n’était fait).
La conférence fait le constat que « la trajectoire dégrade progressivement l’efficacité de la dépense publique et place durablement le pays dans une impasse fiscale. […] » Une trajectoire d’autant plus préoccupante que « la croissance économique ne permet plus d’en neutraliser les effets. » Ainsi la croissance n’est désormais plus suffisante pour compenser l’augmentation de la charge des intérêts de la dette, conduisant celle-ci à s’auto-entretenir. C’est l’effet « boule de neige ». Dans cette perspective à horizon 2035, la simple dérive des comptes publics aboutirait à un déficit public de 8,9 % du PIB, dont un solde primaire autour des 3 % et une charge de la dette de 6 % (soit près du double). Corrélativement, l’endettement dans ce scénario fictif atteindrait à cet horizon les 173 %, puisque « le déficit primaire ne diminu[ant] pas, la trajectoire s’auto-entretien[drait] du fait de l’augmentation progressive des taux d’intérêt. » Stabiliser la trajectoire de la dette nécessiterait alors a minima de supprimer le déficit primaire (ou à tout le moins d’atteindre le solde stabilisant ndlr) et ce, de façon structurelle.
Dans ces conditions, un effort de 110 Md€ serait nécessaire puisque le déficit primaire en 2024 atteindrait les 3,6 % pour un déficit de 5,8 % (2,2 % de charges d’intérêt de la dette publique). Or, 3,6 % c’est à peu près 110 Md€. En 2025 toutefois ce chiffre pourrait être revu légèrement à la baisse, « de l’ordre 3,2 % du PIB selon le rapport d’avancement annuel ». L’effort serait donc de 95,7 Md€, soit inférieur de près de 14 Md€ à l’objectif fixé. Mais le rapport de synthèse propose « toutefois de conserver une cible de 110 Md€, afin d’anticiper d’éventuelles crises futures, conformément aux exigences du cadre européen ». Le maintien de la contrainte permettant de dégager des marges budgétaires contracycliques en cas de choc économique interne ou externe.
Le rythme de consolidation n’a pas été retenu par les participants, mais par les experts (économistes) sur la base du travail du CAE[1] sur une durée de 7 années afin d’éviter les effets jugés trop récessifs à court terme – le choix étant fait de ne pas réaliser un ajustement plus important accompagné d’une relance conjointe (baisse des P.O., investissements productifs, etc.).
Les participants arbitrent : 52 Md€ d’économies et 48 Md€ de hausses de P.O.
Afin d’y parvenir, les organisateurs ont ensuite proposé aux participants de choisir par vote à la majorité parmi 85 mesures chiffrées précisément (expertise académique ou institutionnelle) représentant un volume total de 379,7 Md€.
Mesures proposées (Md€/Nbre) | Modification de la disponibilité des mesures | Choix du consensus (Md€/Nbre) | ||||||||
| Type de mesures | Montant maximum disponible | Nombre de mesures | Montant des mesures | Montant des mesures arbitrées | Nombre de mesures arbitrées | Répartition des mesures initiales (volume) | Répartition des mesures modifiée (volume) | Répartition des mesures arbitrées (volume) | Volume retenu par rapport au volume modifié | |
Mesures d'ajustement | Economies en dépenses | 170,2 | 42 | 171 | 51,9 | 10 | 49,2% | 55,2% | 52,0% | 30,4% |
| Recettes fiscales supplémentaires | 175,5 | 36 | 139 | 48 | 11 | 50,8% | 44,8% | 48,0% | 34,5% | |
| Sous-total ajustement | 345,7 | 78 | 310 | 99,9 | 21 | 100% | 100% | 100% | 28,9% |
| "Investissements d'avenir" | Mesures d'avenir | 34 | 7 | 3 | 5 | |||||
| Total | 379,7 | 85 | 102,9 | 26 | ||||||
Source : Plateforme progressiste (février 2026), mise en forme Fondation IFRAP mars 2026.
En réalité, la boite à outils de mesures chiffrées d’ajustement s’élève à 345,7 Md€, dont 170,2 Md€ d’économies en dépenses cumulées possibles et des mesures fiscales supplémentaires de 175,5 Md€. Cependant, toutes ces mesures ne sont pas disponibles, si bien que le panel final des dispositions sera abaissé s’agissant des mesures fiscales de 20,8 %, soit un montant total disponible de 139 Md€.
En définitive, il apparaît que « les participants n’ont pas privilégié l’un des deux types de mesures de consolidation budgétaire » puisque les mesures retenues se répartissent à hauteur de 52 % de mesures d’économies pour 48 % de mesures de hausses de prélèvements obligatoires. On note toutefois que la sollicitation des mesures fiscales par rapport au quantum modifié s’établit à 34,5 % contre seulement 30,4 % pour les mesures d’économies disponibles en volume. Les participants ont donc plus sollicité les mesures fiscales disponibles que les mesures d’économies disponibles, mais pour des volumes financiers légèrement plus importants pour ces dernières.
Détail des mesures retenues par le consensus à plus de 50 %
Le rapport d’analyse pointe, grâce au dépouillement des votes par rapport aux profils des participants, que la fixation d’objectifs limite les réflexes égoïstes et assure une bonne convergence entre profils sociaux. La répartition équilibrée entre les volumes d’économies et de recettes fiscales supplémentaires « suggère une perception largement partagée de la nécessité de mobiliser simultanément les deux leviers de redressement des finances publiques ». On note cependant une proportion en hausse de la répartition des économies à réaliser par rapport aux recettes chez les hommes (53 % contre 49 % pour les femmes) et parmi les personnes entre 50 et 64 ans (54 %) et parmi les retraités (53 %). Cette proportion augmente également chez les professions intellectuelles supérieures et les cadres (51 %) par rapport au sentiment des professions intermédiaires (50 %) et les sans-activité professionnelle (48 %).
Effet | Intitulé des mesures | Montants Md€ | % Approbation |
Economies | Geler pendant 2 ans les dépenses de l'Etat au niveau de l'inflation (hors charge de la dette) | 13,8 | 65% |
| Geler pendant 2 ans les dépenses des collectivités territoriales au niveau de l'inflation | 7,6 | 64% | |
| Diminuer les aides à l'apprentissage et exclure les diplômés au-delà de la licence | 6,2 | 55% | |
| Clarification des compétences afin de limiter les doublons entre échelons | 6 | 97% | |
| Réforme de l'hôpital: tarification, soins ambulatoires, nombre de lits | 6 | 56% | |
| Gel pendant 2 ans de l'indexation des retraites | 5,2 | 55% | |
| Réduction des doublons de personnel associés à la clarification des compétences entre échelons | 3 | 90% | |
| Limiter l'usage des médicaments et les prescriptions abusives | 2,6 | 90% | |
| Mutualisation de la politique et des circuits d'achat de l'Etat | 1,5 | 88% | |
| Plafonner le quotient conjugal pour les couples aisés à 10.000 euros | 1,1 | 51% | |
Total des économies retenues | 51,9 | ||
Recettes | Restaurer la taxe d'habitation sur les 20% les plus aisés | 9,3 | 51% |
| Augmenter l'impôt sur l'héritage (pacte Dutreil, assurances-vie, donation) | 8 | 77% | |
| Une mesure de taxation du capital (Zucman ou ISF) | 5 | 82% | |
| Suppression de l'abattement fiscal des frais professionnels des retraités | 5 | 81% | |
| Supprimer les tarifs réduits sur le carburant | 4,9 | 51% | |
| Supprimer l'exonération de TICPE sur le transport aérien et maritime | 4,1 | 87% | |
| Hausse du barème de la taxe sur les billets d'avion | 3,7 | 83% | |
| Taux de TVA majorité de +5% sur les produits de luxe | 3,5 | 75% | |
| Diminution du crédit d'impôt recherche pour les grandes entreprises | 1,5 | 56% | |
| Suppression du régime dérogatoire applicable au transport maritime | 1,4 | 69% | |
| Taxes de 2€ sur les petits colis en provenance des pays tiers | 0,5 | 82% | |
Total des mesures fiscales supplémentaires | 48 | ||
Total | 99,9 | ||
Du côté des économies en dépenses, des mesures fortes de freinage de la dépense plus que des mesures structurelles :
Les principes de construction des scénarios des participants à la Conférence de consensus du budget mettaient en exergue la nécessité de dégager des « économies ou des recettes supplémentaires permanentes, et non des ajustements ponctuels » susceptibles non seulement d’afficher un déficit primaire nul en 2032 mais surtout « de modifier durablement la trajectoire des finances publiques ».
Or les deux principales mesures approuvées par les participants ne sont pas des mesures « structurelles », mais de « décalage dans le temps » de la dépense. Elles ne sont ni des mesures permanentes, ni des mesures cumulables, mais des mesures « exceptionnelles », celles-là même qui devaient être évitées. Il s’agit en l’occurrence du gel des dépenses de l’Etat pendant 2 ans au niveau de l’inflation (zéro volume) hors charge de la dette pour un montant d’économies de 13,8 Md€, et du gel des dépenses des collectivités locales, là aussi pendant 2 ans au niveau de l’inflation (zéro volume) pour un gain complémentaire de 7,6 Md€ d’économies. Enfin, une 3ème mesure de gel est utilisée, le gel pendant 2 ans là encore de l’indexation des retraites pour un gain de 5,2 Md€ d’économies.
En somme, le choix est fait de faire porter l’effort d’économies en dépenses, principalement par des mesures non structurelles de simple freinage de la dépense dans le temps, pour un total de 26,6 Md€, soit quasiment la moitié des économies identifiées et choisies par les participants (total 51,9 Md€, soit 51,25 %).
Les mesures structurelles sont cependant assez volontaristes, puisqu’y figurent
Avec peut-être un problème de double compte : la clarification des compétences entre les collectivités locales afin d’éviter les doublons entre échelons (6 Md€), ainsi que la mesure de réduction des dépenses de personnel en lien avec l’existence de doublons locaux, pour 3 Md€. Jusqu’à présent, l’évaluation mise en place par le rapport Ravignon (29 mai 2024[2]) s’appuyait uniquement sur des équivalents horaires/masse salariale pour un total de 7,4 Md€ dont 1,2 Md€ s’agissant de l’action territoriale de la DGFiP en matière de comptabilité publique au bénéfice des collectivités territoriales[3].
Une mesure de réduction des dépenses d’apprentissage, permettant de recentrer l’aide sur sa composante unique de 2018 en excluant les diplômés au-delà de la licence, pour des économies de 6,2 Md€
Des économies touchant à la branche Santé, sur deux de ses volets pour un total de 8,6 Md€ :
La réforme de l’hôpital, notamment les enjeux de tarification, de soins ambulatoires et la question du nombre de lits (dont la réduction du point d’entrée par les urgences) pour un total de 6 Md€ d’économies ;
La limitation de l’usage des médicaments et des prescriptions abusives (conditionnement à l’unité, lutte contre la surprescription des personnels de santé, etc.), pour une économie associée de 2,6 Md€ ;
La mutualisation des achats de l’Etat sur le modèle italien afin de réduire les coûts unitaires des commandes, pour 1,5 Md€ d’économies attendues.
Enfin, une mesure qui est en réalité une mesure qui pourrait être classée comme une hausse d’impôt car il s’agit en réalité d’une baisse d’une dépense fiscale (qui est aujourd’hui considérée plutôt comme une « modalité de calcul de l’impôt) à savoir le plafonnement du quotient conjugal pour les couples aisés à 10 000 euros pour 1,1 Md€ d’économies.
Une réforme des retraites qui progresse mais ne passe pas la barre des 50 %S’agissant de la première économie importante à n’être pas sélectionnée par le panel, le passage de l’âge d’ouverture des droits à pensions de retraite à 65 ans ne recueille que 44 % d’opinions favorables. Son rendement est toutefois très important, de l’ordre de 10,6 Md€ d’économies. Même si la récente « suspension » de la réforme actuelle comme monnaie d’échange avec le PS dans le cadre de l’adoption de la LFI 2026 a pu y aider, « l’enseignement principal réside dans le rejet massif du retour en arrière : moins de 3 % des participants ont décidé de revenir sur la dernière réforme. La grande majorité des participants a ainsi considéré que financer une baisse de l’âge d’ouverture des droits [en deçà de 64 ans] par des mesures compensatoires supplémentaires était trop contraignant au regard de l’objectif de consolidation budgétaire. » Le plus étonnant étant que les 18-35 ans adhéraient à un relèvement de la borne d’âge à 65 ans à 60 % toutes sensibilités confondues, tandis que les retraités actuels n’étaient que 43 % à l’accepter alors même que cette réforme ne les concernait pas directement. Par ailleurs la question d’une réforme plus structurelle du système de retraite a été abordée :
Ainsi, « plutôt que de concentrer le débat sur la valeur de certains paramètres (…) les participants ont exprimé le souhait d’un débat plus approfondi sur ses mécanismes de financement de long terme ». |
Mise en place d’un effort ciblant les transports et les plus fortunés :
Assez étonnamment, du côté des recettes fiscales, les mesures plébiscitées vont dans le sens d’un accroissement des mesures de réduction des niches fiscales touchant les transports en général (la mobilité) et les personnes les plus fortunées. En particulier :
Un paquet sur les plus fortunés avec : la restauration de la taxe d’habitation sur les 20% les plus aisés (+9,3 Md€), l’augmentation de l’imposition sur l’héritage (pactes Dutreil, assurances-vie et donation), pour près de 8 Md€, la réintroduction de la taxe Zucman Light du PS ou de l’ISF pour un rendement supplémentaire de 5 Md€, la TVA majorée de 5 points sur les produits de luxe (+3,5 Md€) permettant de toucher la consommation somptuaire française ou étrangère sur le territoire. Ces mesures retenues semblent faire directement écho aux débats autour des recettes du PLF 2026 sans considération pour leurs effets contre-productifs sur la mobilité des personnes visées. Leur montant total s’élève à près de 25,8 Md€, soit 53,75 % des recettes supplémentaires identifiées par le panel.
Un paquet de mesures fiscales touchant les transports : sous la forme d’une réduction des dispositions fiscales dérogatoires : suppression de l’exonération de TICPE sur le transport aérien et maritime (4,1 Md€), suppression des tarifs réduits sur le carburant (4,9 Md€), hausse du barème de la taxe sur les billets d’avion (3,7 Md€), suppression du régime dérogatoire applicable au transport maritime (1,4 Md€). Au total, les mesures touchant les carburants (GNR, fret maritime, transport aérien donc tourisme d’affaires ou de loisirs) devraient représenter un volume de 14,1 Md€, soit 29,37 % de l’ensemble des mesures fiscales identifiées. Les participants ne semblent pas avoir tenu compte de l’enjeu de compétitivité pour certaines filières (agricoles, transport routier, transport maritime ou aérien où la concurrence est forte).
Une mesure touchant le niveau de vie des retraités avec la fin de l’abattement fiscal dédié (5 Md€), qui avait été introduit sous Valéry Giscard d’Estaing afin de prendre en compte la plus faible propension des retraités à frauder l’IR et par la suite afin de compenser les réformes successives du mode de calcul de l’impôt sur le revenu[4]. Elle s’ajouterait en recettes au gel en dépenses des revenus de remplacement perçus pendant 2 ans.
Enfin une mesure favorable aux petits commerces et de lutte contre l’hégémonie des plateformes avec la mise en place d’une taxe de 2€ sur les petits colis en provenance de pays tiers, pour un rendement de 500 M€ (taxe Shein).
Les curieuses impasses en matière d’investissement d’avenir
Enfin les participants à la Conférence de consensus sur le budget avaient la possibilité de se positionner parmi 7 types d’investissements « d’avenir », qu’ils plébisciteront pour 5 d’entre eux. A ce titre, ils vont sélectionner prioritairement l’investissement dans l’éducation primaire et secondaire à 87,7 %, pour un gain à très long terme de 8 Md€ (augmentation de la croissance potentielle), ainsi que dans l’effort dans la transition écologique (pour une injection de 15 Md€ de dépenses supplémentaires), mais aussi l’augmentation du taux d’emploi des seniors (pour un gain à moyen terme de 6 Md€), ainsi que l’augmentation du niveau de productivité (+8 Md€) et l’augmentation du financement de la recherche pour un coût de 10 Md€. Somme toute, une équation classique pour des personnes sympathisantes présentant de nombreux profils issus de l’enseignement et de la recherche ou étudiants et jeunes diplômés.
On peut être en revanche assez inquiet par les arbitrages réalisés au regard des dépenses d’investissement exclues :
D’une part une hausse des dépenses militaires (au-delà de l’actuelle loi de programmation militaire), pour 10 Md€ (42,9 % d’opinion favorable), ce qui montre que les enjeux sécuritaires internationaux ne semblent pas encore assez prégnants pour s’imposer pour cette partie de ces sensibilités politiques au sein de la budgétisation.
D’autre part, le financement de l’IA dans les entreprises : ces publics semblent rétifs à promouvoir l’IA dans le secteur marchand, ce qui montre un décalage et une crainte par rapport à la révolution numérique actuelle, et une réticence à y prendre part, alors que ces évolutions sont sans aucun doute systémiques (à l’instar de la robotisation).
Conclusion
L’étude du rapport de la Conférence de consensus Budget de la plateforme progressiste met en lumière un quadruple enseignement concernant la participation citoyenne aux choix macroéconomiques.
Une capacité avérée à assumer la contrainte budgétaire : L'expérience démontre que la crise actuelle n'est pas une fatalité sociale, mais une question de méthode. Lorsque les objectifs sont fixés en amont des moyens et que la réalité économique (notamment l'effet "boule de neige" de la dette) est expliquée avec pédagogie, les citoyens acceptent de dépasser les postures de principe pour opérer de véritables arbitrages. Ils valident la nécessité d'un effort partagé, réparti de manière quasi paritaire entre des baisses de dépenses publiques (52 %) et des hausses d'impôts (48 %).
Une préférence toujours persistante pour la « facilité » du freinage conjoncturel au détriment des réformes structurelles en matière d’économies en dépenses : L'analyse révèle les limites des solutions plébiscitées. Si les citoyens choisissent de réduire la dépense publique en volume, ils privilégient massivement des mesures de "décalage dans le temps". Le gel sur deux ans des dépenses de l'État, des collectivités et de l'indexation des retraites représente à lui seul la moitié des économies actées, repoussant ainsi les réformes structurelles profondes de l'État.
Des choix fiscaux et d'investissements marqués idéologiquement : Les mesures retenues reflètent logiquement les priorités de "l'arc progressiste". Les recettes supplémentaires s'appuient très lourdement sur la taxation de la mobilité (carburants, aérien, maritime) et des foyers les plus aisés, ce qui peut soulever des inquiétudes quant à la compétitivité économique de certaines filières, et le départ de certains talents ou patrimoines hors de France.
Un décalage face aux impératifs technologiques et sécuritaires mondiaux : Si les participants sanctuarisent sans surprise l'éducation et la transition écologique, leur rejet catégorique du financement de l'intelligence artificielle en entreprise et de l'augmentation des dépenses militaires souligne un angle mort important. Cela traduit une certaine réticence à intégrer la révolution numérique actuelle et les urgences géopolitiques globales au cœur des priorités budgétaires de long terme.
En synthèse : La conférence de consensus prouve que les citoyens sont tout à fait capables d'assumer des responsabilités financières lourdes (110 Md€) dès lors qu'ils sont associés à l'élaboration de la trajectoire. Néanmoins, les résultats soulignent la difficulté inhérente à cet exercice : un panel citoyen tend à privilégier des solutions de justice sociale immédiate et des "coups de frein" comptables acceptables à court terme, peinant parfois à embrasser une vision purement stratégique et compétitive face aux grands basculements technologiques et régaliens mondiaux. Il serait utile que des initiatives concurrentes et miroirs permettent de documenter les mesures plébiscitées par l’arc de la droite de gouvernement – associant « Horizon », ainsi que les LR – afin de pouvoir avoir un point de vue complet des mesures « réalistes » priorisables par les partis traditionnels de gouvernement dans la perspective programmatique de la prochaine élection présidentielle. Nous n’avons ici pour le moment que la moitié du « visuel ».
[1] https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/conseil-danalyse-economique-enfin-une-prise-de-conscience-de-la-fragilite-de-nos-finances-publiques, ainsi que CAE focus n°124, octobre 2025 https://cae-eco.fr/static/pdf/Focus_124_Fipu_251016-final.pdf, constituant une actualisation du travail du CAE de juillet 2024, note d’analyse n°82 https://cae-eco.fr/static/pdf/cae082-note-fipu.pdf
[2]https://presse.economie.gouv.fr/rapport-de-boris-ravignon-sur-le-cout-du-millefeuille-administratif/
[3] Avec un potentiel double avec les fonctions financières des plus grandes collectivités.
[4]https://www.snes.edu/article/labattement-fiscal-sur-les-pensions-de-retraite-dans-le-viseur-du-gouvernement/
[1] https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/conseil-danalyse-economique-enfin-une-prise-de-conscience-de-la-fragilite-de-nos-finances-publiques, ainsi que CAE focus n°124, octobre 2025 https://cae-eco.fr/static/pdf/Focus_124_Fipu_251016-final.pdf, constituant une actualisation du travail du CAE de juillet 2024, note d’analyse n°82 https://cae-eco.fr/static/pdf/cae082-note-fipu.pdf